mardi 11 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2001908 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | ELEOM MONTPELLIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 27 novembre 2020 et 3 novembre 2021, l'association Servir, représentée par Me Smallwood, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2020 par lequel le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont prononcé la cessation totale et définitive de l'activité de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " la Rosemontoise ", dont elle assurait la gestion, au 7 novembre 2020 ;
2°) de mettre à la charge conjointe de l'agence régional de santé de Bourgogne Franche-Comté et du département du Territoire de Belfort la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- dès lors que la décision du 30 juillet 2020 portant suspension de l'activité de l'établissement en cause, dont elle entend exciper de l'illégalité, qui constitue une sanction au sens de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne pouvait légalement être prise qu'à l'issue d'une procédure contradictoire préalable, qui, en l'espèce n'a pas été respectée, alors qu'aucune situation d'urgence ne justifiait cette exemption, elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions des articles L. 122-1 et L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration et méconnaît les droits de la défense ;
- la décision du 27 octobre 2020 en litige, qui constitue également une sanction et met un terme à une autorisation accordée, est motivée par des griefs qui n'avaient pas été portés à sa connaissance lors du courrier de recueil préalable de ses observations, tenant à l'absence de sécurisation par GPS des tablettes utilisées pour le circuit du médicament et au défaut de communication des organigrammes nominatifs, des tableaux des effectifs et des documents formalisant l'organisation des soins et méconnaît ainsi également les principes du contradictoire et des droits de la défense ;
- la décision contestée a été prise sans consultation préalable des représentants du personnel et en violation des droits de l'association Servir et du propriétaire des locaux ;
- la décision contestée, qui comporte des motifs erronés ou insusceptibles de justifier une mesure de cessation d'activité, est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- dès lors que M. C B, qui a assuré l'administration provisoire de l'établissement du 7 juin au 7 août 2020, était le directeur du pôle gérontologique de la fondation Pompidou dont relève l'association " les bons enfants ", à laquelle l'autorisation d'exploiter l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes a été transférée par un arrêté du 28 octobre 2020, et que ce transfert au profit de cet acteur local était envisagé par l'agence régionale de santé et le département du Territoire de Belfort depuis le mois de juin 2020, comme le confirment la réunion téléphonique du 4 juin 2020 et l'article paru dans l'Est républicain le 6 juin 2020, M. B avait intérêt à rédiger un rapport d'administration provisoire à charge contre l'association Servir et la décision de cessation d'activité contestée, qui avait pour unique but de transférer la gestion de l'établissement à l'association " les bons enfants ", est entachée d'un détournement de pouvoir.
Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 8 juillet 2021 et 31 août 2022, l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté, représentée par le cabinet Akilys-Avocats, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association Servir de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requérante ne peut pas utilement ni de façon recevable exciper de l'illégalité de l'arrêté du 30 juillet 2020 portant suspension d'activité de l'établissement " la Rosemontoise ", qui ne constitue pas la base légale de la décision de cessation définitive d'activité de cet établissement, laquelle n'a pas davantage été prise pour l'application de la mesure de suspension d'activité, et alors que les deux décisions ne forment pas une même opération complexe ;
- en tout état de cause, l'arrêté portant suspension d'activité du 30 juillet 2020 n'est pas illégal ;
- dès lors que la décision portant cessation totale et définitive d'activité constitue une mesure de police administrative, les dispositions de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration ne lui sont pas applicables ; la décision contestée a bien été précédée d'une procédure contradictoire ; les deux éléments tenant à l'absence de sécurisation des tablettes destinées à sécuriser le circuit du médicament et au défaut de communication d'un organigramme nominatif, d'un tableau des effectifs et d'une organisation des soins formalisée, retenus par la décision contestée, ne constituent que des précisions de faits déjà portés à la connaissance de la requérante par le courrier du 10 septembre 2020 qui évoquait des dysfonctionnements en matière de circuit du médicament et un défaut de structuration de l'organisation et l'administration aurait en tout état de cause pris la même décision de cessation d'activité si elle s'était uniquement fondée sur les éléments contenus dans le courrier du 10 septembre 2020 ;
- " le plan d'actions " non personnalisé ni adapté proposé par l'association Servir ne répondait pas aux enjeux de santé, de sécurité et de bien-être des résidents de l'établissement " La Rosemontoise " et que la décision contestée n'est donc pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- M. B a exercé l'administration provisoire de l'établissement " la Rosemontoise " en binôme avec une personne dépourvue de lien avec la fondation Pompidou durant deux mois, dans le respect des dispositions du V de l'article L. 313-14 du code de l'action sociale et des familles, et les autorités de tutelle, qui n'avaient pas envisagé de prononcer la cessation d'activité de l'établissement géré par l'association Servir et le transfert de l'autorisation de gestion à un autre gestionnaire avant d'avoir pris connaissance du rapport d'administration provisoire du 1er septembre 2020, n'ont pas entaché la décision contestée d'un détournement de pouvoir.
