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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2000185

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2000185

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2000185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantDRIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires en réplique, enregistrés les 30 janvier et 30 décembre 2020 et le 25 novembre 2022, la commune de Brebotte, représentée par Me Dridi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus née du silence conservé par le préfet du Territoire de Belfort sur sa demande de requalification du cours d'eau dit " fossé des trous de Marne " en fossé d'écoulement ;

2°) d'annuler la décision expresse du 18 décembre 2019 par laquelle le préfet du Territoire de Belfort a refusé de requalifier le cours d'eau dit " fossé des trous de Marne " en fossé d'écoulement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Territoire de Belfort de requalifier le " fossé des trous de Marne " en fossé d'écoulement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- au vu des résultats de l'expertise du bureau d'études ATMO, le préfet a commis une erreur en qualifiant de cours d'eau au sens de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement le " fossé des trous de Marne " ;

- la source captée sous la ferme Babé alimente le ruisseau de l'écrevisse en s'écoulant dans une canalisation selon la pente principale alors que le " fossé des trous de Marne " s'écoule dans le sens opposé de la canalisation d'eau pluviale ;

- le préfet a commis des erreurs au niveau des altitudes en utilisant le site géoportail qui est moins précis que le relevé topographique réalisé par le bureau d'études ATMO ;

- les services de l'Etat n'ont pas réalisé de mesure de débit du fossé.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 11 mai 2020 et 9 mars 2021, le préfet du Territoire de Belfort conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision ne faisant pas grief à la requérante et qu'elle est tardive dans la mesure où la décision contestée constitue une simple décision confirmative de la décision du comité de suivi prise le 6 juillet 2017 et devenue définitive ;

- à titre subsidiaire, dès lors qu'un écoulement a été constaté dans l'émissaire après une période de vingt jours sans pluie significative, il ne s'agit pas d'un ruissellement d'eau de pluie mais d'un écoulement d'eaux courantes alimenté par une source, des zones humides de bordure, des apports diffus du coteau et des affleurements de la nappe ;

- l'eau de la source ne peut pas s'écouler naturellement vers le ruisseau de l'Ecrevisse en raison de l'existence d'une pente de terrain ascendante ;

- les textes ne fixent pas de débit minimal chiffré et dans le département du Territoire de Belfort, un débit qui n'est pas nul plus de six mois dans l'année représente un débit suffisant, compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales ;

- les travaux d'aménagement réalisés en 2009 par la commune, qui ont déplacé la partie avale de l'écoulement en le sortant de son lit naturel pour le canaliser dans un fossé aménagé, n'ont pas fait perdre au " fossé des trous de Marne " sa nature originelle de cours d'eau, tel qu'il figure sur la carte d'Etat-major 1820 - 1866 mais également toujours sur la carte IGN du site Géoportail mise à jour le 3 mai 2019.

Vu la note en délibéré, présentée pour la commune de Brebotte, enregistrée le 30 novembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,

- et les observations de Me Kern, pour la commune de Brebotte, et de M. A représentant le préfet du Territoire de Belfort.

Considérant ce qui suit :

1. Par une instruction du Gouvernement du 3 juin 2015, la ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie a demandé aux préfets de départements de procéder à l'établissement d'une cartographie exhaustive des cours d'eau dans les zones où cela est techniquement possible et, dans les autres zones, de préciser la méthodologie d'identification des cours d'eau. En exécution de cette instruction gouvernementale, le préfet du Territoire de Belfort a engagé une démarche de cartographie des cours d'eau de son département en s'appuyant notamment sur un groupe d'experts et un comité de suivi départemental de la cartographie des cours d'eau. Lors de sa réunion du 6 juillet 2017, le comité de suivi a acté que le " fossé des trous de Marne " situé sur le territoire de la commune de Brebotte constitue un cours d'eau au sens de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement. Par deux courriers des 4 et 30 octobre 2019, la commune de Brebotte a demandé au préfet du Territoire de Belfort de requalifier le " fossé des trous de Marne " en fossé d'écoulement en affirmant notamment qu'il avait été artificiellement créé en 2009 dans le cadre de travaux destinés à lutter contre les inondations. Par un courrier du 18 décembre 2019, le préfet du Territoire de Belfort a refusé de faire droit à cette demande. La commune de Brebotte demande au tribunal d'annuler cette décision de refus.

