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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2100999

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2100999

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2100999
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 1ère chambre
Avocat requérantMAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 21 juin 2021 et 14 juin 2022, M. C B, représenté par Me Mazza, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 avril 2021 par laquelle le centre national de la fonction publique territoriale a rejeté sa demande de révision du compte rendu d'entretien professionnel de l'année 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre national de la fonction publique territoriale de procéder à une nouvelle évaluation professionnelle ;

3°) de mettre à la charge du centre national de la fonction publique territoriale la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision du 16 avril 2021 rejetant sa demande de révision du compte rendu d'entretien professionnel 2020 a été signée par M. A non pas en sa qualité de président du centre national de la fonction publique territoriale mais en tant que maire du Teich, en méconnaissance de l'article 6 du décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- la décision contestée constitue une sanction déguisée qui n'a pas respecté le principe du contradictoire ;

- dès lors que le défaut du port du masque dans les locaux de travail en présence d'un autre agent, à supposer même ce fait avéré et commis en contravention d'une règle diffusée, ne constitue pas un critère d'appréciation de ses qualités relationnelles, elle est entachée d'erreur de droit au regard de l'article 4 du décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- il n'a pas tenu les propos qu'on lui reproche envers le directeur lors d'un comité directeur élargi, selon lesquels ce dernier souffrirait de troubles cognitifs faute de se souvenir des précisions qu'il lui avait apportées lors d'une précédente réunion concernant le matériel informatique destiné aux télétravailleurs, ni refusé de répondre à un questionnement de ce dernier lors de cette réunion ;

- sa prise de position contre le déménagement hâtif du site et sa critique de collaborateurs ayant exprimé la crainte de venir travailler sur le site ne remettent pas en cause sa capacité d'encadrement, alors qu'il était de sa responsabilité de signaler au directeur régional les problématiques relevant de la santé et de la sécurité des agents qu'il encadre ;

- on ne saurait lui reprocher d'avoir initialement sollicité l'autorisation de télétravailler un jour et demi par semaine, ce qu'il pensait possible et compatible avec la continuité du service ;

- il n'a pas adopté vis-à-vis de collègues l'attitude stigmatisante et blessante qu'on lui reproche ;

- les appréciations concernant ses capacités relationnelles et d'encadrement ainsi que les appréciations générales devront être réévaluées de " plutôt adaptées " à " bien adaptées " et les appréciations littérales selon lesquelles " il est attendu de M. B qu'il puisse améliorer son relationnel ", " les capacités d'encadrement et d'expertise doivent être confortées notamment au niveau de la posture attendue d'un cadre de direction (mise en œuvre des décisions prises et portage des arbitrages rendus) " et " il est attendu de ce responsable hiérarchique qu'il fasse, à son niveau de poste, évoluer sa posture, en veillant tout spécialement à la prise en compte des consignes et à la recevabilité des arguments mis en avant " devront être retirées dès lors qu'il ne lui a été fait aucun reproche sur le plan relationnel, qu'il est force de proposition au sein du CODIR et que ses compétences techniques et capacités d'adaptation ont toujours été louées, que ses appréciations entre 2015 et 2019 sont toutes opposées à celles contestées et qu'il a rempli tous ses objectifs ;

- alors qu'il a toujours fait l'objet d'appréciations élogieuses et qu'il avait rempli tous ses objectifs dans un contexte de charge de travail anormalement accrue pour les services informatiques du fait de la crise sanitaire, la dégradation de son évaluation coïncide avec le fait qu'il était promouvable au grade d'ingénieur hors classe dans un contexte de blocage de carrière lié à la fusion des délégations de Bourgogne et de Franche-Comté et révèle un détournement de pouvoir commis afin d'empêcher son avancement.

Par deux mémoires, enregistrés respectivement les 19 janvier et 25 août 2022, le centre national de la fonction publique territoriale conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision du 16 avril 2021 a été prise par le président du centre national de la fonction publique territoriale, ainsi que le précise l'en-tête du courrier et son signataire était aisément identifiable es qualité ;

- la décision contestée ne figure pas au nombre des décisions devant être motivées en application du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision contestée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle n'est pas entachée d'un détournement de pouvoir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale ;

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Guitard, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,