Par deux mémoires, enregistrés respectivement les 9 juillet 2021 et 7 septembre 2022, le département du Territoire de Belfort, représenté par Me Lonqueue, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'association Servir de la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requérante n'est pas recevable à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 30 juillet 2020 portant suspension d'activité de l'établissement " la Rosemontoise " ;
- en tout état de cause, l'arrêté portant suspension d'activité du 30 juillet 2020 n'est pas illégal ;
- la circonstance que l'administration n'a pas communiqué au préalable à la requérante l'ensemble des griefs retenus pour prendre la décision de cessation d'activité est sans incidence et le moyen tiré de la violation, par l'arrêté contesté, des droits de la défense, est inopérant ;
- en tout état de cause, les deux éléments tenant à l'absence de sécurisation des tablettes destinées à sécuriser le circuit du médicament et au défaut de communication d'un organigramme nominatif, d'un tableau des effectifs et d'une organisation des soins formalisée, retenus par la décision contestée, ne constituent que des précisions de faits déjà portés à la connaissance de la requérante par le courrier du 10 septembre 2020 qui évoquait des dysfonctionnements en matière de circuit du médicament et un défaut de structuration de l'organisation, et l'administration aurait pris la même décision de cessation d'activité si elle ne s'était pas fondée sur ces deux éléments ;
- le plan d'actions non personnalisé ni adapté proposé par l'association Servir n'était pas de nature à remédier aux dysfonctionnements constatés, qui mettaient en péril la santé, la sécurité et le bien-être des résidents de l'établissement " La Rosemontoise " et que la décision contestée n'est donc pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- M. B, qui présentait toutes les garanties de compétence requises, a exercé l'administration provisoire de l'établissement " la Rosemontoise " en binôme avec une personne dépourvue de lien avec la fondation Pompidou durant seulement deux mois, au cours desquels l'administration provisoire a tenté de mettre fin aux dysfonctionnements constatés, confirmés par les administrateurs provisoires suivants, en toute impartialité, et les autorités de tutelle, qui n'avaient pas décidé de prononcer la cessation d'activité de l'établissement géré par l'association Servir et le transfert de l'autorisation de gestion à l'association " Les bons enfants " avant le 14 octobre 2020, n'ont pas entaché la décision contestée d'un détournement de pouvoir.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,
- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,
- et les observations de Me Le Faivre, pour l'association Servir, et Me Pons, pour l'agence régionale de santé Bourgogne Franche-Comté et de Me Kukuryka, pour le département du Territoire de Belfort.
Considérant ce qui suit :
1. L'association Servir a été autorisée à gérer l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " la Rosemontoise " située à Valdoie et a vu cette autorisation renouvelée pour une durée de quinze ans à compter du 4 janvier 2017 par un arrêté du 30 novembre 2016 du directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et du président du conseil départemental du Territoire de Belfort. En 2019, l'agence régionale de santé de la région Bourgogne Franche-Comté a été rendue destinataire de signalements faisant état de risques psychosociaux au sein de l'établissement la Rosemontoise. Au regard de la situation de l'établissement en période de crise sanitaire, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont décidé de placer l'établissement sous administration provisoire pour une durée de deux mois à compter du 7 avril 2020 et ont nommé deux administrateurs provisoires qui ont remis un rapport le 18 mai 2020 sur la gestion de la crise sanitaire par l'établissement. Ce placement a été renouvelé pour une nouvelle période de deux mois à compter du 7 juin 2020 et deux nouveaux administrateurs provisoires ont été désignés. Ces administrateurs ont remis un nouveau rapport le 29 juillet 2020, faisant état de nombreux dysfonctionnements faisant peser un risque de maltraitance passive sur les résidents et de difficultés rencontrées par les administrateurs pour obtenir la collaboration du siège de l'association pour faire évoluer la situation de l'établissement. Par deux arrêtés du 30 juillet 2020, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont suspendu l'activité de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " la Rosemontoise " pour une durée de trois mois et ont désigné, pour la même durée, une nouvelle administratrice provisoire. Par un arrêté du 9 octobre 2020, un second administrateur provisoire a été désigné. Au vu du rapport remis par les administrateurs provisoires le 1er septembre 2020, le directeur général de l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté et le président du conseil départemental du Territoire de Belfort ont prononcé, par un arrêté du 27 octobre 2020, la cessation totale et définitive de l'activité de l'établissement " La Rosemontoise " au 7 novembre 2020. L'association Servir demande l'annulation de cette dernière décision.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Lorsque la santé, la sécurité, ou le bien-être physique ou moral des personnes accueillies () sont menacés ou compromis, et s'il n'y a pas été remédié () pendant la durée de l'administration provisoire, l'autorité compétente pour délivrer l'autorisation peut décider la suspension ou la cessation de tout ou partie des activités de l'établissement () dans les conditions prévues aux articles L. 313-17 et L. 313-18. () ".
