mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2000825 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 13 juin 2020, 10 décembre 2020, et 10 mars 2022 et un mémoire récapitulatif enregistré le 5 janvier 2024, l'association commission de protection des eaux, du patrimoine, de l'environnement, du sous-sol et des chiroptères de Franche-Comté (CPEPESC) demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de mettre en demeure le GAEC du Prés l'Enfroy soit de déposer un dossier de régularisation conforme au titre des rubriques 2.2.1.0., 3.3.1.0. et 3.3.2.0. pour les réseaux de drainage situés sur la commune de Villers-sur-Port, permettant d'apprécier l'impact de l'opération sur l'environnement et de fixer les prescriptions indispensables à la préservation des intérêts protégés aux articles L. 211-1 et L. 214-1 et suivants du code de l'environnement, soit de remettre en état les lieux, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 488 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le drainage réalisé par le GAEC du Prés l'Enfroy nécessitait la délivrance d'une autorisation environnementale au titre de l'article L. 181-1 du code de l'environnement et en application de la rubrique 2.2.1.0. du tableau annexé à l'article R. 214-1 du code de l'environnement ;
- il nécessitait également le dépôt d'un dossier de demande en application de la rubrique 3.3.2.0. du tableau annexé à l'article R. 214-1 du code de l'environnement ;
- la composition pénale dont le GAEC du Prés l'Enfroy a fait l'objet n'a pas été intégralement exécutée, il revenait donc à l'Etat de le mettre en demeure de régulariser sa situation et d'instruire un dossier de remise en état ;
- le préfet de la Haute-Saône a commis une erreur de droit, un détournement de pouvoir et un détournement de procédure au regard des dispositions de l'article R. 214-42 et de l'article L. 171-7 du code de l'environnement ;
- c'est à tort que l'administration a considéré le dossier comme complet, alors qu'il ne permet pas d'apprécier sérieusement l'impact de l'opération sur l'environnement et ne fournit pas l'ensemble des informations essentielles, nécessaires et suffisantes à l'Etat pour statuer, en fixant les prescriptions indispensables à la préservation des intérêts protégés aux articles L. 211-1 et L. 214-1 et suivants du code de l'environnement ;
- la régularisation prescrite au GAEC du Prés l'Enfroy est incompatible avec le SDAGE RM 2022-2027 ;
- la création d'une zone humide de 6 400 m2 sur la parcelle n° 27 de la section ZB de la commune est impossible, cette parcelle représentant seulement 2 290 m2 ;
- en l'absence de délimitation précise de la zone humide, d'évaluation du site pressenti pour la compensation, et d'une compensation suffisante ou adaptée, les intérêts visés au titre 1er du livre 2 du code de l'environnement ont été violés.
Par un mémoire enregistré le 18 septembre 2020, le GAEC du Prés l'Enfroy informe le tribunal de la composition pénale dont il a fait l'objet.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 octobre 2020, 8 juin 2021, 21 juin 2022 et 15 février 2024, le préfet de la Haute-Saône conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que :
- le dossier de déclaration déposé par le GAEC du Prés l'Enfroy a été considéré complet et régulier le 10 septembre 2021 ;
- un arrêté portant prescriptions spécifiques au titre de l'article L. 214-3 du code de l'environnement et concernant la régularisation d'un drainage sur les communes de Villers-sur-port et La Villedieu a été édicté le 28 septembre 2021 ;
- les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.
Par un courrier du 12 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité de conclusions à fin d'injonction formulées à titre principal.
Par un mémoire enregistré le 18 mars 2024 à 17h06, la CPEPESC a présenté des observations sur ce moyen susceptible d'être relevé d'office.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- et les observations de M. C, pour la CPEPESC.
Considérant ce qui suit :
1. Les 13, 14 et 15 novembre 2017, le GAEC du Prés l'Enfroy a réalisé le drainage d'une parcelle de 12 hectares sur le territoire de la commune de Villers-sur-Port, aux lieux-dits " Les champs du Pâtis " et " Prés du Bouchet ". Par un courrier du 12 février 2020, la CPEPESC, estimant que ces travaux étaient soumis à déclaration au titre des rubriques 3.3.1.0., et 2.1.5.0. de la nomenclature annexée à l'article R. 214-1 du code de l'environnement et à autorisation au titre de la rubrique 2.2.1.0. de cette même nomenclature, a demandé à la préfète de la Haute-Saône de mettre en demeure le GAEC du Prés l'Enfroy soit de déposer un dossier de demande d'autorisation environnementale au titre de l'article L. 181-1 du code de l'environnement, soit un dossier de remise en état des lieux. La préfète de la Haute-Saône a implicitement rejeté sa demande.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
2. Aux termes de l'article R. 611-8-1 du code de justice administrative : " Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut demander à l'une des parties de reprendre, dans un mémoire récapitulatif, les conclusions et moyens précédemment présentés dans le cadre de l'instance en cours, en l'informant que, si elle donne suite à cette invitation, les conclusions et moyens non repris seront réputés abandonnés. () / Le président de la formation de jugement ou le président de la chambre chargée de l'instruction peut en outre fixer un délai, qui ne peut être inférieur à un mois, à l'issue duquel, à défaut d'avoir produit le mémoire récapitulatif mentionné à l'alinéa précédent, la partie est réputée s'être désistée de sa requête ou de ses conclusions incidentes. La demande de production d'un mémoire récapitulatif informe la partie des conséquences du non-respect du délai fixé ".
3. La CPEPESC, par son mémoire récapitulatif enregistré le 5 janvier 2024, se borne à demander au tribunal d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de mettre en demeure le GAEC du Prés l'Enfroy soit de déposer un dossier de régularisation conforme au titre des rubriques 2.2.1.0., 3.3.1.0. et 3.3.2.0. pour les réseaux de drainage situés sur la commune de Villers-sur-Port, permettant d'apprécier l'impact de l'opération sur l'environnement et de fixer les prescriptions indispensables à la préservation des intérêts protégés aux articles L. 211-1 et L. 214-1 et suivants du code de l'environnement, soit de remettre en état des lieux, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle la préfète de la Haute-Saône a implicitement rejeté sa demande du 12 février 2020, formulées à l'appui de la requête, sont réputées abandonnées.
4. Dans ces conditions, les seules conclusions à fin d'injonction présentées dans le mémoire récapitulatif du 5 janvier 2024, formulées à titre principal, sont irrecevables, dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif, en dehors des cas expressément prévus par la loi, d'adresser des injonctions à l'administration à titre principal.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction de la requête de la CPEPESC doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
6. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme à verser à la CPEPESC au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la CPEPESC est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association commission de protection des eaux, du patrimoine, de l'environnement, du sous-sol et des chiroptères de Franche-Comté, au préfet de la Haute-Saône et à M. A B, gérant du GAEC du Prés l'Enfroy.
Copie en sera transmise, pour information, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
C. SchmerberLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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