2. En premier lieu, par un courrier du 4 octobre 2019, reçu par la direction départementale des territoires du Territoire de Belfort le 8 octobre 2019, la commune de Brebotte a demandé aux services de l'Etat de revenir sur la qualification de cours d'eau donnée au " fossé des trous de Marne ". Par un courrier du 30 octobre 2019, la commune de Brebotte a adressé une demande similaire au préfet du Territoire de Belfort. Par un courrier du 18 décembre 2019, le préfet du Territoire de Belfort a opposé un refus à cette demande. La commune de Brebotte demande au tribunal d'annuler la décision implicite de refus née du silence conservé par le préfet durant plus de deux mois sur sa demande, ensemble, la décision de refus expresse opposée le 18 décembre 2019. Les conclusions de la requête dirigées contre la décision implicite de rejet née du silence gardé durant plus de deux mois par le préfet sur la demande présentée le 8 octobre 2019 doivent toutefois être regardées comme dirigées contre la décision du 18 décembre 2019 qui s'y est substituée, par laquelle le préfet a expressément rejeté la demande.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement, en vigueur depuis sa création, le 10 août 2016, par la loi n° 2016-1087 du 8 août 2016 : " Constitue un cours d'eau un écoulement d'eaux courantes dans un lit naturel à l'origine, alimenté par une source et présentant un débit suffisant la majeure partie de l'année. / L'écoulement peut ne pas être permanent compte tenu des conditions hydrologiques et géologiques locales. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'émissaire dénommé " fossé des trous de Marne " situé sur le territoire de la commune de Brebotte figure sur la carte d'Etat-Major établie au XIXème siècle ainsi que sur la carte IGN géologique et les cartes IGN au 1/25000ème de 1950 et du 3 mai 2019. Ainsi, et alors même qu'il n'a été porté ni sur la carte de Cassini de 1747 ni sur le cadastre actuel établi en 1970, ces éléments cartographiques confirment l'existence d'un écoulement dans un lit naturel. La circonstance que la commune de Brebotte a réalisé des travaux d'aménagement en 2009 pour lutter contre les inondations, qui ont déplacé la partie avale de l'écoulement en le sortant de son lit naturel pour le canaliser dans un fossé aménagé, n'est pas de nature à avoir fait perdre à l'émissaire l'origine naturelle de son lit. En outre, il ressort des expertises de terrain réalisées les 30 août, 1er septembre, 8 septembre, 23 novembre et 30 novembre 2016 et des 24 mars et 11 mai 2017 par des membres du comité de suivi départemental de la cartographie des cours d'eau ainsi que de la note technique critique élaborée par l'office français de la biodiversité en réponse au rapport d'expertise établi en 2019 par le cabinet ATMO mandaté par la commune de Brebotte, que l'émissaire est alimenté par la source captée sous la ferme Babé qui rejoint le lit d'écoulement par une canalisation. Enfin, les visites de terrain effectuées par des membres du comité de suivi les 1er et 7 septembre 2016, soit après une période chaude et sèche et plus précisément respectivement 34 et 27 jours après la dernière pluie datant du 4 août 2016, ont permis de constater un écoulement d'eaux courantes. Il en est de même des visites de terrain des 23 mars et 11 mai 2017 et du 10 avril 2019. Par suite, l'émissaire ne provient pas du ruissellement des eaux de pluie mais est alimenté par la source, et son débit, qui n'a pas à atteindre un minimum chiffré, est suffisant. La circonstance que, depuis la pose d'un merlon de terre en 2019 par la commune au départ de l'émissaire, l'eau, ainsi artificiellement détournée, soit désormais obligée de s'écouler en contre-sens de la vallée jusqu'à se déverser dans le collecteur enterré d'eaux pluviales de la commune avant de déboucher dans le fond du lit du ruisseau de l'Ecrevisse, ne permet de remettre en cause ni le tracé originel du lit naturel issu de la source qui venait alimenter en eau le " fossé des trous de Marne " et ne pouvait, du fait la déclivité ascendante du terrain entre le point d'émergence de la source et le lit du ruisseau de l'Ecrevisse, s'écouler naturellement vers ce dernier, ni les observations antérieures à la pose du merlon de terre. Au surplus, le 28 janvier 2020 un écoulement d'eaux courantes a encore été constaté dans l'émissaire qui ne saurait trouver son origine dans le seul épisode pluvieux de 9 mm, non significatif, survenu la veille. Ainsi, l'émissaire demeure alimenté naturellement par des zones humides de bordure, des apports diffus du coteau et des affleurements de la nappe, lesquels sont assimilables à une source. En conséquence, le préfet du Territoire de Belfort a exactement qualifié le " fossé des trous de Marne " de cours d'eau au sens de l'article L. 215-7-1 du code de l'environnement.

5. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que la commune de Brebotte n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions contestées. Ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'Etat des frais exposés par elle et non compris dans les dépens doivent être rejetées par voie de conséquence.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la commune de Brebotte est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Brebotte, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet du Territoire de Belfort.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Guitard, première conseillère,

- Mme Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

F. GuitardLe président,

T. Trottier

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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