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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2501429

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2501429

lundi 5 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2501429
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETR 15 JOURS
Avocat requérantAPPAIX SOPHIE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon a rejeté les requêtes de M. C B, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du 17 avril 2025 fixant le pays de renvoi et celui l'assignant à résidence pour 45 jours. Le juge a estimé que la décision fixant le pays de renvoi était légale, l'intéressé ne justifiant pas d'un droit au séjour de plein droit en France et ne démontrant pas de risques personnels en cas de retour en Algérie. L'assignation à résidence a également été validée, les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme étant écartés. Les textes appliqués sont le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I/ Par une requête enregistrée le 18 avril 2025 sous le n° 2501429 et un mémoire enregistré le 5 mai 2025, M. C B alias C A, représenté par Me Appaix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2025 par lequel la préfète de la Nièvre a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2025 par lequel la préfète de la Nièvre l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;

3°) à titre subsidiaire, d'ordonner la suspension des deux décisions critiquées dans l'attente de la décision prise par le tribunal correctionnel de Versailles en réponse à sa demande de relèvement de l'interdiction du territoire français ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'incompétence, le nom du signataire étant illisible ;

- elle est insuffisamment motivée, faute de viser l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il dispose d'un droit au séjour de plein droit en France sur le fondement de cet accord ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision l'assignant à résidence est entachée d'incompétence, le nom du signataire étant illisible ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2025, la préfète de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II/ Par une requête enregistrée le 18 avril 2025 sous le n° 2501430 M. C B alias C A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 avril 2025 par lequel la préfète de la Nièvre a fixé le pays de renvoi ;

Il soutient que :

-il vit en France depuis plusieurs années, vit en concubinage avec une ressortissante française avec laquelle il va se marier le 16 mai 2025 et est père de trois enfants de nationalité française ;

-la décision a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-il est parfaitement intégré en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 avril 2025, la préfète de la Nièvre conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire, relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, complété par un protocole, deux échanges de lettres et une annexe, modifié, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Laurent pour statuer sur les requêtes prévues sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L.921-1 à L.922-3 et R.921-1 à R.922-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 5 mai 2025 .

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Laurent,

- les observations de Me Appaix, représentant M. B, qui maintient les demandes de son client et ses écritures,

La préfète de la Nièvre n'était ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, alias C A, ressortissant algérien né le 24 septembre 1996 à El Biar, déclare être entré irrégulièrement en France en janvier 2021. Par un jugement devenu définitif du tribunal judiciaire de Versailles du 12 février 2021, l'intéressé a été condamné, sous l'identité de M. C A, à une interdiction définitive du territoire français. Par deux arrêtés du 17 avril 2025, la préfète de la Nièvre a fixé le pays à destination duquel M. B pourra être renvoyé d'office en exécution de la mesure d'interdiction judiciaire définitive du territoire français et l'a assigné à résidence à Château-Chinon pour une durée de quarante-cinq jours. Par ses requêtes n° 2501429 et n° 2501430, qu'il y a lieu de joindre afin qu'il y soit statué par un jugement unique, M. B demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : "Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

4. Aux termes de l'article L.721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ;3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

5. En premier lieu, il résulte des mentions portées sur l'arrêté contesté, qui sont suffisamment lisibles, que celui-ci a été signé par M. Ludovic Pierrat, secrétaire général de la préfecture de la Nièvre, qui dispose en vertu d'un arrêté du 11 novembre 2024, régulièrement publiée le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature, " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département ", à l'exception de quelques catégories de mesures sans rapport avec l'objet de la présente instance. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit par suite être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions de l'article L.721-3 à 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. B a fait l'objet d'interdiction judiciaire du territoire, mentionne que l'intéressé est de nationalité algérienne et n'établit pas être exposé en Algérie à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait pertinentes qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit par suite être écarté.

