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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2001809

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2001809

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2001809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrée les 18 novembre 2020, 4 mai 2021 et 9 juillet 2021, l'association Jura Nature Environnement demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Jura du 5 novembre 2020 portant réglementation des activités d'intérêt général visant à réduire les dégâts causés par le gibier aux cultures, prairies, forêts et aux biens ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

L'association soutient que :

- l'arrêté attaqué n'a pas été précédé de la procédure de participation du public prévue à l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;

- la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage qui a donné un avis sur la décision attaquée s'est réunie en méconnaissance de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté attaqué méconnait le décret du 29 octobre 2020, alors en vigueur, dès lors que la demande de participation à des missions d'intérêt général émane d'une association de chasseurs alors qu'elle devait émaner d'une autorité administrative ;

- la régulation du renard, du corbeau et de la corneille ne relève pas d'une mission d'intérêt général au regard des dégâts qu'ils causent dans le Jura ;

- le renard peut être regardé comme un auxiliaire de l'agriculture dont le prélèvement est contraire à l'intérêt général.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 mars, 21 juin et 5 août 2021, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par l'association ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- la circulaire du 31 octobre 2020 relative à la mise en œuvre de dérogations au confinement en matière de régulation de la faune sauvage et de destruction d'espèces animales susceptibles d'occasionner des dégâts ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les conclusions de M. A,

- et les observations de M. C, pour l'association Jura Nature Environnement.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 5 novembre 2020, le préfet du Jura a réglementé des activités d'intérêt général visant à réduire les dégâts causés par le gibier aux cultures, prairies, forêts et aux biens. L'association requérante demande l'annulation de cet arrêté.

Sur le cadre du litige :

2. D'une part, par un arrêté du préfet du Jura du 26 juin 2020, la période d'ouverture générale de la chasse à tir et de la chasse à vol a été fixée du 13 septembre 2020 au 28 février 2021. Ces activités de chasse ont été interrompues par l'application du I de l'article 3 du décret du 29 octobre 2020, alors en vigueur, qui dispose que : " Tout rassemblement, réunion ou activité sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public, qui n'est pas interdit par le présent décret, est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er ". Aux termes du I de l'article 4, alors en vigueur, du même décret : " Tout déplacement de personne hors de son lieu de résidence est interdit à l'exception des déplacements pour les motifs suivants en évitant tout regroupement de personnes : () 8° Participation à des missions d'intérêt général sur demande de l'autorité administrative ". Par une circulaire du 31 octobre 2020, la ministre de la transition écologique a demandé aux préfets de département de prendre les mesures tendant à réduire les dégâts causés par le gibier aux cultures, prairies, forêts et aux biens dans des conditions qui permettent de ralentir la propagation du virus covid-19.

3. D'autre part, aux termes du premier alinéa de l'article 11 du décret du 29 avril 2004 : " Le préfet de département a la charge de l'ordre public et de la sécurité des populations ". Aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique ". En application de ces dispositions, le préfet du Jura a mis en œuvre ses pouvoirs de police afin d'autoriser la chasse, le piégeage et le prélèvement de différentes espèces animales non domestiques sur le territoire du département afin de réduire les dégâts causés par le gibier aux cultures, prairies, forêts et aux biens. Par suite, l'autorisation de poursuivre la chasse, le piégeage et le tir pendant l'état d'urgence sanitaire a pour objectif de préserver l'équilibre agro-sylvo-cynégétique et constitue ainsi une invitation faite par l'autorité administrative aux personnes pratiquant la chasse à participer à une mission d'intérêt général, permettant de façon dérogatoire les déplacements.