- et les observations de Me Sanchez substituant Me Mazza, pour M. B et de Mme E, représentant le centre national de la fonction publique territoriale.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B est ingénieur principal territorial, responsable, depuis 1998, des systèmes d'information du site de Besançon de la délégation de Bourgogne-Franche-Comté du centre national de la fonction publique territoriale. Par un courrier du 21 janvier 2021, M. B a sollicité la révision de son compte rendu d'entretien professionnel 2020. Par une décision du 4 février 2021, le centre national de la fonction publique territoriale a rejeté sa demande. Par une lettre du 19 février 2021, M. B a sollicité la saisine de la commission administrative paritaire qui, lors de sa séance du 23 mars 2021, a émis un avis favorable à la majorité à sa demande de révision d'évaluation. Toutefois, par une décision du 16 avril 2021, le président du centre national de la fonction publique territoriale a rejeté la demande de révision du compte rendu d'entretien professionnel présentée par M. B. Ce dernier demande l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 7 du décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 : " I. - L'autorité territoriale peut être saisie par le fonctionnaire d'une demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel. / Cette demande de révision est exercée dans un délai de quinze jours francs suivant la notification au fonctionnaire du compte rendu de l'entretien. L'autorité territoriale notifie sa réponse dans un délai de quinze jours à compter de la date de réception de la demande de révision du compte rendu de l'entretien professionnel. () ".

3. La décision du 16 avril 2021 portant rejet de la demande de révision du compte rendu d'entretien professionnel a été rendue à l'en-tête du président du centre national de la fonction publique territoriale. La circonstance que le signataire, M. D A, soit désigné sous sa signature en qualité de maire du Teich et non en sa fonction de président du conseil national de la fonction publique territoriale n'est pas de nature, compte tenu des autres indications figurant en en-tête, à induire en erreur M. B, ingénieur principal territorial, sur la qualité du signataire de la décision, laquelle n'est pas entachée d'incompétence.

4. En deuxième lieu, M. B a été reçu en entretien professionnel par son supérieur hiérarchique direct le 7 janvier 2021 et la réponse à la demande de révision de son évaluation n'avait pas à faire l'objet d'une procédure contradictoire préalable en application de l'article 7 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux. La circonstance que l'attitude reprochée au requérant n'ait pas été de nature à justifier une sanction disciplinaire ne faisait pas obstacle à ce qu'elle soit prise en compte pour son évaluation sans que cette dernière ni le refus de la réviser apparaissent comme une sanction déguisée. Dès lors, cette décision n'avait pas davantage à faire l'objet d'une procédure contradictoire préalable en application des dispositions combinées des articles L. 122-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " L'entretien professionnel porte principalement sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par le fonctionnaire eu égard aux objectifs qui lui ont été assignés et aux conditions d'organisation et de fonctionnement du service dont il relève ; / 2° Les objectifs assignés au fonctionnaire pour l'année à venir et les perspectives d'amélioration de ses résultats professionnels, compte tenu, le cas échéant, des évolutions prévisibles en matière d'organisation et de fonctionnement du service ; / 3° La manière de servir du fonctionnaire ; / 4° Les acquis de son expérience professionnelle ; / 5° Le cas échéant, ses capacités d'encadrement ; / 6° Les besoins de formation du fonctionnaire eu égard, notamment, aux missions qui lui sont imparties, aux compétences qu'il doit acquérir et à son projet professionnel ainsi que l'accomplissement de ses formations obligatoires ; / 7° Les perspectives d'évolution professionnelle du fonctionnaire en termes de carrière et de mobilité. () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Les critères à partir desquels la valeur professionnelle du fonctionnaire est appréciée, au terme de cet entretien, sont fonction de la nature des tâches qui lui sont confiées et du niveau de responsabilité assumé. Ces critères, fixés après avis du comité technique, portent notamment sur : / 1° Les résultats professionnels obtenus par l'agent et la réalisation des objectifs ; / 2° Les compétences professionnelles et techniques ; / 3° Les qualités relationnelles ; / 4° La capacité d'encadrement ou d'expertise ou, le cas échéant, à exercer des fonctions d'un niveau supérieur. ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'en 2019, les qualités relationnelles et les capacités d'encadrement de M. B ont été notées comme adaptées. En 2020, elles ont été notées " plutôt adaptées " et il a été demandé par l'évaluateur que M. B améliore son relationnel (cf attentes exprimées à différentes reprises en cours d'année) et qu'il conforte ses capacités d'encadrement et d'expertise, notamment au niveau de la posture attendue d'un cadre de direction (mise en œuvre des décisions prises et portage des arbitrages rendus). Dans l'appréciation générale portée en 2020, l'évaluateur a souligné que si les compétences professionnelles et techniques de M. B étaient solides, il était attendu qu'il fasse évoluer sa posture en veillant tout spécialement à la prise en compte des consignes et à la recevabilité des arguments. M. B demande que ses compétences relationnelles et d'encadrement soient notées " bien adaptées " et que les appréciations littérales précitées soient retirées.