3. Il résulte de l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles, qu'une décision de cessation définitive d'un établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ne peut pas être regardée comme ayant été prise pour l'application d'une décision antérieure de suspension de l'activité de cet établissement et cette décision de suspension d'activité ne peut pas davantage être regardée comme constituant la base légale de la décision portant cessation définitive d'activité. En outre, pour les mêmes motifs, les décisions de suspension d'activité du 30 juillet 2020 et de cessation totale et définitive d'activité du 27 octobre 2020 ne comportent pas un lien tel qu'elles pourraient être regardées comme constituant les éléments d'une même opération complexe. Par suite, la requérante ne peut pas utilement invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de la décision du 30 juillet 2020 portant suspension de l'activité de l'EHPAD " La Rosemontoise " à l'appui de sa contestation de la décision du 27 octobre 2020 portant cessation définitive d'activité de cet établissement.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° () constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 121-1 de ce code ajoute que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 () sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". L'article L. 122-1 du même code précise que : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".
5. La décision du 27 octobre 2020 portant cessation totale et définitive d'activité de l'établissement " La Rosemontoise " a été prise en application de l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles, lequel relève de la section 4 consacrée au contrôle administratif et aux mesures de police administrative du titre 1er du livre III du code de l'action sociale et des familles relatif à l'action sociale et médico-sociale mise en œuvre par les établissements et services. Il s'agit donc d'une mesure de police administrative.
6. Par un courrier du 10 septembre 2020, notifié par acte d'huissier le lendemain à l'association Servir, le département du Territoire de Belfort et l'agence régionale de santé de Bourgogne-Franche-Comté ont transmis à la requérante le rapport de l'administration provisoire rédigé le 1er septembre 2020 et l'ont informée qu'ils envisageaient de prononcer la cessation totale et définitive d'activité de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " La Rosemontoise " sur le fondement de l'article L. 313-16 du code de l'action sociale et des familles au motif de la persistance de graves dysfonctionnements dans la prise en charge des résidents, que le courrier énumère, de nature à menacer et compromettre leur santé, leur sécurité ainsi que leur bien-être physique et moral et le respect de leur dignité. Parmi les dysfonctionnements évoqués, le courrier cite notamment la désorganisation et l'absence de traçabilité du circuit du médicament, l'insuffisance de plan de soins qui ne permet pas de suivre les actions réalisées auprès des résidents en termes de changes, de repas, de médicaments et de relevés de poids et le défaut de structuration de l'organisation. Par ce courrier, l'association Servir était invitée à présenter ses observations dans le délai de trente jours, conformément aux articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Par un courrier du 8 octobre 2020, l'association Servir a fait part de ses observations écrites aux autorités de tutelle, a transmis un plan d'actions destiné à répondre aux recommandations de l'administration provisoire et a sollicité un entretien afin de faire part de ses observations orales et de présenter le plan d'actions communiqué. Cet entretien s'est effectivement tenu le 14 octobre 2020. Il résulte de ce qui précède que la décision prononçant la cessation totale et définitive de l'activité de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes " La Rosemontoise " a été précédée de la procédure contradictoire prévue aux articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration. Cette décision mentionne, parmi ses motifs, d'une part, la circonstance que les tablettes nomades équipées du logiciel TITAN, dont la mise en place a été initiée par l'administration provisoire afin de garantir une traçabilité plus efficiente et sécurisée du circuit du médicament, sont inopérantes en l'absence de leur sécurisation par GPS, ce qui oblige les infirmiers à retranscrire les prescriptions médicales, contrairement aux règles et recommandations de bonnes pratiques, et, d'autre part, l'absence de communication d'un organigramme nominatif, d'un tableau des effectifs et d'une organisation des soins formalisée, ce qui démontre une absence de pilotage et l'incapacité de l'association à mettre en œuvre une organisation pérenne. Ces motifs peuvent être