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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2101988

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2101988

jeudi 1 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2101988
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL BLT DROIT PUBLIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 novembre 2021, 27 janvier 2022 et 27 avril 2023, le syndicat CGT du centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Besançon, représenté par Me Tronche, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles la directrice générale du CHRU de Besançon a refusé, d'une part, de faire droit à sa demande de modification ou d'abrogation des dispositions illégales de l'alinéa 5 de l'article 5, de l'alinéa 2 de l'article 2 et des alinéas premiers des articles 4, 1er et 6 de la charte de télétravail applicable au CHRU approuvée le 2 juin 2021 et, d'autre part, de compléter cette charte en y précisant les modalités de prise en charge des frais découlant directement de l'exercice du télétravail ;

2°) d'enjoindre à la directrice du CHRU de Besançon de modifier ou d'abroger, après avis du comité technique, les dispositions illégales de la charte de télétravail applicable au CHRU et de compléter cette dernière dans le respect des dispositions du I de l'article 7 du décret n° 2016-151 du 11 février 2016 ;

3°) de mettre à la charge du CHRU de Besançon la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le syndicat CGT du CHRU de Besançon soutient que :

- les dispositions de l'alinéa 5 de l'article 5 de la charte de télétravail sont illégales et méconnaissent le principe d'égalité de traitement entre fonctionnaires dès lors qu'elles interdisent aux agents à temps partiel de recourir au télétravail ;

- les dispositions de l'alinéa 2 de l'article 2 de cette charte sont illégales en ce qu'elles conditionnent la possibilité d'avoir recours au télétravail à une ancienneté de six mois dans le service d'affectation ;

- les dispositions du premier alinéa de l'article 4 de cette charte méconnaissent l'article 3 du décret du 11 février 2016 dès lors qu'elles prévoient une quotité maximale de télétravail à un jour par semaine et quatre jours par mois pendant les six premiers mois et à deux jours par semaine et huit jours par mois ensuite ;

- les dispositions du premier alinéa de l'article 1er de la charte méconnaissent l'article 7 du décret du 11 février 2016 dès lors qu'elles confient au supérieur hiérarchique le soin de déterminer la nature des activités professionnelles éligibles au télétravail ;

- les dispositions de l'alinéa premier de l'article 6 de cette charte créent une règle non prévue par le décret du 11 février 2016 dès lors qu'elles prévoient que l'autorisation de télétravailler est délivrée pour une durée d'un an renouvelable par décision expresse ;

- la charte ne prévoit pas, en méconnaissance du I de l'article 7 du décret du 11 février 2016, les modalités de prise en charge par l'employeur des coûts découlant directement de l'exercice du télétravail ;

- les décisions par lesquelles la directrice générale du CHRU de Besançon a refusé d'abroger les dispositions illégales de la charte et de compléter celle-ci sont illégales au regard des articles L. 243-1 et L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2022, le centre hospitalier régional et universitaire (CHRU) de Besançon, représenté par la SELARL BLT Droit Public, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge du syndicat requérant le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le CHRU de Besançon soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Une note en délibéré pour le CHRU a été enregistrée le 4 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatif aux conditions et modalités de mise en œuvre du télétravail dans la fonction publique et la magistrature ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Besson,

- les conclusions de M. A,

- les observations de Me Tronche, pour le syndicat CGT et de Me Denizot, pour le CHRU.

Considérant ce qui suit :

1. La directrice générale du centre hospitalier régional et universitaire (CHRU) de Besançon a approuvé, le 2 juin 2021, une charte relative à la mise en place du télétravail pour les personnels non médicaux de cet établissement. Par un courrier du 12 août 2021, le syndicat CGT du CHRU de Besançon a sollicité la modification de certaines dispositions de cette charte, qu'il estime illégales. Cette demande a été rejetée le 28 septembre 2021. Puis, la CGT a demandé au CHRU de Besançon de compléter cette charte dans le respect des dispositions du I de l'article 7 du décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatives aux modalités de prise en charge par l'employeur des coûts découlant directement de l'exercice du télétravail. Cette demande a également été rejetée. Le syndicat CGT demande au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles la directrice générale du CHRU de Besançon a refusé, d'une part, de faire droit à sa demande de modification ou d'abrogation des dispositions illégales de l'alinéa 5 de l'article 5, de l'alinéa 2 de l'article 2 et des alinéas premiers des articles 4, 1er et 6 de la charte de télétravail applicable au CHRU approuvée le 2 juin 2021 et, d'autre part, de compléter cette charte en y précisant les modalités de prise en charge des frais découlant directement de l'exercice du télétravail.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 243-2 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration est tenue d'abroger expressément un acte réglementaire illégal ou dépourvu d'objet, que cette situation existe depuis son édiction ou qu'elle résulte de circonstances de droit ou de fait postérieures, sauf à ce que l'illégalité ait cessé ".

