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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2102061

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2102061

mercredi 28 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2102061
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantMANHOULI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2021, Mme D C, représentée par Me Manhouli, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Louis Pasteur de Dole l'a suspendue sans traitement de ses fonctions ;

2°) de mettre à la charge du centre hospitalier Louis Pasteur de Dole une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

- la décision est entachée d'un vice de motivation dès lors qu'elle ne comporte pas les textes sur lesquels elle se fonde, notamment la loi du 5 août 2021, et qu'elle vise le décret du 5 août 2021 qui n'existe pas et comporte donc une motivation erronée en droit ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986, dès lors qu'elle dispose d'un mi-temps thérapeutique ;

- elle est inapte à travailler au moins à hauteur de 25 %. Or la décision contestée ne pouvait suspendre l'intégralité de son traitement ;

- elle aurait dû être convoquée à compter du 18 septembre 2021 pour un entretien, conformément aux dispositions de l'article 1er de la loi du 5 août 2021, pour rechercher des solutions.

La requête a été communiquée au centre hospitalier Louis Pasteur de Dole qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme E,

- et les conclusions de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 15 septembre 2021, le directeur du centre hospitalier Louis Pasteur de Dole a suspendu Mme C de ses fonctions sans traitement. Mme C, agent contractuel par contrat à durée indéterminée, exerçant les fonctions de masseur kinésithérapeute, demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code () ". Aux termes de l'article 13 de cette loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1°. / Un décret détermine les conditions d'acceptation de justificatifs de vaccination, établis par des organismes étrangers, attestant de la satisfaction aux critères requis pour le certificat mentionné au même premier alinéa ; / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication. Ce certificat peut, le cas échéant, comprendre une date de validité. / II. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 justifient avoir satisfait à l'obligation prévue au même I ou ne pas y être soumises auprès de leur employeur lorsqu'elles sont salariées ou agents publics. () III. - Le certificat médical de contre-indication mentionné au 2° du I du présent article peut être contrôlé par le médecin conseil de l'organisme d'assurance maladie auquel est rattachée la personne concernée. Ce contrôle prend en compte les antécédents médicaux de la personne et l'évolution de sa situation médicale et du motif de contre-indication, au regard des recommandations formulées par les autorités sanitaires. / IV. - Les employeurs et les agences régionales de santé peuvent conserver les résultats des vérifications de satisfaction à l'obligation vaccinale contre la covid-19 opérées en application du deuxième alinéa du II, jusqu'à la fin de l'obligation vaccinale. / Les employeurs et les agences régionales de santé s'assurent de la conservation sécurisée de ces documents et, à la fin de l'obligation vaccinale, de la bonne destruction de ces derniers. / V. - Les employeurs sont chargés de contrôler le respect de l'obligation prévue au I de l'article 12 par les personnes placées sous leur responsabilité ". Aux termes de l'article 14 de cette loi : " I. - A. - A compter du lendemain de la publication de la présente loi et jusqu'au 14 septembre 2021 inclus, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12 ou le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. / B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret. () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. / La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public. Lorsque le contrat à durée déterminée d'un agent public non titulaire est suspendu en application du premier alinéa du présent III, le contrat prend fin au terme prévu si ce dernier intervient au cours de la période de suspension ".

3. Il ressort du III de l'article 14 précité, lequel a fixé une procédure préalable à l'édiction d'une mesure de suspension, que l'employeur, qui constate que l'agent ne peut plus exercer son activité en application du I du même article, l'informe sans délai, avant de prononcer une telle mesure de suspension, des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation et le cas échéant d'utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés.

4. En l'espèce, le centre hospitalier de Dole n'ayant produit aucune défense, il n'est dès lors pas établi que Mme C aurait reçu une quelconque information, d'une part, sur la mise en œuvre de l'obligation vaccinale et sur la nécessité, en application de la loi du 5 août 2021, de présenter à compter du 15 septembre 2021, un certificat de statut vaccinal ou à défaut le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises et de la possibilité, jusqu'au 15 octobre 2021, de justifier avoir reçu au moins une des doses requises, d'autre part, des conséquences qu'emporte l'interdiction d'exercer en cas de non transmission des documents requis et, enfin, de la nécessité de faire parvenir les justificatifs requis. S'il n'est pas contesté que Mme C ne pouvait plus exercer son activité dès lors qu'elle ne disposait pas des documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, du justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12, il ne ressort pas des pièces du dossier que le centre hospitalier de Dole l'a personnellement informée, sans délai et préalablement à l'édiction de la mesure contestée, des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi, ni même de la possibilité de régulariser sa situation en utilisant, le cas échéant, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. L'omission d'une telle information, qui a privé la requérante d'une garantie, constitue une irrégularité de nature à entacher la légalité de la décision contestée.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 15 septembre 2021 doit être annulée.

Sur les frais d'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier Louis Pasteur de Dole une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 15 septembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Louis Pasteur de Dole a suspendu Mme C de ses fonctions sans traitement est annulée.

Article 2 : Le centre hospitalier Louis Pasteur de Dole versera à Mme C une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-l du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au centre hospitalier Louis Pasteur de Dole.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Grossrieder, présidente,

Mme Besson conseillère,

M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2022.

La présidente rapporteure,

S. E

L'assesseure la plus ancienne

M. A La greffière,

C Quelos

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

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