regardés comme se rapportant, de façon plus précise, à la désorganisation et l'absence de traçabilité du circuit du médicament ainsi qu'à l'insuffisance de plan de soins et au défaut de structuration de l'organisation déjà évoqués dans le courrier du 10 septembre 2020 par lequel la requérante a été invitée à présenter ses observations préalablement à une éventuelle mesure de cessation de l'activité de l'établissement. Au surplus, il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision de cessation définitive d'activité si elle s'était uniquement fondée sur les autres motifs retenus, tenant en particulier au défaut de soutien apporté par l'association Servir aux administrateurs provisoires dans la mise en place d'actions correctrices aux dysfonctionnements et à l'absence de propositions concrètes et opérationnelles formulées par l'association, en particulier dans la lutte contre la légionellose, dans le suivi de la sécurité de l'établissement et des résidents, dans la prise en charge et les soins apportés à ces derniers et dans la gouvernance de l'association et la gestion du personnel. Dès lors que les précisions ajoutées par la décision contestée aux motifs justifiant la cessation de l'activité de l'établissement n'ont pas eu d'influence sur le sens de la mesure en litige et n'ont pas empêché la requérante de présenter utilement ses observations écrites puis orales sur la sécurisation du circuit du médicament et l'amélioration du plan de soins et de la structuration de l'organisation, la décision contestée n'est pas entachée d'une irrégularité de procédure susceptible de justifier son annulation.
7. En troisième lieu, la requérante ne peut pas utilement invoquer à l'encontre de l'arrêté contesté une méconnaissance du principe du respect des droits de la défense, lequel ne s'applique pas aux décisions émanant des autorités administratives, sauf lorsqu'elles prononcent une sanction ayant le caractère d'une punition, ce qui n'est pas le cas de la mesure de police administrative en cause.
8. En quatrième lieu, en se bornant à affirmer que la décision contestée a été prise sans consultation préalable des représentants du personnel et en violation des droits de la requérante et de l'association propriétaire des locaux sans préciser les fondements qui auraient justifié que les autorités de tutelles consultent les représentants du personnel de l'établissement, alors que l'obligation d'une telle consultation ne ressort en particulier pas des dispositions du code de l'action sociale et des familles, et quels droits de la requérante et du bailleur auraient été méconnus, la requérante ne met pas le tribunal à même de se prononcer sur le bien-fondé de ce moyen.
9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du rapport établi le 1er septembre 2020 par les administrateurs provisoires, que la santé des résidents de l'établissement " La Rosemontoise " était en particulier menacée par la présence persistante de légionelles dans certains bâtiments malgré les actions engagées par l'administration provisoire, sans le soutien de l'association, par l'absence de véritable plan de soins actualisé et par l'inachèvement du dispositif initié par l'administration provisoire pour sécuriser le circuit du médicament par l'utilisation de tablettes nomades équipées du logiciel TITAN qui n'avaient pu être sécurisées par GPS malgré les demandes adressées à cet effet par l'administration provisoire, ce qui contraignait notamment les infirmiers, contrairement aux règles et recommandations de bonnes pratiques compte tenu du risque d'erreur, à retranscrire les prescriptions médicales. La sécurité des résidents était également compromise par l'absence de registre de sécurité dans les locaux de l'établissement malgré les demandes adressées à cet effet à l'association par les administrateurs provisoires, et leur bien-être n'était pas assuré en l'absence de véritable prise en charge des troubles cognitifs et compte tenu en particulier des conditions de douches, réalisées sans pommeau en raison de la présence de légionelles. Enfin, l'absence de politique des ressources humaines en termes en particulier de fidélisation du personnel, de formation et d'organisation du temps de travail, l'absence d'encadrement des équipes de soins depuis 2019 et la grande instabilité de la direction de l'établissement et de la gouvernance de l'association Servir, dont " l'adossement " au groupe Doctegestio, devenu trésorier de l'association le 24 septembre 2022 et dont le président directeur général a pris la présidence de l'association à la même date, n'est pas de nature à corriger en l'absence de précision en termes d'incidences juridiques et financières de cet " adossement ", ne permettaient pas d'envisager un redressement pérenne de la situation de l'établissement par l'association Servir, qui