3. Aux termes de l'article 2 du décret n° 2016-151 du 11 février 2015 : " Le télétravail désigne toute forme d'organisation du travail dans laquelle les fonctions qui auraient pu être exercées par un agent dans les locaux où il est affecté sont réalisées hors de ces locaux en utilisant les technologies de l'information et de la communication () ". Selon son article 3 : " La quotité des fonctions pouvant être exercées sous la forme du télétravail ne peut être supérieure à trois jours par semaine. Le temps de présence sur le lieu d'affectation ne peut être inférieur à deux jours par semaine. / Les seuils définis au premier alinéa peuvent s'apprécier sur une base mensuelle ". L'article 5 de ce décret dispose : " L'exercice des fonctions en télétravail est accordé sur demande écrite de l'agent. Celle-ci précise les modalités d'organisation souhaitées. () / Le chef de service, l'autorité territoriale ou l'autorité investie du pouvoir de nomination apprécie la compatibilité de la demande avec la nature des activités exercées et l'intérêt du service () ". Selon le deuxième alinéa de l'article 6 du même décret : " L'employeur prend en charge les coûts découlant directement de l'exercice des fonctions en télétravail, notamment le coût des matériels, logiciels, abonnements, communications et outils ainsi que de la maintenance de ceux-ci. L'employeur n'est pas tenu de prendre en charge le coût de la location d'un espace destiné au télétravail ". Enfin, selon le I. de l'article 7 de ce décret : " () une décision de l'autorité investie du pouvoir de nomination pour la fonction publique hospitalière, pris après avis du comité technique ou du comité consultatif national compétent, fixe : / 1° Les activités éligibles au télétravail ; () / 7° Les modalités de prise en charge, par l'employeur, des coûts découlant directement de l'exercice du télétravail, notamment ceux des matériels, logiciels, abonnements, communications et outils ainsi que de la maintenance de ceux-ci ; () ".

4. En premier lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un ou l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit.

5. D'une part, les dispositions de l'alinéa 5 de l'article 5 de la charte relative à la mise en place du télétravail au CHRU de Besançon prévoient que " Le télétravail n'est pas cumulable avec un temps partiel ". Toutefois, un agent exerçant ses fonctions à temps partiel ne saurait être regardé comme étant placé dans une situation différente de celle d'un agent exerçant ses fonctions à temps complet, au regard des objectifs et de l'intérêt poursuivi par la charte attaquée. Le requérant est donc fondé à soutenir qu'une telle différence de traitement est nécessairement, eu égard à ce qui a été dit au point 4, constitutive d'une atteinte au principe d'égalité.

6. D'autre part, le requérant soutient qu'en limitant la possibilité de recourir au télétravail aux agents bénéficiant d'une ancienneté de six mois dans leur service d'affectation, la charte a méconnu le principe d'égalité. Toutefois, une telle différence de traitement se justifie par une différence de situation entre les agents, selon leur ancienneté dans le service. Par ailleurs, et en tout état de cause, dès lors que le télétravail suppose nécessairement, comme le précise le dernier alinéa de l'article 2 de la charte en litige, " une autonomie dans la réalisation des missions et une aisance dans l'utilisation de l'outil informatique ", la différence de traitement ainsi prévue par les dispositions en litige serait justifiée par un motif suffisant d'intérêt général. Enfin, il ne ressort pas des dispositions du décret du 11 février 2015, notamment citées au point 2 ci-dessus, que celles-ci feraient obstacle à ce que l'administration prévoie une telle limitation.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 de la charte en litige : " Le télétravail est limité à une journée de travail par semaine (du lundi au vendredi) et jusqu'à 4 jours par mois pour une première phase de 6 mois. Une fois cette phase réalisée, et sur accord des deux parties, le télétravail peut être porté à 2 jours par semaine et jusqu'à 8 jours par mois. Il est mis en œuvre sur des journées complètes (non fractionnables), sur des jours planifiés ". Contrairement à ce que soutient le requérant, ces dispositions ne méconnaissent pas celles, citées au point 2, de l'article 3 du décret n° 2016-151 qui prévoient, quant à elles, un nombre maximal de journées de télétravail hebdomadaire et un nombre minimal de journées de présence au travail mensuel, et ne font nullement obstacle à la mise en place d'une quotité de jours de télétravail inférieure. Le moyen invoqué en ce sens doit donc être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 1er de la charte litigieuse : " Activités éligibles en télétravail : La nature des activités professionnelles éligibles au télétravail est déterminée par le supérieur hiérarchique, en charge d'émettre un avis sur la demande. Ces activités sont précisées dans la décision individuelle de télétravail validée par la Direction des ressources humaines ".

