mardi 14 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2101941 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | WOLDANSKI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 27 octobre 2021 et 16 mai 2022, M. B A, représenté par Me Woldanski, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du président du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Territoire de Belfort des 7 juin et 26 août 2021 ;
2°) à titre subsidiaire, de réduire la sanction qui lui a été infligée ;
3°) de mettre à la charge centre de gestion de la fonction publique territoriale du Territoire de Belfort la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'une erreur de fait, le signalement effectué par son conseil ne constituait pas une contestation des politiques publiques mises en œuvre par la collectivité auprès de laquelle il a été mis à disposition mais un signalement de sa situation, il a été effectué par son conseil et non par lui-même et n'a pas été rendu public mais uniquement adressé à son employeur ainsi qu'aux président et vice-présidents de l'établissement auprès duquel il était mis à disposition ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 36 du décret du 15 février 1988 car il n'a pas manqué à son devoir de réserve ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 excluant que l'exercice d'un recours visant à faire cesser les agissements de harcèlement moral puisse être sanctionné ;
- la sanction est disproportionnée et doit, si les faits qui lui sont reprochés devaient être considérés comme fautifs, être diminuée en faveur d'une sanction d'avertissement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 janvier et 3 août 2022, le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Territoire de Belfort, conclut au rejet de la requête et à ce que les frais d'instance soit mis à la charge du requérant.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le décret n°88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Diebold, première conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Woldanski, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a été recruté le 19 décembre 2019 par le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Territoire de Belfort dans le cadre du service de remplacement en qualité d'ingénieur contractuel à temps complet du 2 janvier 2020 au 1er janvier 2023 et mis à disposition du syndicat d'études et de réalisations pour le traitement intercommunal des déchets (SERTRID) en qualité de responsable usine. M. A a été placé en arrêt maladie le 26 novembre 2020. Le conseil assistant alors M. A a adressé un courrier le 21 janvier 2021 afin de signaler la situation de l'intéressé a son employeur et solliciter le bénéfice d'une protection fonctionnelle. Une copie de ce courrier a été adressée au président du SERTRID ainsi qu'à ses quatre vice-présidents. M. A a été convoqué en vue d'un entretien disciplinaire le 15 avril 2021 et s'est vu infliger une sanction disciplinaire par décision du 7 juin 2021. M. A a exercé un recours gracieux le 3 août 2021. Par décision du 26 août 2021, le président du centre de gestion a rejeté ce recours. M. A demande l'annulation de la décision du 7 juin 2021 lui infligeant une sanction disciplinaire, ensemble celle du 26 août 2021 rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel.() / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la rémunération, la formation, l'évaluation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : / 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés ". Aux termes de l'article 36 du décret du 15 février 1988 : " Tout manquement au respect des obligations auxquelles sont assujettis les agents publics, commis par un agent contractuel dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions est constitutif d'une faute l'exposant à une sanction disciplinaire, sans préjudice, le cas échéant, des peines prévues par le code pénal ".
3. En premier lieu, en vertu des dispositions citées au point 2, les fonctionnaires ne peuvent être sanctionnés lorsqu'ils sont amenés à dénoncer des faits de harcèlement moral dont ils sont victimes ou témoins. Toutefois, l'exercice du droit à dénonciation de ces faits doit être concilié avec le respect de leurs obligations déontologiques, notamment de l'obligation de réserve à laquelle ils sont tenus et qui leur impose de faire preuve de mesure dans leur expression. Lorsque le juge est saisi d'une contestation de la sanction infligée à un fonctionnaire à raison de cette dénonciation, il lui appartient, pour apprécier l'existence d'un manquement à l'obligation de réserve et, le cas échéant, pour déterminer si la sanction est justifiée et proportionnée, de prendre en compte les agissements de l'administration dont le fonctionnaire s'estime victime ainsi que les conditions dans lesquelles ce dernier a dénoncé les faits, au regard notamment de la teneur des propos tenus, de leurs destinataires et des démarches qu'il aurait préalablement accomplies pour alerter sur sa situation.
