jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2001775 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | VICTORIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 novembre 2020, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et l'Association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), représentées par Me Victoria, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté de la préfète de la Haute-Saône en date du 5 novembre 2020 portant réglementation des activités d'intérêt général visant à réduire les dégâts causés par le gibier aux cultures, prairies, forêts et aux biens ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les associations requérantes soutiennent que :
- la préfète de la Haute-Saône n'était pas compétente pour assouplir les interdictions de rassemblements ou de déplacements ;
- l'arrêté attaqué n'a pas été précédé de la procédure de participation du public prévue à l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;
- la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage qui a donné un avis sur la décision attaquée s'est réunie en méconnaissance de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté attaqué méconnait le décret du 29 octobre 2020, alors en vigueur, dès lors qu'il autorise des rassemblements de plus de six personnes ;
- la régulation du chamois et des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts ne relève pas d'une mission d'intérêt général au regard des dégâts qu'ils causent.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er avril 2021, la préfète de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.
La préfète fait valoir que les moyens soulevés par la LPO et l'ASPAS ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- la circulaire du 31 octobre 2020 relative à la mise en œuvre de dérogations au confinement en matière de régulation de la faune sauvage et de destruction d'espèces animales susceptibles d'occasionner des dégâts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- et les conclusions de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 5 novembre 2020, la préfète de la Haute-Saône a réglementé des activités d'intérêt général visant à réduire les dégâts causés par le gibier aux cultures, prairies, forêts et aux biens. Les associations requérantes demandent l'annulation de cet arrêté.
Sur le cadre du litige :
2. D'une part, par arrêté de la préfète de la Haute-Saône du 25 mai 2020, la période d'ouverture générale de la chasse à tir et de la chasse à vol a été fixée du 13 septembre 2020 au 28 février 2021. Ces activités de chasse ont été interrompues par l'application du I de l'article 3 du décret du 29 octobre 2020, alors en vigueur, qui dispose que : " Tout rassemblement, réunion ou activité sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public, qui n'est pas interdit par le présent décret, est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er ". Aux termes du I de l'article 4, alors en vigueur, du même décret : " Tout déplacement de personne hors de son lieu de résidence est interdit à l'exception des déplacements pour les motifs suivants en évitant tout regroupement de personnes : () 8° Participation à des missions d'intérêt général sur demande de l'autorité administrative ". Par une circulaire du 31 octobre 2020, la ministre de la transition écologique a demandé aux préfets de département de prendre les mesures tendant à réduire les dégâts causés par le gibier aux cultures, prairies, forêts et aux biens dans des conditions qui permettent de ralentir la propagation du virus covid-19.
3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article 11 du décret du 29 avril 2004 : " Le préfet de département a la charge de l'ordre public et de la sécurité des populations ". Aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique ". En application de ces dispositions, la préfète de la Haute-Saône a mis en œuvre ses pouvoirs de police afin d'autoriser la chasse, le piégeage et le prélèvement de différentes espèces animales non domestiques sur le territoire du département afin de réduire les dégâts causés par le gibier aux cultures, prairies, forêts et aux biens. Par suite, l'autorisation de poursuivre la chasse, le piégeage et le tir pendant l'état d'urgence sanitaire a pour objectif de préserver l'équilibre agro-sylvo-cynégétique et constitue ainsi une invitation faite par l'autorité administrative aux personnes pratiquant la chasse à participer à une mission d'intérêt général, permettant de façon dérogatoire les déplacements.
