jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2100850 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LANDBECK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés le 25 mai 2021 et le 30 septembre 2022, M. D A, représenté par Me Landbeck, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mars 2021 par laquelle le préfet du Doubs a prononcé la déchéance de ses droits aux aides à l'installation des jeunes agriculteurs et lui a demandé le remboursement total de la dotation jeune agriculteur ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière non contradictoire ;
- la demande de remboursement attaquée est frappée de prescription, en application de l'article 5 de l'arrêté du 13 janvier 2009 ;
- les manquements qui lui sont reprochés ne sont pas établis ;
- la décision est entachée d'une erreur quant au quantum de la déchéance prononcée, qui devait être limitée à 30% ;
- le décret sur lequel est fondée la décision attaquée est illégal dès lors qu'il méconnaît le principe de la liberté du commerce et de l'industrie et le principe de sécurité juridique ;
- en s'estimant, à tort, en situation de compétence liée, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit ;
- sa situation relève d'un cas de force majeur.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juillet 2021, le préfet conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement (CE) n° 445-2002 de la Commission du 26 février 2002 ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 13 janvier 2009 relatif au contenu du plan de développement de l'exploitation à réaliser pour bénéficier des aides à l'installation ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. C,
- et les observations de Me Landbeck, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. Le 10 janvier 2014, M. D A a déposé aux services de la direction départementale des territoires (DDT) du Doubs une demande d'aide au titre de la dotation " jeunes agriculteurs ". Par un arrêté du 28 mars 2014, modifié par un arrêté du 11 avril 2014, le préfet du Doubs a décidé d'accorder à l'intéressé une aide d'un montant de 33 400 euros répartie en une part de 6 680 euros pour l'Etat et une de 26 700 euros pour le fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER), dans le cadre de l'élaboration d'un plan de développement de l'exploitation (PDE). Lors du contrôle administratif de fin d'engagement réalisé par l'administration le 21 janvier 2021, la DDT a constaté le non-respect, par M. A, d'un engagement imposé dans le cadre du PDE. L'intéressé a été averti de ce constat par un courrier de procédure contradictoire en date du 22 janvier 2021, auquel il a répondu par un courrier du 22 février 2021. Par une décision du 25 mars 2021, dont M. A demande l'annulation, le préfet du Doubs a prononcé la déchéance de 100% de sa dotation de jeune agriculteur.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le cadre juridique applicable :
2. D'une part, aux termes de l'article D. 343-5 du code rural et de la pêche maritime dans sa rédaction applicable jusqu'au 24 août 2016 : " Le jeune agriculteur, candidat aux aides mentionnées à l'article D. 343-3, doit en outre : / () 3° Présenter un projet d'installation viable au terme de la cinquième année suivant l'installation sur la base d'un plan de développement de l'exploitation au sens de l'article D. 343-7; / 4° S'engager à mettre en œuvre le plan de développement de l'exploitation mentionné au 3° du présent article validé par le préfet ; / () 6° S'engager pendant la même période à tenir une comptabilité de gestion de son exploitation correspondant aux normes du plan comptable général agricole et la transmettre au préfet au terme du plan de développement de l'exploitation et avant le terme de la sixième année suivant l'installation () ". L'article D. 343-7 de ce code, dans la même version, dispose : " () / Le plan de développement de l'exploitation comporte également une simulation du revenu prévisionnel de l'exploitation pendant les cinq premières années d'activité. () ". Par ailleurs, l'article D. 343-12 du même code disposait alors que : " Ne peut bénéficier de la dotation d'installation un agriculteur présentant un projet faisant ressortir, au terme d'un délai de cinq ans, un revenu professionnel global supérieur à un montant fixé par l'arrêté prévu à l'article D. 343-7 ". L'article D. 343-18-2 du code rural et de la pêche maritime, dans sa rédaction applicable jusqu'au 24 août 2016 dispose : " Le préfet peut prononcer la déchéance de 30 % de la dotation de l'installation dans les cas suivants : / - lorsqu'il est constaté que le bénéficiaire des aides n'a pas respecté le plan de développement de l'exploitation en violation de l'engagement prévu au 4° de l'article D. 343-5. Le préfet tient compte des circonstances dans lesquelles le plan de développement de l'exploitation est mis en œuvre notamment en cas de crise conjoncturelle ou de circonstances exceptionnelles ; / () Lorsqu'il est constaté au terme de la cinquième année suivant son installation que la moyenne du revenu professionnel global du bénéficiaire des aides est supérieure à un montant fixé par l'arrêté prévu à l'article D. 343-7, le préfet peut demander le remboursement de la dotation d'installation. Avant toute demande de remboursement, le préfet met en demeure l'intéressé de produire sous le délai d'un mois les justificatifs de sa situation ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du ministre de l'agriculture et de la pêche du 13 janvier 2009 relatif au contenu du plan de développement de l'exploitation à réaliser pour bénéficier des aides à l'installation, alors en vigueur : " Au terme du plan de développement de l'exploitation et avant l'échéance de la sixième année d'installation, le préfet contrôle sa réalisation en s'appuyant sur les documents comptables et fiscaux communiqués par le bénéficiaire des aides. Il vérifie notamment la qualité d'agriculteur à titre principal ou secondaire du bénéficiaire, le statut de l'exploitation, le développement des activités prévues, la main-d'œuvre présente sur l'exploitation, le respect du plan de financement. En cas de difficultés conjoncturelles, le bénéficiaire doit apporter les justificatifs adaptés. / En outre, pour l'application du dernier alinéa de l'article D. 343-18-2 du code rural et de la pêche maritime, le préfet vérifie que la moyenne du revenu professionnel global annuel du bénéficiaire des aides à l'installation, appréciée sur les cinq années du plan, n'est pas supérieure à trois fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance, net de prélèvements sociaux ".