7. Le 12 mars 2021, le supérieur hiérarchique direct de M. B, évaluateur de ce dernier, a établi une note explicitant l'évaluation de l'intéressé. Dans cette note, il indique qu'il a été amené au cours de l'année 2020 à reprendre à plusieurs reprises oralement M. B qui avait remis en cause, en réunion d'équipe, le choix politique de l'établissement de quitter le site de Planoise et stigmatisé des collaborateurs qui avaient exprimé leur peur de venir sur site. Il ajoute qu'il a également été amené à reprendre M. B oralement car il ne portait pas de masque de protection dans le local copieur, en présence d'une collaboratrice, malgré les règles posées par l'établissement pour la gestion de la crise sanitaire, et que celui-ci avait alors affirmé qu'il avait compris lors d'une émission radiophonique qu'il pouvait s'affranchir du port du masque dans les locaux du centre. L'évaluateur reproche encore à M. B d'avoir refusé de répondre, en réunion de comité de direction élargi, à son questionnement sur l'avancement du déploiement des outils de télétravail, au motif qu'il avait déjà répondu à cette question lors d'une précédente réunion en bilatéral, et d'avoir souligné, lors d'un entretien ultérieur, qu'il considérait que son interlocuteur rencontrait d'importantes difficultés cognitives. Enfin, le supérieur hiérarchique direct a mis en avant dans sa note que M. B n'avait accepté de limiter son temps de télétravail, hors situation de crise sanitaire, à un jour par semaine, qu'après de longues explications sur les enjeux de la présence des cadres sur place et non sans avoir comparé sa situation avec celle de deux directeurs adjoints en situation de télétravail à 100 % pour raisons médicales. Si M. B conteste l'exactitude matérielle des faits reprochés ayant justifié les appréciations portées sur le compte rendu de son entretien professionnel 2020, il n'apporte aucun élément de nature à remettre en cause la réalité des événements relatés par son supérieur hiérarchique dans sa note explicative, alors que le centre national de la fonction publique territoriale produit une attestation de l'ancien directeur adjoint en charge de la formation à la délégation de Franche-Comté du CNFPT, en poste au moment des faits, qui a participé à la réunion au cours de laquelle M. B a exprimé son étonnement à une question posée par le directeur régional sur le déploiement des outils de télétravail en arguant avoir déjà transmis ces informations à l'intéressé, sur un ton inapproprié, et a assisté au désaccord exprimé par M. B au directeur régional lorsque ce dernier a formulé une remarque au sujet du non-respect des obligations et consignes sanitaires sur le port du masque par certains agents en période de pandémie. L'évaluateur a pu, sans commettre d'erreur de droit, retenir les événements précités comme éléments d'appréciation des compétences relationnelles et d'encadrement de M. B. En outre, il n'existe pas de contradiction entre les appréciations littérales et l'évaluation " plutôt adaptées " retenue pour qualifier ses qualités relationnelles et capacités d'encadrement. Enfin, la circonstance que des appréciations plus favorables auraient été portées sur ses compétences par d'autres supérieurs hiérarchiques à l'occasion d'entretiens professionnels portant sur des années différentes n'est pas davantage susceptible de permettre de considérer que le compte rendu d'entretien professionnel contesté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à la manière de servir de M. B au cours de l'année 2020.

8. En quatrième lieu, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le compte rendu d'entretien professionnel ne serait pas le reflet de la valeur professionnelle et de la manière de servir de M. B, la circonstance que ce dernier était en concurrence avec d'autres candidats à une promotion au choix au grade d'ingénieur hors classe n'est pas de nature à révéler que les appréciations portées l'auraient été dans l'intention de nuire à son évolution professionnelle. Par suite, le moyen tiré du détournement de pouvoir doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision contestée. Ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge du centre national de la fonction publique territoriale des frais exposés par lui et non compris dans les dépens doivent être rejetées par voie de conséquence.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au centre national de la fonction publique territoriale.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 17 mars 2023.

La magistrate désignée,

F. GuitardLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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