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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2101336

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2101336

jeudi 6 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2101336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANDBECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 27 juillet 2021 et le 14 février 2023, Mme D A, représentée par Me Landbeck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2021 par lequel la ministre des armées l'a radiée des cadres du ministère des armées pour insuffisance professionnelle ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de procéder à sa réintégration ou, à défaut, au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis émis le 27 mai 2021 par la commission de réforme - dont la régularité de la composition n'est pas établie - ne lui a pas été communiqué ;

- il est entaché d'inexactitude matérielle des faits ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 octobre 2021, la ministre des armées conclut au rejet de la requête.

La ministre soutient que les moyens invoqués par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 94-874 du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'Etat et de ses établissements publics ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. C,

- et les observations de Me Landbeck, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 mars 2019, Mme A a été nommée dans le corps des adjoints administratifs du ministère des armées. Par un arrêté du 16 mai 2019, l'intéressée a été affectée au groupement de soutien de la base de défense de Besançon à compter du 1er juin suivant en qualité d'adjointe administrative stagiaire. Par un arrêté du 2 juin 2021, dont Mme A demande l'annulation, la ministre des armées l'a radiée des cadres pour insuffisance professionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par une décision du 1er juillet 2020, publiée au Journal officiel de la République française du 3 juillet suivant, la ministre des armées a donné à Mme E, adjointe au chef du bureau de la gestion ministérielle des fonctionnaires et ouvriers de l'Etat de la direction des ressources humaines du ministère de la défense, délégation à l'effet de signer au nom du ministre tous les actes, arrêtés et décisions à l'exclusions des décrets. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire et ne dispose d'aucun droit à être titularisé. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage n'a ainsi pour effet ni de refuser à l'intéressé un avantage qui constituerait pour lui un droit ni, dès lors que le stage a été accompli dans la totalité de la durée prévue par la décision de nomination comme stagiaire, de retirer ou d'abroger une décision créatrice de droits. Une telle décision n'est dès lors pas au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'est pas motivée est, par suite, inopérant et ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 du décret du 7 octobre 1994 fixant les dispositions communes applicables aux stagiaires de l'Etat et de ses établissements publics : " Le fonctionnaire stagiaire peut être licencié pour insuffisance professionnelle lorsqu'il est en stage depuis un temps au moins égal à la moitié de la durée normale du stage. / La décision de licenciement est prise après avis de la commission administrative paritaire prévue à l'article 29 du présent décret, sauf dans le cas où l'aptitude professionnelle doit être appréciée par un jury ". Selon l'article 29 du même décret : " Les questions d'ordre individuel résultant de l'application des articles 7 et 13 du présent décret sont soumises pour avis à la commission administrative paritaire du corps dans lequel le fonctionnaire stagiaire concerné a vocation à être titularisé. / Lorsqu'elle se prononce sur la situation d'un fonctionnaire stagiaire, la commission mentionnée à l'alinéa précédent comprend, en qualité de représentants du personnel, les membres qui représentent le grade de début du corps et les membres qui représentent le grade immédiatement supérieur. / Les fonctionnaires stagiaires ne peuvent être ni électeurs ni éligibles aux commissions administratives paritaires ".

5. D'une part, si Mme A fait valoir qu'elle n'a pas reçu communication de l'avis de la commission administrative paritaire, requis en application des dispositions précitées de l'article 7 du décret du 7 octobre 1994, aucune disposition n'impose que cet avis soit spontanément communiqué à l'agent intéressé. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de la commission administrative paritaire centrale compétente à l'égard du corps des adjoints administratifs du ministère de la défense qui s'est tenue le 27 mai 2021, que celle-ci était composée en nombre égal de représentants de l'administration et de représentants du personnel et que ces derniers comprenaient des membres représentant le grade de début du corps ainsi que des membres représentant le grade immédiatement supérieur. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

6. En dernier lieu, il appartient à l'autorité investie du pouvoir de nomination, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, restreint à l'erreur manifeste, d'apprécier, à l'issue de la période de stage permettant l'acquisition d'une expérience professionnelle, l'aptitude de l'agent stagiaire à exercer normalement les missions que son grade lui donne vocation à exercer.

7. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du rapport de fin de stage rédigé le 12 mars 2021, que Mme A a rencontré, dès sa prise de poste, des difficultés quant à la réalisation des tâches d'exécution qui lui ont été confiées et l'assimilation des connaissances règlementaires et statutaires indispensables à ses missions. L'intéressée a alors suivi, dès janvier 2020, un stage à l'école des fourriers de Querqueville afin de parfaire sa formation et d'acquérir les connaissances nécessaires pour l'exercice de ses fonctions. A cet égard, si Mme A soutient que ses difficultés résultent notamment de la circonstance qu'elle n'a pu bénéficier, dès sa prise de poste, de cette formation, il ressort toutefois des pièces du dossier que les difficultés d'appropriation des connaissances et des compétences de la requérante ont perduré à l'issue de ce stage de formation et, ce, même après une année passée dans ses fonctions. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme A ait souffert d'un quelconque isolement professionnel dès lors que l'administration a mis en place, à compter de son retour de formation, une équipe encadrante quotidienne chargée de l'accompagner dans les tâches qu'elle avait à accomplir mais également de les contrôler et de les corriger, en raison des nombreuses erreurs commises par l'intéressée. Cet accompagnement s'est par ailleurs poursuivi lorsque Mme A a changé de poste en juillet 2020 et a été affectée dans une autre cellule, au sein de laquelle elle exerçait les mêmes fonctions mais dans le cadre d'une démarche pédagogique différente. Les pièces versées aux débats démontrent qu'en dépit de cet accompagnement, générant par ailleurs une charge très importante pour l'organisation du service et les agents à qui cette tâche était confiée, la requérante n'a pas davantage réussi à acquérir les connaissances et compétences correspondant à ce qui est légitimement attendu d'un agent affecté sur son poste. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les difficultés persistantes de la requérante se sont également accompagnées de difficultés relationnelles, liées à son manque de compétence et à l'augmentation de la charge de travail induite sur ses collègues. La circonstance, à la supposer établie, que Mme A ait, au cours de l'année 2020, été écartée de ses fonctions en raison des confinements liés à l'épidémie de covid-19 pour une durée de deux mois ne suffit pas davantage à expliquer les lacunes présentées sur cette période de près de deux ans. Dans ces conditions, la requérante ne produit aucune pièce de nature à remettre en cause la réalité de l'ensemble des manquements précités qui ont été constatés et qui révèlent l'insuffisance professionnelle de l'agente dans l'exercice de ses fonctions d'adjointe administrative. Dès lors, la ministre des armées n'a pas entaché sa décision d'inexactitude matérielle et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'aptitude de l'intéressée à exercer lesdites fonctions en prononçant, par l'arrêté attaqué, sa radiation des cadres de ce ministère.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2021 attaqué. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande Mme A au titre des frais qu'elle a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 16 mars 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- Mme Besson, conseillère,

- M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 avril 2023.

La rapporteure,

M. BLa présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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