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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2101110

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2101110

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2101110
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DEVEVEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 5 juillet 2021 et 21 octobre 2022, M. et Mme A B, représentés par Me Devevey, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le maire de la commune de Doubs a refusé de leur délivrer un permis de construire en vue de créer une maison individuelle et un garage sur le territoire de sa commune ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Doubs de délivrer le permis de construire déposé le 12 mars 2021 ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Doubs la somme de 3000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. et Mme B soutiennent que :

- l'auteur de l'arrêté attaqué ne disposait d'aucune délégation de signature à cet effet ;

- le projet en litige ne présente aucune atteinte à la sécurité publique ;

- le projet respecte l'article U12 du règlement du plan local d'urbanisme ;

- le projet respecte les objectifs de la zone urbaine définie par le plan local d'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 janvier 2022 et 17 janvier 2023, la commune de Doubs, représentée par DSC Avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Doubs soutient que la requête est irrecevable et fait valoir que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Devevey, pour M. et Mme B et E, pour la commune de Doubs.

Considérant ce qui suit :

1. Le 12 mars 2021, M. B a présenté une demande de permis de construire en vue d'édifier une maison individuelle avec garage sur une emprise située le territoire de la commune de Doubs. Par un arrêté du 6 mai 2021, dont M. et Mme B demandent l'annulation, le maire de la commune de Doubs a refusé cette demande.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La commune de Doubs soutient que l'arrêté attaqué porte sur le même projet qu'une précédente demande de permis de construire présentée le 9 décembre 2020 et refusée par un arrêté du 28 janvier 2021. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que ces deux projets ne sont pas similaires dès lors que la première demande a été refusée en raison des insuffisances relatives au nombre de places de stationnement prévues alors que l'arrêté attaqué ne se fonde pas sur ce motif. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué ne constitue pas une décision confirmative d'un précédent refus de permis de construire. Par suite, la fin de non-recevoir soulevée en défense doit être écartée.

Sur la légalité de la décision attaquée :

3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installation ". A cet égard, l'arrêté attaqué repose sur le motif que le projet va conduire à " l'augmentation des flux d'entrées et de sorties " et va porter atteinte à la sécurité routière " en raison du manque de visibilité sur les flux arrivant par le branchement Nord de l'avenue des Champs d'Anis et la présence des places de stationnement public au droit de la propriété ". De plus, la commune fait valoir en défense que l'accès aux véhicules de secours n'est pas garanti.

4. Il est constant que le projet porte sur une maison individuelle avec la création de quatre places de stationnement et un garage et aura dès lors une incidence limitée sur le trafic automobile de l'avenue des Champs d'Anis. De plus, il ressort des pièces du dossier que, si depuis la sortie de la propriété en litige la visibilité sur l'avenue des Champs d'Anis n'est pas totalement dégagée sur un côté, cette situation est compensée par la circonstance que les véhicules qui viennent de cette direction doivent nécessairement ralentir pour prendre un virage existant à une dizaine de mètres avant la portion de l'avenue des Champs d'Anis au niveau du terrain d'assiette du projet. De plus, les véhicules qui proviennent depuis la voie située en face de l'emprise d'assiette du projet n'ont pas pour effet d'accroitre un risque pour la sécurité routière dès lors qu'ils doivent obligatoirement marquer l'arrêt et sont alors à une vitesse réduite sur la portion de la voie située au niveau du terrain d'assiette du projet. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'accès à la construction projetée se fera depuis l'avenue des Champs d'Anis par une voie de 3,5 mètres de large, constituant une largeur suffisante pour assurer l'accès des véhicules de secours à la maison d'habitation objet du projet en litige. Dans ces conditions, le maire de la commune de Doubs a fait une inexacte application des dispositions citées au point précédent en refusant le permis de construire en litige.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article U12 du règlement du plan local d'urbanisme : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et installations admises doit être assuré en dehors des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation générale. Le stationnement devra être assuré sur le terrain d'assiette de la construction ou de l'installation, ou intégré à ces dernières. () il sera exigé au minima : / () une place par 40 m² de SHON crée dans le cas de construction de maisons individuelles ". A cet égard, l'arrêté attaqué indique que " l'implantation de quatre places de stationnement, alignées longitudinalement par paire, sur le devant de l'emprise, rend leur utilisation non effective pour moitié d'entre elles (P1 et P4). La question du déneigement et du stockage de la neige limitera le caractère utilisable des places de stationnement ".