4. En l'espèce, M. A fait état de comportements qu'il qualifie d'harcelants à son égard et ayant conduit à la dégradation de son état de santé et son placement en arrêt maladie. Pour autant, les faits évoqués par le requérant afin d'établir l'existence de tels comportements reposent sur ses seules déclarations ainsi que sur des courriels qui s'inscrivent dans un cadre professionnel sans que leur nombre ou leur contenu permettent de considérer qu'ils ne correspondent plus à des relations de travail courantes. Si les faits décrits par le requérant révèlent les difficultés d'adaptation et relationnelles qu'il a pu rencontrer dans ses nouvelles fonctions et son cadre de travail, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait été victime de remarques excédant les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. En particulier, M. A, recruté pour exercer des fonctions de responsabilité en qualité de directeur d'usine, n'établit pas ne pas avoir bénéficié des formations prévues et nécessaires à sa prise de fonctions, que les problèmes matériels ou organisationnels rencontrés traduisent une volonté de le mettre en difficulté, ou encore que les propos inappropriés qu'il aurait entendus en réunion visaient sa personne. Ainsi dans les circonstances de l'espèce, le syndrome anxio-dépressif dont souffre M. A, s'il révèle un mal-être certain, n'est pas de nature à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral, pas plus que les difficultés pointées par ce dernier. Par suite, le requérant n'ayant pas apporté la démonstration des faits de harcèlement moral qu'il estime avoir subi, il n'est pas fondé à soutenir que la sanction disciplinaire participe de ces faits de harcèlement et méconnaît ainsi les dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983.
5. En second lieu, aux termes de l'article 36-1 du décret du 15 février 1988 : " Les sanctions disciplinaires susceptibles d'être appliquées aux agents contractuels sont les suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée maximale de trois jours ; / 4° L'exclusion temporaire de fonctions pour une durée de quatre jours à six mois pour les agents recrutés pour une durée déterminée et de quatre jours à un an pour les agents recrutés pour une durée indéterminée ; / 5° Le licenciement, sans préavis ni indemnité de licenciement ".
6. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un agent public ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.
7. M. A, qui a été sanctionné d'un blâme pour avoir fait part d'un manque de retenue, fait valoir d'une part que les écrits qui lui sont reprochés émanent de son conseil et non de lui-même. Pour autant, ils ont été établis à sa demande et comportent en pièce annexe un courrier élaboré par ses soins et au contenu similaire de sorte qu'il ne peut soutenir qu'il n'est pas responsable de la manière dont son conseil a rédigé le signalement effectué en son nom. D'autre part, et contrairement à ce qu'il soutient, le requérant ne s'est pas contenté d'y mentionner les difficultés qu'il rencontrait et leur impact sur son état de santé. Il a également émis des critiques répétées sur le mode de fonctionnement du SERTRID et sur la gestion de cette structure par les membres de sa direction, en adoptant une tonalité dépourvue de retenue et de modération. La décision attaquée n'apparaît entachée d'aucune erreur de fait sur la nature du " signalement " effectué par son conseil. En outre, si le courrier en cause a été diffusé auprès des élus occupant les fonctions de président et vice-présidents du SERTRID, il a également été adressé au centre de gestion de la fonction publique territoriale. Compte-tenu de l'ensemble de ces éléments, les faits reprochés à M. A constituent un manquement au devoir de réserve qui s'impose aux fonctionnaires et agents publics. Ces faits sont fautifs et de nature à justifier une sanction disciplinaire. En l'espèce, au regard des motifs qui la fondent et des fonctions d'encadrement exercées par le requérant, la sanction du blâme prononcée à l'encontre de M. A ne peut être regardée comme présentant un caractère disproportionné.
8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".
10. Ces dispositions font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Territoire de Belfort, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme demandée par le requérant.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande du centre de gestion de la fonction publique territoriale du Territoire de Belfort sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, demande qui au demeurant n'est pas chiffrée.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le centre de gestion de la fonction publique territoriale du Territoire de Belfort en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre de gestion de la fonction publique territoriale du Territoire de Belfort.
Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.
La rapporteure,
N. DieboldLa présidente,
C. Schmerber
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026