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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2100445

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2100445

vendredi 21 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2100445
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantLORACH AVOCATS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 mars 2021 et 21 septembre 2022, M. B A, représenté par Me Lorach, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 janvier 2021 par lequel la maire de Besançon lui a infligé une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours ;

2°) d'enjoindre à la maire de Besançon de lui restituer le montant de sa rémunération retenu au titre de cette sanction ainsi que 60 % du montant de sa prime annuelle ;

3°) de condamner la ville de Besançon à lui verser la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi du fait de la sanction infligée ;

4°) de mettre à la charge de la ville de Besançon la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la sanction infligée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article 89 de la loi du 26 janvier 1984, en l'absence de consultation préalable du conseil de discipline ;

- la procédure a également été irrégulièrement suivie au regard de l'article 6 du décret du 18 septembre 1989 en l'absence de convocation à l'entretien préalable du 20 janvier 2020 au moins quinze jours avant ledit entretien et alors qu'il a été découragé de consulter son dossier individuel ;

- l'entretien du 20 janvier 2021 au cours duquel la sanction a été décidée ne s'est pas régulièrement tenu dès lors que les personnes qui l'ont mené n'ont pas accepté de recevoir les pièces qu'il produisait, n'ont pas délibéré et n'ont pas consulté le directeur adjoint présent ;

- les faits reprochés ne sont pas établis, ils ne sont pas constitutifs d'une faute et la sanction infligée est disproportionnée ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il a reçu le 7 octobre 2021, alors qu'il était en congé, le courrier l'informant que la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de trois jours prendrait effet du 4 au 6 octobre 2021 ;

- cette sanction illégale lui a causé un préjudice moral qui devra être indemnisé à hauteur de 2 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2022, la maire de Besançon, représentée par Me Suissa, demande au tribunal :

1°) de rejeter la requête ;

2°) de mettre à la charge du requérant la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires présentées sont irrecevables en l'absence de demande indemnitaire préalable ;

- le requérant a pu faire valoir ses observations orales lors d'un entretien ainsi que ses observations écrites préalablement à l'intervention de la sanction disciplinaire infligée et le conseil de discipline n'avait pas à être consulté pour une sanction du premier groupe ;

- les faits reprochés au requérant sont avérés et fautifs et la sanction prononcée est proportionnée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 89-677 du 18 septembre 1989 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,

- et les observations de Me Mainguet pour M. A et de Me Bouchoudjian pour la ville de Besançon.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 29 septembre 1958, est animateur principal de première classe titulaire au sein du service promotion et prévention de la santé de la direction hygiène et santé de la commune de Besançon. Par un arrêté du 20 janvier 2021, la maire de Besançon lui a infligé une sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours. M. A demande au tribunal d'annuler cette sanction disciplinaire et de condamner la ville de Besançon à l'indemniser du préjudice moral qu'il estime avoir subi du fait de cette décision qu'il considère illégale.

Sur la légalité de la sanction disciplinaire infligée :

En ce qui concerne sa légalité externe :

2. Aux termes de l'article 89 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction applicable au litige : " Les sanctions disciplinaires sont réparties en quatre groupes : / Premier groupe : () l'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / () Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité territoriale après avis de la commission administrative paritaire siégeant en conseil de discipline. Ce pouvoir est exercé dans les conditions prévues à l'article 19 du titre Ier du statut général. () ". L'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires dispose, dans sa version applicable au litige : " Le pouvoir disciplinaire appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination. () Le fonctionnaire à l'encontre duquel une procédure disciplinaire est engagée a droit à la communication de l'intégralité de son dossier individuel et de tous les documents annexes et à l'assistance de défenseurs de son choix. L'administration doit informer le fonctionnaire de son droit à communication du dossier. Aucune sanction disciplinaire autre que celles classées dans le premier groupe par les dispositions statutaires relatives aux fonctions publiques de l'Etat, territoriale et hospitalière ne peut être prononcée sans consultation préalable d'un organisme siégeant en conseil de discipline dans lequel le personnel est représenté. () ". En application de l'article 6 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux : " Le fonctionnaire poursuivi est convoqué par le président du conseil de discipline, quinze jours au moins avant la date de la réunion, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception. / Il peut présenter devant le conseil de discipline des observations écrites ou orales, citer des témoins et se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. ". En application de l'article 4 du même décret : " L'autorité investie du pouvoir disciplinaire informe par écrit l'intéressé de la procédure disciplinaire engagée contre lui, lui précise les faits qui lui sont reprochés et lui indique qu'il a le droit d'obtenir la communication intégrale de son dossier individuel au siège de l'autorité territoriale et la possibilité de se faire assister par un ou plusieurs conseils de son choix. / L'intéressé doit disposer d'un délai suffisant pour prendre connaissance de ce dossier et organiser sa défense. Les pièces du dossier et les documents annexés doivent être numérotés. / A sa demande, une copie de tout ou partie de son dossier est communiqué à l'agent dans les conditions prévues par l'article 14 du décret n° 2011-675 du 15 juin 2011 relatif au dossier individuel des agents publics et à sa gestion sur support électronique. ".

