mardi 13 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2501454 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU REFERE ETR 15 JOURS |
| Avocat requérant | BOUFLIJA BASMA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 avril 2025, M. C A B, représenté par Me Bouflija, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté, en date du 7 avril 2025, par lequel le préfet de Saône-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a assigné l'obligation de quitter le territoire français, cela sans délai, a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et a prescrit à son encontre une interdiction de retour d'une durée de cinq ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de Saône-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans le mois suivant la notification du jugement à venir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le même délai et sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que la charge des entiers dépens de l'instance.
Il soutient que :
- sa requête, formée dans les sept jours suivant la notification de l'arrêté attaqué, effectuée le 16 avril 2025, est recevable ;
- s'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
•cette décision est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à sa signataire ;
•elle ne satisfait pas à l'exigence de motivation fixée par les articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ;
•le préfet a commis une erreur de droit en s'abstenant d'examiner sa demande de titre de séjour au titre de son pouvoir général de régularisation ;
•le refus de titre de séjour contesté méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
•cette décision porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses trois enfants français, en violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
•elle porte atteinte à son droit au respect d'une vie familiale normale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
•cette décision encourt la censure par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour ;
•elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- s'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
•cette décision est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
•elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, tant en son principe même, eu égard aux circonstances humanitaires que traduisent sa situation personnelle et familiale, que dans sa durée.
Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2025, le préfet de Saône-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été seulement entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Zupan, les parties n'étant ni présentes ni représentées.
L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, né en 1990 et de nationalité tunisienne, est entré en France en 2012 et a obtenu, depuis 2016, plusieurs cartes de séjour temporaires en qualité de parent d'enfant français. Par l'arrêté attaqué, en date du 7 avril 2025, le préfet de Saône-et-Loire a refusé de renouveler la dernière d'entre elle, venue à expiration le 25 juillet 2023, a assigné à M. A B l'obligation de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office et a assorti ces mesures d'une interdiction de retour d'une durée de cinq ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de renouvellement de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté en litige a été signé par Mme E D, cheffe du bureau des migrations et de l'intégration de la préfecture de Saône-et-Loire, investie à cet effet d'une délégation en vertu d'un arrêté du préfet de ce département du 5 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs. Cette délégation de signature, qui porte notamment sur le séjour et l'éloignement des étrangers, joue en cas d'absence ou d'empêchement d'autres agents, situation que le requérant ne remet pas en cause. Le moyen tiré du vice d'incompétence doit dès lors être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes qui la fondent, en particulier l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, retrace les conditions d'entrée et de séjour en France de M. A B, énumère les condamnations prononcées à son encontre, relève le risque de réitération des faits délictueux et donc l'existence d'une menace pour l'ordre publique, enfin expose, avec un degré de détail suffisant, la situation familiale de l'intéressé, en mentionnant en particulier le fait qu'il a été déchu par l'autorité judiciaire de l'autorité parentale sur ses trois enfants français. Cette motivation satisfait, tant en fait qu'en droit, aux exigences des articles L. 211-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens et même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, ou même au titre du pouvoir général de régularisation. Le moyen tiré d'une erreur de droit commise à ce titre doit en conséquence être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Selon l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire () ".
6. Si comme le fait valoir M. A B, la seule circonstance qu'il a été déchu de l'autorité parentale sur ses trois enfants français par un jugement du tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône du 13 janvier 2025 ne le prive pas, par elle-même, de la possibilité de se prévaloir de l'article L. 423-7 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant, qui ne vit plus avec ses enfants depuis les faits de violence conjugale en récidive pour lesquels ce même jugement l'a condamné à une peine d'emprisonnement de trente mois dont douze avec sursis, ne démontre pas, en se bornant à produire une attestation peu circonstanciée de sa compagne accompagnée de quelques messages d'affection de ses enfants, qu'il contribue encore, de manière effective, à l'entretien et à l'éducation de ceux-ci. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. A B a fait l'objet de sept autres condamnations pénales depuis 2016, notamment pour détention et trafic de stupéfiants, conduite en état d'ivresse, violence sur dépositaire de l'autorité publique ou encore violence avec arme, qui traduisent une délinquance habituelle. Ainsi, en estimant à la fois que M. A B ne remplit plus les conditions prévues par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, en tout état de cause, que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 5.