6. Il n'est pas contesté que le projet en litige doit comporter quatre places de stationnement pour être conforme à l'article U12 du plan local d'urbanisme et que ces places de stationnement seront toutes situées sur le terrain d'assiette du projet de la construction. De plus, il ne ressort pas des pièces du dossier que la configuration du projet empêcherait le stationnement de véhicules sur la place n°4. Si la place n°1 est plus difficile d'accès, le projet prévoit également la construction d'un garage et dès lors l'obligation de prévoir quatre places de stationnement est satisfaite par les places numéros 2, 3 et 4 ainsi que ce garage. Dans ces conditions, le maire de la commune de Doubs n'était pas fondé à refuser le permis de construire en litige en raison de la méconnaissance de l'article U12 du plan local d'urbanisme.

7. En troisième lieu, l'arrêté en litige est fondé sur le motif que " l'ensemble des zones U doit pouvoir être modérément densifié et accueillir, dans les meilleures conditions fonctionnelles, l'habitat qui est la vocation première de ces zones ". Toutefois, à supposer même que le plan local d'urbanisme prévoie cet objectif, la commune ne verse à l'instance aucun élément permettant au juge d'apprécier le bien-fondé du motif sur lequel repose l'arrêté attaqué. En tout état de cause, le projet a pour objet la construction d'une maison d'habitation répondant à la vocation de la zone et il n'est pas utilement contesté en défense que celle-ci sera réalisée dans des conditions fonctionnelles avec une incidence limitée sur la densité d'habitation du secteur. Dans ces conditions, le maire de la commune de Doubs n'était pas fondé à refuser le permis de construire en litige sur ce motif.

8. En quatrième lieu, pour établir que l'arrêté attaqué est légal, la commune de Doubs invoque dans son mémoire en défense la circonstance que le permis devait être refusé en raison du caractère incomplet de la demande de permis de construire en litige. Toutefois, aux termes de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme : " () le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes () ". Ainsi, à défaut d'avoir notifié à M. B les pièces qui manquaient à sa demande de permis de construire, celle-ci était réputée complète. Dès lors, le maire de la commune de Doubs ne peut utilement soutenir que la demande de permis de construire devait être refusée en raison de son caractère incomplet et il n'y a pas lieu de procéder à la substitution demandée.

9. En dernier lieu, la commune de Doubs invoque dans son mémoire en défense la méconnaissance, par le projet en litige, de l'article U11 du règlement du plan local d'urbanisme. Cet article du règlement du plan local d'urbanisme reprend les termes de l'article R. 111-21 du code de l'urbanisme, désormais repris à l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme qui dispose que : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ". Dès lors, l'article U11 du règlement du plan local d'urbanisme pose des exigences qui ne sont pas moindres que les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme. Il s'ensuit que la légalité de l'arrêté attaqué doit être appréciée par rapport aux dispositions du règlement du plan local d'urbanisme.

10. Il résulte de ces dispositions que, pour refuser un permis de construire en raison de l'insertion du projet dans son environnement immédiat, il appartient, dans un premier temps, à l'autorité compétente d'apprécier la qualité du site dans lequel la construction est projetée et, dans un second temps, son impact compte tenu de sa nature et de ses effets, dans son site d'implantation.

11. En l'espèce, en se bornant à indiquer dans son mémoire en défense qu'en l'absence de documents graphiques permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, la commune de Doubs n'apporte à l'appui de son moyen aucun élément pour déterminer la qualité du site dans lequel la construction en litige est projetée. Dans ces conditions, le maire de la commune n'est pas fondé à soutenir que le projet méconnait les dispositions de l'article U11 du règlement du plan local d'urbanisme et il n'y a pas lieu de procéder à la substitution demandée.

12. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté qu'ils contestent. En application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur la demande d'injonction :

13. Lorsque le juge annule un refus de permis de construire après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ou le cas échéant d'office après mise en œuvre de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

14. En l'espèce, les motifs de refus de délivrance du permis en litige, sur lesquels repose l'arrêté attaqué et ceux invoqués en défense, sont illégaux. Il ne résulte pas de l'instruction que les dispositions applicables à la date de l'arrêté annulé s'opposeraient à la délivrance du permis ou qu'un changement de la situation de fait existant à la date du jugement y fasse obstacle. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Doubs de délivrer le permis de construire dont la demande été présentée le 12 mars 2021 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais du litige :

15. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Doubs la somme de 1 500 euros à verser à M. et Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

16. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la commune de Doubs demande au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 mai 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Doubs de délivrer à M. et Mme B le permis de construire déposé le 12 mars 2021 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Doubs versera à M. et Mme B la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Doubs sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié M. et Mme A B et à la commune de Doubs.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Grossrieder, présidente,

Mme Besson, conseillère,

M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

Le rapporteur,

J. D

La présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

(DEF)(/DEF)

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