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AccueilJurisprudence administrativeN° TA21-2503330

Tribunal Administratif de Dijon — Décision N° TA21-2503330

lundi 29 septembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Dijon
SectionTribunal Administratif de Dijon
N° DossierTA21-2503330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU REFERE ETR 15 JOURS
Avocat requérantNOURANI LYLIA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Dijon, statuant en référé, a annulé la décision du 5 septembre 2025 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) avait refusé de rétablir les conditions matérielles d’accueil de M. B..., un demandeur d’asile afghan. Le tribunal a jugé que cette décision était insuffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration. En conséquence, il a enjoint à l’OFII de procéder à un réexamen de la situation de l’intéressé dans un délai de quinze jours.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 28 septembre 2025, M. B..., représenté par Me Nourani, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler la décision du 5 septembre 2025 par laquelle la directrice territoriale de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) a refusé de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

3°) d’enjoindre à la directrice territoriale de l’OFII de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, et, en cas de rejet de sa demande d’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 200 euros à lui verser au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B... soutient que :

- la décision attaquée est entachée d’une insuffisance de motivation ;

- la décision attaquée est entachée d’un défaut d’examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d’une erreur de droit ;

- la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2025, l’OFII conclut au rejet de la requête.

L’OFII soutient que les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

- le code des relations entre le public et l’administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bois pour statuer sur les requêtes relevant des procédures régies par les articles L. 921-1 à L. 922-3 et R. 921 1 à R. 922-28 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :

- le rapport de Mme Bois, magistrate désignée,

- et les observations de Me Nourani, qui s’en rapporte à ses écritures.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B..., ressortissant afghan né en 2005, a présenté le 23 juillet 2025 une demande d’asile devant les services de la préfecture de Saône-et-Loire et a accepté le même jour le bénéfice des conditions matérielles d’accueil. Par une décision du 23 juillet 2025, l’OFII a suspendu le bénéfice de ses conditions matérielles d’accueil. L’intéressé a sollicité le 28 juillet 2025 le rétablissement de ses conditions matérielles d’accueil. Par une décision du 5 septembre 2025, dont M. B... demande l’annulation, la directrice territoriale de l’OFII a refusé de rétablir à son profit le bénéfice des conditions matérielles d’accueil.

Sur la demande d’aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l’article 20 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’application des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (…) ». Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur sa requête, il y a lieu de prononcer l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle de M. B....

Sur les conclusions à fin d’annulation :

3. Aux termes de l’article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : (…) 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (…). / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil ». Aux termes de l’article D. 551-18 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision mettant fin aux conditions matérielles d’accueil prise en application de l’article L. 551-16 est écrite, motivée (…). Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature (…) ».

4. En premier lieu, la décision attaquée comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et n’a dès lors pas méconnu les dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration et de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la directrice territoriale de l’OFII aurait omis de procéder à un examen personnalisé de la situation de M. B... et n’aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation personnelle avant de refuser de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d’accueil.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que l’OFII a suspendu puis refusé de rétablir les conditions matérielles d’accueil de M. B... au motif qu’il n’a pas indiqué avoir sollicité et obtenu l’asile en Grèce, ce qui caractérise une information utile permettant de faciliter l’instruction de la demande de conditions matérielles d’accueil au sens du 3° de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dès lors, et indépendamment de la circonstance -au demeurant non établie- que l’intéressé n’avait pas d’intention frauduleuse particulière, en se fondant sur les dispositions de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour refuser de rétablir au profit du requérant le bénéfice des conditions matérielles d’accueil, la directrice territoriale de l’OFII n’a pas entaché sa décision d’une erreur de droit.

7. En dernier lieu, aux termes de l’article L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminine ».

8. L’intéressé fait valoir qu’il ne dispose pas de ressource, se trouve sans logement et dans l’impossibilité de faire « face à ses besoins essentiels » et qu’il est dans une situation de « grande précarité ». Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l’intéressé, qui a certifié avoir bénéficié dans une langue qu’il comprend -en langue farsi- d’un entretien d’évaluation de sa vulnérabilité le 23 juillet 2025 au cours duquel il a indiqué ne pas avoir de problème de santé, n’établit pas être dans une situation de vulnérabilité particulière telle qu’elle est définie à l’article L. 522-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par ailleurs l’intéressé bénéficie de la protection internationale auprès des autorités grecques depuis le 12 février 2024. Dans ces conditions, en refusant de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à M. B..., la directrice territoriale de l’OFII n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du 5 septembre 2025. Ses conclusions à fin d’annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

 

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B..., n’appelle, par lui-même, aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions à fin d’injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’Etat, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : M. B... est admis, à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à l’Office français de l’immigration et de l’intégration et à Me Nourani.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur et au bureau d’aide juridictionnelle.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 septembre 2025.

La magistrate désignée,

C. BoisLa greffière,

S. Kieffer

La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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