3. D'autre part, aux termes du deuxième alinéa de l'article 2 du décret ci-dessus visé du 22 août 2016 qui modifie ou abroge les dispositions précitées : " Les dispositions modifiées ou abrogées par le présent décret demeurent applicables, dans leur rédaction antérieure au présent décret, aux décisions prises avant le 1er janvier 2015 ".
4. La décision par laquelle l'autorité préfectorale, après avoir constaté l'inexécution d'un engagement souscrit par un jeune agriculteur en vue de l'octroi des aides à l'installation, prononce la déchéance du droit à ces aides et en ordonne le remboursement ne revêt pas le caractère d'une sanction. Par ailleurs, si les dispositions précitées de l'article D. 343-18-2 du code rural et de la pêche maritime ont été abrogées par l'article 1er du décret n° 2016-1141 du 22 août 2016 relatif aux aides à l'installation des jeunes agriculteurs, elles demeurent applicables, dans leur rédaction antérieure, aux décisions d'aide à l'installation prises avant le 1er janvier 2015, ainsi que le prévoit l'article 2 de ce décret cité au point 4. Ainsi, les engagements souscrits avant le 1er janvier 2015 demeurent régis par les dispositions du code rural et de la pêche maritime applicables avant l'entrée en vigueur du décret du 22 août 2016.
5. En l'espèce, il est constant que M. A a bénéficié d'une dotation jeune agriculteur par un arrêté du 28 mars 2014, modifié par un arrêté du 11 avril 2014. Par suite, les dispositions applicables à la situation de M. A et dont devait faire application le préfet pour prendre la décision attaquée sont celles en vigueur avant le décret du 22 août 2016 et telles qu'elles ont été citées au point 3.
En ce qui concerne le bienfondé des conclusions :
6. En premier lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté du 13 janvier 2009 que la vérification de la condition de revenus prévue par ces dispositions doit intervenir avant l'échéance de la sixième année d'installation. Il incombait au ministre chargé de l'agriculture de prendre ces dispositions, en sa qualité de chef de service, au titre des mesures nécessaires au bon fonctionnement de l'administration placée sous son autorité.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est installé comme jeune agriculteur au plus tard le 28 mars 2014, date à laquelle l'aide destinée aux jeunes agriculteurs lui a été attribuée. Le contrôle sur pièces, ayant révélé que le revenu professionnel global de l'intéressé était supérieur au plafond réglementaire en vigueur à la date de dépôt de sa demande, a été effectué le 21 janvier 2021. Ce contrôle résultait donc d'une vérification effectuée lors de sa septième année d'installation, soit au-delà de l'échéance fixée par les dispositions précitées de l'article 5 de l'arrêté du 13 janvier 2009.
8. En second lieu, il résulte des dispositions des articles D. 343-3, D. 343-12 et D. 343-18-2 du code rural et de la pêche maritime que, lorsqu'il constate, au terme de la cinquième année suivant son installation, que la moyenne du revenu professionnel global du jeune agriculteur est supérieure à trois fois le salaire minimum interprofessionnel de croissance, net de prélèvements sociaux, le préfet n'est pas tenu de prononcer la déchéance des aides et doit apprécier les éléments dont fait état le bénéficiaire pour justifier du dépassement de ce seuil.
9. En faisant état, dans sa décision, de l'absence d'élément relatif à la situation personnelle de M. A, dont celui-ci s'était pourtant prévalu, et en indiquant, dans la lettre accompagnant cette décision, que sa situation ne répondait pas à un cas de force majeur ni aux deux autres hypothèses permettant de déroger à une déchéance totale de la dotation et qu'il ne pouvait, en conséquence, " déroger à la mise en place de cette déchéance de droits ", le préfet doit être regardé comme s'étant, à tort, cru en situation de compétence liée et comme ayant ainsi entaché sa décision d'une erreur de droit.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 25 mars 2021.
Sur les frais liés au litige :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La décision du préfet du Doubs du 25 mars 2021 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet du Doubs.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- Mme Besson, conseillère,
- M. Seytel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
M. BLa présidente,
S. GrossriederLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026