Sur la légalité de la décision attaquée :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 123-19-1 du code l'environnement : " I.- Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration ". Il résulte de ces dispositions que les décisions administratives réglementaires qui ont une incidence sur l'environnement doivent être précédées d'une consultation du public. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que la régulation de la faune sauvage prévue par la décision attaquée est plus restrictive que celle prévue par l'arrêté du 26 juin 2020 du préfet du Jura fixant l'ouverture de la chasse. Or cet arrêté avait déjà fait l'objet d'une consultation du public du 2 au 22 juin 2020 préalablement à son adoption et il résulte des points 2 et 3 que l'arrêté était toujours en vigueur lors de l'adoption de la décision attaquée. Dès lors, il n'appartenait pas à l'autorité compétente de faire précéder la décision attaquée d'une nouvelle participation du public. Par suite, le moyen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-29 du code de l'environnement : " I.- La commission départementale de la chasse et de la faune sauvage concourt à l'élaboration, à la mise en œuvre et au suivi, dans le département, de la politique du gouvernement dans le domaine de la chasse et de la protection de la faune sauvage () ". Il résulte des articles R. 133-1 et R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration que les membres de cette commission reçoivent, sauf urgence, une convocation comportant l'ordre du jour et les documents nécessaires à l'examen de l'affaire au moins cinq jours avant la date de la réunion. Il est constant que le délai de cinq jours prévu par ces dispositions n'a pas été respecté entre la date de convocation des membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage et la réunion au cours de laquelle elle a émis un avis sur la décision attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le mois de novembre constitue une période déterminante pour la lutte contre les dégâts provoqués par le gibier dans le département. De plus, l'activité de chasse ayant essentiellement lieu les samedis et dimanches, la durée de la convocation devait tenir compte de cette circonstance pour permettre au préfet du Jura de prendre l'arrêté en litige au plus tard un vendredi. Enfin, l'état d'urgence sanitaire ayant eu pour effet de suspendre les activités de chasse à partir du 30 octobre 2020, toute activité de lutte contre les dégâts du gibier n'a pu se tenir les samedi 31 octobre et dimanche 1er novembre 2020 qui ont immédiatement suivi. Ainsi, la convocation envoyée les 2 et 3 novembre 2020 pour une réunion de la commission le mercredi 4 novembre suivant, donnant lieu à l'adoption de la décision dès le lendemain permettant ainsi la reprise de l'activité de lutte contre les dégâts causés par les gibiers à partir du samedi 6 novembre 2020, ne méconnait pas les dispositions prévues à l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration, compte tenu de l'urgence dans laquelle l'autorité compétente devait agir.

6. En troisième lieu, aux termes du I de l'article 4 du décret du 29 octobre 2020 alors en vigueur et cité au point 2, les déplacements pouvaient être autorisés lorsque les participants concouraient à une mission de service public sur demande d'une autorité administrative. La circonstance qu'une association de chasseurs ait sollicité l'adoption de l'arrêté attaqué alors que l'ensemble du territoire était sous le régime de l'état d'urgence sanitaire ne saurait conférer à cette association la qualité d'auteur de la décision. En tout état de cause, la décision attaquée a été adoptée par le préfet du Jura qui n'était pas lié par la demande de l'association. Par suite, le moyen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 420-1 du code de l'environnement, cité au point 3, la pratique de la chasse participe et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines. Aux termes de l'article R. 425-1-1 du même code : " Le plan de chasse est obligatoire pour les cerfs élaphes, daims, mouflons, chamois, isards et chevreuils ". Aux termes de l'article R. 427-6 du même code, les conditions de prélèvement des espèces animales classées susceptibles d'occasionner des dégâts sont fixées par le ministre chargé de la chasse. Il résulte de ces dispositions que la chasse des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts et celle faisant l'objet d'un plan de chasse sont présumées être d'intérêt général lorsqu'elles sont réalisées dans les conditions prévues par ces dispositions. Ainsi, il n'appartient à l'autorité compétente de démontrer la réalité des dégâts occasionnés que par les seules espèces qui ne sont pas classées susceptibles d'occasionner des dégâts ou concernées par un plan de chasse.

8. En l'espèce, l'arrêté attaqué autorise le prélèvement du renard, du corbeau et de la corneille qui constituent des espèces nuisibles susceptibles d'occasionner des dégâts. A cet égard, il n'est pas contesté que le prélèvement des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts excède les conditions prévues par l'arrêté du ministre de l'environnement, de l'énergie et de la mer, chargé des relations internationales sur le climat du 2 septembre 2016 pris en application de l'article R. 427-6 susmentionné. Dans ces conditions, le préfet du Jura n'a pas fait une inexacte application de l'article L. 420-1 du code de l'environnement en autorisant le prélèvement du renard, du corbeau et de la corneille. Par suite, le moyen doit être écarté.

9. En dernier lieu, l'arrêté attaqué n'a pas pour objet de procéder à la classification des espèces nuisibles susceptibles d'occasionner des dégâts. Il s'ensuit qu'à l'appui de sa requête, l'association requérante ne peut utilement contester la qualité d'espèce nuisible susceptible d'occasionner des dégâts en produisant différentes études permettant d'établir que le renard doit être regardé comme un auxiliaire de l'agriculture dont le prélèvement est contraire à l'intérêt général. Par suite, le moyen ne peut être écarté.

10. Pour ces raisons, l'association Jura Nature Environnement, n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Jura Nature Environnement est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Jura Nature Environnement et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Jura.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Grossrieder, présidente,

Mme Besson, conseillère,

M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

Le rapporteur,

J. B

La présidente,

S. Grossrieder

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

(DEF)(/DEF)

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