3. La sanction d'exclusion temporaire de fonctions d'une durée de trois jours infligée à M. A constitue une sanction du premier groupe qui, en application de l'article 19 de la loi du 13 juillet 1983 modifiée portant droits et obligations des fonctionnaires, n'avait pas à être précédée de la consultation du conseil de discipline. En outre, il ressort des pièces du dossier et notamment du courrier du 5 janvier 2021 produit au dossier, que la maire de Besançon a informé M. A, conformément aux dispositions de l'article 4 du décret du 18 septembre 1989 relatif à la procédure disciplinaire applicable aux fonctionnaires territoriaux, qu'à la suite des propos et du comportement inapproprié qu'il avait eus le 14 février 2020 à l'égard d'une stagiaire âgée de quatorze ans, il était convoqué à un entretien auprès de l'adjointe déléguée aux ressources humaines le 20 janvier 2021 et il avait la possibilité de consulter son dossier individuel, de se faire assister des conseils de son choix, de présenter des observations écrites ou orales et de citer des témoins au cours de l'entretien. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait été découragé de consulter son dossier individuel. S'agissant d'un entretien organisé lors de l'engagement d'une procédure disciplinaire et non d'une consultation du conseil de discipline, le requérant ne peut pas utilement se prévaloir du délai de convocation prévu à l'article 6 du décret du 18 septembre 1989 ni d'une absence de délibéré des personnes ayant mené l'entretien, ni encore en tout état de cause, d'un défaut de consultation du chef de service présent durant l'entretien. Enfin, les allégations selon lesquelles les personnes ayant mené l'entretien auraient refusé de recevoir les pièces écrites qu'il produisait ne sont corroborées par aucun commencement de preuve.

En ce qui concerne sa légalité interne :

4. Aux termes de l'article 29 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Toute faute commise par un fonctionnaire dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions l'expose à une sanction disciplinaire () ". Selon l'article 25 de la même loi, dans sa rédaction applicable au présent litige : " Le fonctionnaire exerce ses fonctions avec dignité, impartialité, intégrité et probité. () ". D'une part, il incombe à l'administration d'apporter la preuve de l'exactitude matérielle des faits reprochés à son agent. D'autre part, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction infligée est proportionnée à la gravité de ces fautes.

5. Il ressort des pièces du dossier que, du 10 au 14 février 2020, une collégienne de classe de troisième âgée de quatorze ans a été en stage à la direction hygiène et santé de la ville de Besançon. Le 28 mai 2020, la mère de cette jeune fille a contacté téléphoniquement la responsable de cette direction pour lui faire part que sa fille avait été perturbée par le comportement de M. A qu'elle avait accompagné, le 14 février 2020, lors d'une intervention de prévention bucco-dentaire qu'il animait dans une école primaire.

6. M. A a reconnu, oralement lors d'un entretien du 2 juin 2020 avec sa directrice et dans un courrier électronique du même jour, que, durant l'intervention sous forme de spectacle devant des élèves de cours préparatoire, il avait annoncé en plaisantant " Lisa va me déshabiller " pour indiquer, selon M. A, que la stagiaire allait lui ôter son masque. M. A a également reconnu que, durant le trajet en voiture au cours duquel il était en compagnie de la jeune stagiaire, il avait évoqué la Saint-Valentin comme étant la fête des amoureux et son regret d'être seul ce jour-là. Il a enfin admis que, sur ce trajet, il s'était arrêté chez lui pour faire une pause autorisée par sa hiérarchie et boire un café et a invité la jeune stagiaire à l'accompagner, ce que cette dernière a refusé, préférant rester l'attendre dans le véhicule en prétextant un appel téléphonique à passer. Ces faits, reconnus par l'intéressé, doivent être regardés comme établis, sans qu'y fasse obstacle le témoignage d'une conseillère assurance maladie à la caisse primaire d'assurance maladie du Doubs qui a assisté à l'intervention réalisée par M. A le 14 février 2020 et qui certifie que l'animation s'est déroulée sans particularité. En revanche, la circonstance que M. A aurait ensuite rallongé le parcours en véhicule avec la stagiaire, qui ne repose que sur une impression de cette dernière non assortie de précision sur le trajet emprunté et qui est contestée par le requérant, ne peut pas être retenue comme avérée. Il résulte de ce qui précède que M. A, professionnel expérimenté ayant l'habitude de s'adresser à un jeune public auprès duquel il anime des interventions, a manqué de discernement et tenu des propos et adopté une attitude inappropriés vis-à-vis d'une adolescente. Ces faits, dont l'exactitude matérielle est établie, sont constitutifs de fautes de nature à justifier légalement le prononcé d'une sanction disciplinaire. En outre, compte tenu du comportement professionnel habituel de M. A, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déjà été sujet à critique, et du caractère isolé des faits reprochés, en infligeant au requérant une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de trois jours, la maire de Besançon n'a pas prononcé, en l'espèce, une sanction disproportionnée. Elle n'a ainsi pas commis une erreur d'appréciation.

7. La circonstance que M. A a reçu le 7 octobre 2021, alors qu'il était en congé, le courrier l'informant que la sanction d'exclusion temporaire de fonctions de trois jours prendrait effet du 4 au 6 octobre 2021 est sans incidence sur la légalité du prononcé de la sanction le 20 janvier 2021.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Dans son mémoire en défense communiqué au requérant, la ville de Besançon oppose une fin de non-recevoir à ces conclusions, tirée du défaut de présentation d'une demande indemnitaire préalable. Il résulte de l'instruction que ces conclusions indemnitaires sont irrecevables, pour ce motif, et en tout état de cause infondées en l'absence d'illégalité de la sanction disciplinaire en litige.

9. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la sanction disciplinaire contestée et que ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées. Le présent jugement de rejet n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions du requérant aux fins d'injonction doivent être rejetées par voie de conséquence.

Sur les frais liés au litige :

10. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

11. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Besançon, qui n'est pas la partie perdante à l'instance, quelque somme que ce soit au profit de M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

12. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A quelque somme que ce soit au titre de ces mêmes dispositions au profit de la commune de Besançon.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Besançon au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la maire de Besançon.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Guitard, première conseillère,

- Mme Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 juillet 2023.

La rapporteure,

F. GuitardLe président,

T. Trottier

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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