9. Il résulte des dispositions des articles 5 et 7 du décret n° 2016-151 citées au point 2 qu'il n'appartient, dans la fonction publique hospitalière, qu'à l'autorité investie du pouvoir de nomination et après avis du comité technique de fixer les activités éligibles au télétravail. Ces dispositions prévoient également que le chef de service, ou l'autorité hiérarchique, règle l'exercice individuel du droit au télétravail par un agent demandeur et apprécie, pour ce faire, la compatibilité de la demande avec la nature des activités exercées et l'intérêt du service. Par suite, en prévoyant, par les dispositions précitées, que la nature de ces activités est déterminée par le supérieur hiérarchique de l'agent, la directrice générale du CHRU de Besançon, qui avait défini, comme éligible au télétravail l'activité non médicale de son établissement, n'a pas commis d'erreur de droit.

10. En dernier lieu, aucune des dispositions du décret n° 2016-151 ne fait obstacle à ce que, dans la fonction publique hospitalière, l'autorité investie du pouvoir de nomination fixe une durée de validité de l'autorisation de recourir au télétravail délivrée à son agent, l'article 8 de ce décret prévoyant par ailleurs que cette autorisation mentionne " Les modalités de mise en œuvre du télétravail et, s'il y a lieu, sa durée ". Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le premier alinéa de l'article 6 de la charte en litige serait, sur ce motif, illégal.

11. Le syndicat requérant soutient que la charte en litige ne prévoit pas, en méconnaissance des dispositions citées au point 2 du I de l'article 7 du décret du 11 février 2016, les modalités de prise en charge par l'employeur des coûts découlant directement de l'exercice du télétravail. Toutefois, les articles 12 et 19 de cette charte disposent, d'une part, que " Le CHU met à disposition du télétravailleur un matériel informatique adapté, soit au moins un ordinateur portable non personnel dédié au télétravail par pôle ou par direction, avec un accès VPN aux outils collaboratifs partagés " et, d'autre part, que " le CHU de BESANÇON prend en charge les dommages subis par les biens de toute nature mis à disposition du télétravailleur dans le cadre de son activité professionnelle ". Le moyen invoqué en ce sens manque donc en fait et doit être écarté.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que le syndicat CGT est seulement fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le CHRU de Besançon a refusé d'abroger l'alinéa 5 de l'article 5 de la charte relative à la mise en place du télétravail au CHRU de Besançon.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au CHRU de Besançon de procéder à l'abrogation du 5ème alinéa de l'article 5 de la charte relative à la mise en place du télétravail au CHRU de Besançon approuvée le 2 juin 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du requérant, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande le CHRU de Besançon au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHRU de Besançon le versement, au profit du requérant, de la somme demandée par celui-ci au titre de ces mêmes frais.

DECIDE :

Article 1er : La décision par laquelle le CHRU de Besançon a refusé d'abroger l'alinéa 5 de l'article 5 de la charte relative à la mise en place du télétravail au CHRU de Besançon est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au CHRU de Besançon de procéder à l'abrogation du 5ème alinéa de l'article 5 de la charte relative à la mise en place du télétravail au CHRU de Besançon approuvée le 2 juin 2021, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par les parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à au syndicat CGT du centre hospitalier régional et universitaire de Besançon et au centre hospitalier régional et universitaire de Besançon.

Délibéré après l'audience du 4 mai 2023 à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- Mme Besson, conseillère,

- M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juin 2023

La rapporteure,

M. BessonLa présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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