mardi 6 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Dijon |
| Section | Tribunal Administratif de Dijon |
| N° Dossier | TA21-2501465 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU REFERE ETR 15 JOURS |
| Avocat requérant | APPAIX SOPHIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 avril 2025 et un mémoire complémentaire produit le 2 mai 2025, M. D C, représenté par Me Appaix, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision, en date du 18 avril 2025, par laquelle la directrice territoriale de Dijon de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'OFII de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile avec effet rétroactif à compter du dépôt de sa demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'OFII le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence, sauf à justifier d'une délégation conférée à sa signataire ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013, l'OFII n'ayant pas pris en compte sa situation particulière et sa vulnérabilité ;
- son retard à déposer une demande d'asile est dû à son ignorance des démarches à effectuer et à l'état de choc dans lequel il se trouvait du fait de ce qu'il avait vécu en Tunisie ;
- il ne dispose d'aucune ressource et est porteur d'un handicap au pied gauche, de sorte que, compte tenu de sa vulnérabilité, la décision attaquée procède d'une erreur manifeste d'appréciation et viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ne se reconnaissant dans aucune religion, il ne peut envisager de retourner vivre en Tunisie, où sa vie est pour cette raison menacée.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 avril 2025, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Zupan,
- et les observations de Me Appaix, pour M. C, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans les mémoires visés ci-dessus.
L'instruction a été déclarée close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né en 1992 et de nationalité tunisienne, est entré en France, selon ses déclarations, le 14 novembre 2023. Sa demande d'asile a été enregistrée au guichet unique de la préfecture de Saône-et-Loire le 18 avril 2025. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de Dijon de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile. M. C demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur la légalité de la décision attaquée :
3. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Selon l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ". L'article R. 551-17 dispose : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Elle prend effet à compter de sa signature ".
4. En premier lieu, la décision attaquée a été prise par Mme B A, directrice territoriale à Dijon, investie à cet effet, en vertu d'une décision du directeur général de l'OFII du 3 février 2025 dûment publiée sur le site internet de cet établissement public, d'une délégation l'habilitant à signer tous actes se rapportant " aux missions dévolues à la direction de Dijon, telles que définies par la décision du 15 mars 2023 ", laquelle, portant organisation générale de l'office, prévoit en son article 11 que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes qui la fondent, mentionne qu'elle a été prise après examen des besoins de M. C ainsi que de sa situation personnelle et familiale, précise la date à laquelle l'intéressé est entré en France et expose la raison pour laquelle le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui est refusé. Il a ainsi été satisfait à l'exigence de motivation fixée par les articles L. 551-15 et R. 551-17 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C, qui a déclaré être entré en France au mois de novembre 2023, a déposé une demande d'asile au guichet unique de la préfecture de Saône-et-Loire seulement le 14 février 2025. Si l'intéressé fait valoir son ignorance de la réglementation française, il ne justifie pas avoir entrepris, au cours des trois mois qui ont suivi son arrivée sur le territoire national, la moindre démarche pour se renseigner ou s'être heurté à des obstacles l'ayant empêché de connaître la procédure à suivre pour présenter sa demande d'asile. L'état de choc allégué à ce titre, qui résulterait de mauvais traitements subis en Tunisie, n'est en tout état de cause corroboré par aucun commencement sérieux de preuve. Dans ces conditions, en estimant que M. C n'avait aucun motif légitime pour déposer tardivement sa demande d'asile, l'OFII n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 551-15.
7. En quatrième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que l'OFII aurait négligé de prendre en considération la situation particulière de M. C et d'évaluer sa vulnérabilité. Le moyen tiré d'une erreur de droit commise à ce titre doit donc être écarté.
8. En cinquième lieu, M. C, qui indique lui-même être actuellement hébergé par sa sœur et ne démontre par aucun commencement de preuve les problèmes de santé évoqués dans ses écritures, tenant à un " handicap au pied gauche ", sans qu'en soit précisée la nature, ne justifie pas d'une situation de particulière vulnérabilité. Le requérant, à qui a été remis lors de l'entretien de vulnérabilité, à sa demande, un modèle normalisé de certificat médical à faire renseigner, après examen, par un médecin coordonnateur de l'OFII, s'est abstenu de donner suite à cette démarche. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme procédant d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la vulnérabilité de M. C ni comme soumettant ce dernier à des conditions de vie contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
9. En sixième lieu, si M. C fait valoir qu'il ne peut envisager de retourner vivre en Tunisie, où son refus de toute affiliation religieuse lui vaudrait d'être menacé, cette allégation est sans portée utile à l'encontre de la décision en litige, qui ne le contraint pas, par elle-même, à regagner son pays d'origine.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la directrice territoriale de Dijon de l'OFII du 18 avril 2025. Ses conclusions en ce sens doivent donc être rejetées et il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que l'OFII, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, soit condamné à verser à M. C ou à son avocate, par combinaison avec l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, la somme réclamée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Appaix.
Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Dijon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2025.
Le président-rapporteur,
David Zupan
La greffière,
A. RoulleauLa République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026