7. En troisième lieu, la décision attaquée se borne à fixer le pays à destination duquel M. B pourra être renvoyé d'office en exécution de la mesure d'interdiction judiciaire définitive du territoire français à laquelle il a été condamné ; elle n'a ainsi ni objet ni pour effet de se prononcer sur le droit au séjour de l'intéressé au regard de sa situation personnelle et familiale en France, que ce soit sur le fondement de l'accord franco-algérien susvisé ou sur celui du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. B ne peut dès lors utilement se prévaloir d'un droit au séjour en sa qualité de père d'enfants français. Il ne ressort d'aucune disposition applicable à sa situation qu'il bénéficierait, en cette même qualité, d'une protection contre l'exécution de la mesure d'interdiction du territoire français.

8. En dernier lieu, M. B a vécu en Algérie, pays dont il a la nationalité, jusqu'à l'âge de 24 ans, et n'allègue pas y être exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'allègue pas davantage que les membres de sa famille ne seraient pas admissibles en Algérie et qu'il en serait ainsi durablement séparé. Enfin, M. B, qui a fait l'objet d'une peine d'interdiction du territoire, ne peut se prévaloir de son insertion dans la société française. Les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent par suite être écartés.

En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :

9. Aux termes de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 7° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une peine d'interdiction judiciaire du territoire prononcée en application du deuxième alinéa de l'article 131-30 du code pénal ; () ".

10. En premier lieu, il résulte des mentions portées sur l'arrêté contesté, qui sont suffisamment lisibles, que celui-ci a été signé par M. Ludovic Pierrat, secrétaire général de la préfecture de la Nièvre, qui dispose en vertu d'un arrêté du 11 novembre 2024, régulièrement publiée le jour même au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation de signature, " à l'effet de signer tous arrêtés, décisions circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département ", à l'exception de quelques catégories de mesures sans rapport avec l'objet de la présente instance. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit par suite être écarté.

11. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions de l'article L.731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, rappelle que M. B a fait l'objet d'interdiction judiciaire du territoire et précise les éléments pris en considération pour prononcer à son encontre une mesure d'assignation à résidence. Cette décision comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait pertinentes qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation manque en fait et doit par suite être écarté.

12. En troisième lieu, M. B se prévaut de sa situation familiale en France, de sa qualité de père d'enfants français, de son mariage très prochain avec la mère de ses enfants et de son insertion dans la société française ; toutefois, la décision attaquée l'assigne à résidence à Château-Chinon, commune dans laquelle il réside en compagnie de sa famille, et est ainsi, en elle-même, sans effet immédiat sur sa situation familiale et personnelle. Les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent par suite être écartés.

13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions en annulation présentés par M. B contre les deux arrêtés attaqués doivent être rejetées.

Sur les conclusions subsidiaires :

14. M. B a formé, en cours d'instance, une requête en relèvement de l'interdiction judiciaire du territoire français qui a été prononcée à son encontre ; toutefois, l'introduction de cette procédure n'a pas d'effet sur le caractère exécutoire de la peine d'interdiction du territoire français. Elle ne peut davantage, en l'absence de procédure organisant une telle possibilité, justifier qu'il soit sursis à statuer sur les présentes requêtes dans l'attente de la décision du juge judiciaire. Si le requérant fonde aussi sa demande de suspension des effets des arrêtés attaqués sur l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne précise pas en quoi les stipulations de cette convention pourraient être utilement invoquées à l'appui de cette demande.

15. Les conclusions présentées à titre subsidiaire doivent par suite être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

16. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement à l'avocat de M. C B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C B alias C A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B alias C A, à la préfète de la Nièvre et à Me Appaix.

Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et au bureau d'aide juridictionnelle près le Tribunal judiciaire de Dijon.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 mai 2025.

La magistrate désignée,

M-E Laurent

La greffière

A. Roulleau

La République mande et ordonne à la préfète de la Nièvre en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition

La greffière

N°2501429 N° 2501430

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