7. En cinquième lieu, selon l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Ainsi qu'il a été dit, M. A B a été déchu de l'autorité parentale sur ses trois enfants de nationalité française, nés en 2015, 2018 et 2019 et n'établit pas contribuer effectivement à leur entretien et à leur éducation. Il n'a plus de lien avec leur mère, victime de ses actes de violence et avec laquelle le jugement du tribunal correctionnel de Chalon-sur-Saône mentionné précédemment lui interdit d'entrer en contact, et ne démontre pas avoir des attaches anciennes intenses et stables sur le territoire français, tandis qu'il n'en est pas dépourvu en Tunisie, où vit toujours son père. Le requérant, par ailleurs, ne justifie pas, en dépit de l'ancienneté de son séjour en France, d'une insertion sociale significative. Enfin, et ainsi qu'il a été dit, sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces circonstances, le refus de titre de séjour contesté ne peut être regardé comme portant au droit de M. A B à la protection de ses intérêts privés et familiaux une atteinte disproportionnée aux buts que poursuit cette décision, et comme pris, dès lors, en violation de l'article 8 précité de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En sixième lieu, compte tenu de ce qui a été énoncé aux points 6 et 8 ci-dessus, le moyen tiré de l'atteinte portée à l'intérêt supérieur des enfants de M. A B, et donc de la violation de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ne peut être accueilli.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. Le refus de renouvellement de titre de séjour n'encourant pas la censure, ainsi qu'il résulte de ce qui a été précédemment énoncé, le moyen par lequel il est excipé de son illégalité ne peut qu'être écarté.
11. Par ailleurs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la mesure d'éloignement attaquée sur la situation personnelle de M. A B doit être rejeté pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 8.
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
12. En premier lieu, eu égard aux énonciations des points 10 et 11, M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour.
13. Aux termes, en second lieu, de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
14. L'ancienneté du séjour en France de M. A B et la circonstance qu'il est père de trois enfants français ne sauraient suffire, compte tenu de l'altération de ses attaches familiales dues à son propre comportement, de son passé délinquant et de la menace à l'ordre public qu'il représente, à établir l'existence de circonstances humanitaires au sens de l'article L. 612-6 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni caractériser une erreur manifeste d'appréciation dans la fixation de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.
15. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de Saône-et-Loire du 7 avril 2025.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A B, n'appelle aucune mesure d'exécution, de sorte que les conclusions en injonction ne peuvent qu'être également rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. A B la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
18. Par ailleurs, la présente instance n'ayant pas engendré de dépens au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions s'y rapportant sont sans objet.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de Saône-et-Loire.
Copie en sera adressée au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2025.
Le président du tribunal,
David Zupan
La greffière
A. Roulleau
La République mande et ordonne au préfet de Saône-et-Loire, en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606980
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme B..., ressortissante camerounaise, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Norvège, responsable de sa demande d'asile en vertu du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, le préfet ayant visé le règlement et indiqué que Mme B... détenait un visa norvégien périmé depuis moins de six mois. Il a également estimé que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation, incluant sa vulnérabilité, et que les moyens tirés de la méconnaissance des articles 3 et 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation n'étaient pas fondés. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606981
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. C..., un ressortissant libyen, qui contestait le refus de l'OFII de lui accorder les conditions matérielles d'accueil pour demandeur d'asile. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et d'insuffisance de motivation, jugeant la décision suffisamment fondée en droit et en fait. Il a également estimé que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit en refusant l'accueil au seul motif que M. C... avait présenté une demande de réexamen, et que le requérant n'avait pas démontré que sa vulnérabilité ou la dignité humaine avaient été méconnues. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 551-15, et la directive 2013/33/UE.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Nantes — N° TA44-2606983
Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme A..., ressortissante burkinabée, qui contestait l'arrêté du préfet de Maine-et-Loire ordonnant son transfert vers la Belgique pour l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que la décision de transfert était suffisamment motivée, en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a écarté les moyens tirés de la méconnaissance des articles 4, 5, 21 et 3 du règlement (UE) n°604/2013. La solution retenue confirme la légalité de la procédure de détermination de l'État responsable, fondée sur le visa délivré par les autorités belges.
01/06/2026