Sur la légalité de la décision attaquée :
4. En premier lieu, il résulte des dispositions citées aux points précédents que la préfète de la Haute-Saône était compétente pour prendre des mesures de police qui dérogent à l'interdiction de déplacement, alors en vigueur, afin de mettre en œuvre une mission d'intérêt général. Par suite, le moyen doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 123-19-1 du code l'environnement : " I.-Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration ". Il résulte de ces dispositions que les décisions administratives réglementaires qui ont une incidence sur l'environnement doivent être précédées d'une consultation du public. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que la régulation de la faune sauvage prévue par la décision attaquée est plus restrictive que celle prévue par l'arrêté du 25 mai 2020 de la préfète de la Haute Saône fixant l'ouverture de la chasse. Or cet arrêté avait déjà fait l'objet d'une consultation du public du 29 avril au 19 mai 2020 préalablement à son adoption et il résulte des points 2 et 3 que l'arrêté était toujours en vigueur lors de l'adoption de la décision attaquée. Dès lors, il n'appartenait pas à l'autorité compétente de faire précéder la décision attaquée d'une nouvelle participation du public. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 421-29 du code de l'environnement : " I.-La commission départementale de la chasse et de la faune sauvage concourt à l'élaboration, à la mise en œuvre et au suivi, dans le département, de la politique du gouvernement dans le domaine de la chasse et de la protection de la faune sauvage () / ". Il résulte des articles R. 133-1 et R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration que les membres de cette commission reçoivent, sauf urgence, une convocation comportant l'ordre du jour et les documents nécessaires à l'examen de l'affaire au moins cinq jours avant la date de la réunion. Il est constant que le délai de cinq jours prévu par ces dispositions n'a pas été respecté entre la date de convocation des membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et la réunion au cours de laquelle elle a émis un avis sur la décision attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le mois de novembre constitue une période déterminante pour la lutte contre les dégâts provoqués par le gibier dans le département. De plus, l'activité de chasse ayant essentiellement lieu les samedis et dimanches, la durée de la convocation devait tenir compte de cette circonstance pour permettre à la préfète de la Haute-Saône de prendre l'arrêté en litige au plus tard un vendredi. Enfin, l'état d'urgence sanitaire ayant eu pour effet de suspendre les activités de chasse à partir du 30 octobre 2020, toute activité de lutte contre les dégâts du gibier n'a pu se tenir les samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre 2020 qui ont immédiatement suivi. Ainsi, la convocation envoyée le mardi 2 novembre 2020 pour une réunion de la commission le mercredi 3 novembre suivant, donnant lieu à l'adoption de la décision attaquée le 5 novembre 2020 et permettant ainsi la reprise de l'activité de lutte contre les dégâts causés par les gibiers à partir du samedi 6 novembre 2020, ne méconnait pas les dispositions prévues à l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration, compte tenu de l'urgence dans laquelle l'autorité compétente devait agir.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 29 octobre 2020, alors en vigueur : " Tout rassemblement, réunion ou activité sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public, qui n'est pas interdit par le présent décret, est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er " et aux termes du I de l'article 1er du même décret " Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance ". Il ressort de la décision attaquée qu'elle prescrit le port du masque lors des activités autorisées, le respect d'une distance d'un mètre entre les participants et l'interdiction d'activités de restauration dans les cabanes de chasse ainsi que le partage de nourriture et de boissons entre les participants. Il s'ensuit que les activités autorisées par l'arrêté attaqué ne peuvent se dérouler que dans des conditions qui permettent de ralentir la propagation du virus covid-19. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement, cité au point 3, la pratique de la chasse participe et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines. Aux termes de l'article R. 425-1-1 du même code : " Le plan de chasse est obligatoire pour les cerfs élaphes, daims, mouflons, chamois, isards et chevreuils ". Aux termes de l'article R. 427-6 du même code, les conditions de prélèvement des espèces animales classées susceptibles d'occasionner des dégâts sont fixées par le ministre chargé de la chasse. Il résulte de ces dispositions que la chasse des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts et celle faisant l'objet d'un plan de chasse sont présumées être d'intérêt général lorsqu'elles sont réalisées dans les conditions prévues par ces dispositions.
9. En l'espèce, en application de ces dispositions, la décision attaquée autorise, sous certaines conditions, le prélèvement de chamois et de plusieurs espèces susceptibles d'occasionner des dégâts. Il ressort des pièces du dossier que le chamois cause des dégâts dans des parties localisées du territoire et son prélèvement se fait dans les conditions du plan de chasse alors en vigueur. En outre, le prélèvement des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts n'excède pas les conditions prévues par l'arrêté du ministre de la transition écologique et solidaire du 3 juillet 2019 pris en application de l'article R. 427-6 ci-dessus mentionné. Dans ces conditions, la préfète de la Haute-Saône n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 420-1 du code de l'environnement en considérant qu'il était d'intérêt général d'autoriser pendant l'état d'urgence sanitaire le prélèvement de ces espèces dans les conditions fixées par la décision attaquée. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que la Ligue pour la Protection des Oiseaux et l'Association pour la Protection des Animaux Sauvages ne sont pas fondées à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la Ligue pour la Protection des Oiseaux et de l'Association pour la Protection des Animaux Sauvages est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Ligue pour la Protection des Oiseaux, à l'Association pour la Protection des Animaux Sauvages et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Haute-Saône.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Grossrieder, présidente,
Mme Besson, conseillère,
M. Seytel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
Le rapporteur,
J. B
La présidente,
S. Grossrieder
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière(DEF)(/DEF)
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026