n'avait pas fait preuve d'une prise de conscience de la gravité de la situation durant la période d'administration provisoire, ni coopéré de façon satisfaisante avec les administrateurs provisoires et dont le plan d'actions proposé le 8 octobre 2020 ne formalisait pas de solutions concrètes, immédiates et personnalisées, susceptibles de remédier aux graves dysfonctionnements constatés. Les conclusions du rapport d'évaluation externe qui avait été réalisé au mois de février 2019 par NTG Conseil, qui pointait au demeurant déjà un certain nombre de faiblesses, et l'avis favorable émis par la commission de sécurité au mois de juin 2020 à la suite d'une visite de l'établissement, ne sont pas de nature à remettre en cause les constatations du rapport des administrateurs provisoires du 1er septembre 2020, qui sont venues confirmer celles du précédent rapport en date du 29 juillet 2020, et la requérante ne saurait se décharger de sa responsabilité dans les dysfonctionnements constatés, ni sur la circonstance que la crise sanitaire liée à la Covid 19 serait venue contrarier les axes d'améliorations envisagés, ni sur les administrateurs provisoires qui ont assuré la gestion de l'établissement à compter du 7 avril 2020. Il résulte de ce qui précède que la décision portant cessation totale et définitive de l'activité de l'établissement " La Rosemontoise " n'est pas entachée d'erreur d'appréciation.
10. En sixième lieu, la requérante fait valoir que M. B, l'un des administrateurs qui a assuré l'administration provisoire de l'établissement du 7 juin au 7 août 2020, était le directeur général de l'association " les bons enfants ", à laquelle l'autorisation d'exploiter l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes a été transférée par un arrêté du 28 octobre 2020, que ce transfert au profit de cet acteur local était envisagé par l'agence régionale de santé et le département du Territoire de Belfort depuis le mois de juin 2020, que M. B avait donc intérêt à rédiger un rapport d'administration provisoire à charge contre l'association Servir et que la décision de cessation d'activité contestée avait pour unique but de transférer la gestion de l'établissement à l'association " les bons enfants ". D, et alors au demeurant que M. B n'a pas exercé l'administration provisoire de l'établissement durant la dernière période, au cours de laquelle a été rédigé le rapport du 1er septembre 2020 au vu duquel la décision de cessation définitive d'activité a été prise, il résulte des faits énoncés au point 9 que l'établissement " La Rosemontoise " rencontrait, au 27 octobre 2020, des dysfonctionnements graves et persistants dans son organisation et son fonctionnement qui constituaient une menace pour la santé, la sécurité et le bien-être des personnes accueillies et auxquels l'association Servir n'avait pas manifesté la volonté ni la capacité de remédier. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que les autorités de tutelles auraient prononcé la cessation totale et définitive de l'activité de l'établissement géré par l'association Servir dans le but déterminant de transférer l'autorisation de gestion à l'association " Les bons enfants ". A conséquence, le moyen tiré du détournement de pouvoir dont serait entachée la décision contestée doit être écarté comme non fondé.
11. Il résulte de ce qui précède que l'association Servir n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les frais liés au litige :
12. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat et du département du Territoire de Belfort, qui ne sont pas les parties perdantes dans les présentes instances, quelque somme que ce soit au profit de l'association Servir, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
13. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'association Servir la somme de 1 000 euros au profit de l'Etat, au nom duquel le directeur général de l'ARS a pris la décision en litige, et de 1 000 euros au profit du département du Territoire de Belfort au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de l'association Servir est rejetée.
Article 2 : L'association Servir versera la somme de 1 000 (mille) euros à l'Etat et la somme de 1 000 (mille) euros au département du Territoire de Belfort au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Servir, au ministre de la santé et de la prévention et au département du Territoire de Belfort.
Copie en sera adressée, pour information, à l'agence régionale de santé de Bourgogne Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 20 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- Mme Guitard, première conseillère,
- Mme Diebold, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 11 octobre 2022.
La rapporteure,
F. GuitardLe président,
T. Trottier
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026