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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2501401

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2501401

mardi 6 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2501401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHALIL NEDJOUA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de trois arrêtés préfectoraux (expulsion, fixation du pays de renvoi et assignation à résidence) pris à l'encontre de M. D, ressortissant algérien. Le juge a constaté que la condition d'urgence était satisfaite, mais a estimé qu'aucun des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, l'absence de menace grave à l'ordre public, la violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ou de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, n'était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions attaquées. La requête a donc été rejetée, sans qu'il soit fait droit aux demandes d'injonction ou de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 avril 2025 sous le n° 2501401, M. A D, représenté par Me Halil, avocate, demande au juge des référés

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de trois arrêtés du préfet de la Côte d'Or en date du 11 décembre 2024, 7 et 12 janvier 2025, portant respectivement expulsion du territoire, fixation du pays de renvoi et assignation à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité des arrêtés contestés, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

M. D soutient que :

- il est recevable à présenter une nouvelle demande de référé ;

- la condition d'urgence est présumée, s'agissant d'une expulsion ;

- il peut justifier de l'existence de moyens sérieux d'annulation, et tenant à :

o il y a incompétence de l'auteur de l'acte, dès lors que seul le ministre était compétent pour prendre la décision ;

o il y a absence de menace grave à l'ordre public ;

o il y a erreur de droit, par violation de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o il y a erreur manifeste d'appréciation et défaut d'examen attentif de sa situation ;

o il y a violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o il y a violation de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

o les décisions portant fixation du pays de renvoi et assignation à résidence sont illégales par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2025, le préfet de la Côte d'Or conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des arrêtés attaqués.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- les requêtes n° 2500205 et 2500845, enregistrées les 22 janvier 2025 et 9 mars 2025, tendant à l'annulation des décisions susmentionnées.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a, par une décision du 11 janvier 2024, désigné M. F pour exercer les fonctions de juge des référés au titre du livre V du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 29 avril 2025 en présence de Mme Lelong, greffière, M. F a lu son rapport.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales. Par trois arrêtés en date des 11 décembre 2024, 7 et 12 janvier 2025, le préfet de la Côte d'Or a prononcé son expulsion du territoire, a fixé le pays de destination, et l'a assigné à résidence. Par une requête enregistrée le 22 janvier 2025 sous le n° 2500205, M. D a demandé l'annulation des arrêtés précités des 11 décembre 2024 et 7 janvier 2025. Par une requête enregistrée le 9 mars 2025 sous le n° 2500845, il a demandé l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2025. Par des requêtes n° 2500844 et 2500846, il a demandé au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de ces trois arrêtés. Par une ordonnance en date du 26 mars 2025, sa demande a été rejetée. Enfin, par la présente requête, il demande à nouveau au juge des référés de prononcer la suspension de ces trois arrêtés en faisant valoir des éléments nouveaux quant aux condamnations dont il a fait l'objet.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes du premier alinéa l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

4. La présente requête présente les caractéristiques de l'urgence prévues par les dispositions citées au point 3. Il y a dès lors lieu d'admettre, à titre provisoire, M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions tendant à la suspension des trois arrêtés du préfet de la Côte-d'Or des 11 décembre 2024, 7 et 12 janvier 2025 :

5. Eu égard à la nature et aux conséquences des décisions contestées, il est constant que la condition d'urgence est en l'espèce satisfaite.

6. Il a été produit au dossier deux extraits de casier judiciaire n° 2 au nom de M. A D, l'un du 19 mai 2020 faisant état de six condamnations à son encontre, dont une pour " violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ", et un autre extrait en date du 26 juin 2024, ne faisant état que de deux condamnations, dont aucune pour violence conjugale. L'arrêté contesté du 11 décembre 2024, prononçant l'expulsion de M. A D, est essentiellement fondé sur la condamnation pour des faits de " violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ". Le jugement en date du 22 janvier 2019 prononçant cette condamnation, qui émane du tribunal correctionnel d'Argentan, est cependant au nom de M. B D. Il fait état de violence commise par M. B D à l'encontre de son ex-compagne, Mme G E. Le requérant a en outre pu produire au dossier un jugement du juge des affaires matrimoniales du tribunal de grande instance d'Argentan du 25 février 2016, rendu en présence des intéressés, et établissant que Mme G E est l'ex-compagne de M. B D, et non celle de M. A D. Si le bulletin n° 2 de casier judiciaire en date du 26 juin 2024 mentionne notamment une condamnation de M. A D par le tribunal correctionnel d'Argentan du 14 mars 2017 ayant pour motif la " fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire ", cette identité imaginaire était non celle de M. B D, mais celle de M. H C. Enfin, la cour d'appel de Metz, dans son arrêt du 14 janvier 2025 sur le placement en rétention préventive de M. A D, retient l'éventualité d'une erreur d'identité dans le casier judiciaire qui lui est attribué. Dans ces conditions, et alors même que ce même bulletin n° 2 de casier judiciaire en date du 19 mai 2020 fait état de ce que M. A D utiliserait pour commettre des infractions des identités différentes, et notamment celle de M. B D, le moyen tiré de l'erreur de fait et de l'absence de menaces graves à l'ordre public apparait propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées. Si le préfet fait encore valoir, en défense, que M. A D n'apporte aucun élément de nature à établir que les six autres infractions figurant à son nom sur le casier judiciaire du 19 mai 2020 ne lui seraient pas imputables, mais seraient imputables à son frère B D, l'administration n'apporte pas plus d'éléments de nature à établir que ces infractions lui seraient imputables, alors qu'il apparait que cet extrait de casier judiciaire comporte au moins une inscription douteuse.

7. Il résulte de ce qui précède que M. D est fondé à demander la suspension de l'exécution des décisions contestées.

.

Sur les conclusions en injonction :

8. La présente décision implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Côte d'Or de délivrer à M. A D une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité des arrêtés contestés, cela dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête de M. D, et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

ORDONNE :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Jusqu'à ce qu'il ait été statué au fond sur les conclusions des requêtes n° 2500205 et 2500845 de M. D, l'exécution de trois arrêtés susvisés du préfet de la Côte d'Or en date du 11 décembre 2024, 7 et 12 janvier 2025, portant respectivement expulsion du territoire, fixation du pays de renvoi et assignation à résidence est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Côte d'Or de délivrer à M. A D une autorisation provisoire au séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité des arrêtés contestés, dans les conditions fixées au point 8 ci-dessus.

Article 4 : Il est mis à la charge de l'Etat (préfet de la Côte-d'Or) la somme de 1 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et au préfet de la Côte d'Or.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle.

Fait à Dijon le 6 mai 2025.

Le juge des référés,

P. F

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,

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