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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2102107

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2102107

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2102107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantLEGIPLANET AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête sommaire, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 22 novembre et 15 décembre 2021 et le 17 juin 2022, M. B A et le centre Athénas, représentés par Me Abramowitch, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 septembre 2021 par laquelle le préfet du Jura a rejeté la demande d'extension du certificat de capacité de M. A aux soins de spécimens de la faune sauvage appartenant aux espèces des aves, des squamata, des testudinae, des felidae et des canidae ;

2°) d'enjoindre au préfet du Jura, à titre principal, d'accorder à M. A et au centre Athénas l'extension du certificat de capacité sollicitée ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande d'extension du certificat de capacité dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard du principe du contradictoire et du droit à un procès équitable consacré par le § 1 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en l'absence de consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites prévue à l'article R. 413-6 du code de l'environnement ;

- l'arrêté ministériel du 12 décembre 2000 sur lequel se fonde la décision en litige fixe des conditions d'aptitude qui sont inutilement restrictives et qui dénaturent les dispositions de l'article R. 413-4 du code de l'environnement, lequel ne pose aucune distinction quant à l'activité des établissements au sein desquels l'expérience professionnelle requise peut être acquise, alors que les établissements en cause exercent en principe plusieurs activités, que le secteur offre peu de possibilités d'accueil en structures et qu'il convient de faciliter la lutte contre les trafics d'animaux ;

- les énonciations de la circulaire ministérielle n° 2008-2 du 11 avril 2008, qui prévoient de déclarer irrecevable, sans consultation préalable de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, une demande de délivrance de certificat de capacité en cas de conditions de formation et d'expérience insuffisantes, sont illégales et contraires aux dispositions de l'article R. 413-4 du code de l'environnement ;

- par ses stages effectués notamment au sein de zoos, expériences qui avaient été regardées comme suffisantes lors de la précédente extension de son certificat de capacité, M. A justifie des conditions d'expérience requises au regard de l'article R. 413-4 du code de l'environnement et de la circulaire ministérielle du 3 septembre 1999 pour obtenir l'extension de certificat de capacité sollicitée et le préfet du Jura, par le refus opposé le 23 septembre 2021, a commis une erreur de droit.

Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 9 février et 11 août 2022, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

A titre principal,

- l'association " centre Athenas " n'est pas recevable à ester en justice en l'absence de décision prise à cet effet par son conseil d'administration ;

A titre subsidiaire,

- la décision en litige a été signée par une autorité compétente ;

- cette décision déclarant irrecevable la demande du pétitionnaire n'avait pas à être précédée de la consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites ;

- l'arrêté ministériel du 12 décembre 2000 a été pris pour l'application de l'article R. 413-4 du code de l'environnement, dont il précise les dispositions du 1 du III, conformément à ce que prévoit l'article R. 413-5 du même code ;

- la circulaire ministérielle du 11 avril 2008 ne fait que rappeler les conditions de recevabilité d'une demande de certificat de capacité ;

- M. A n'a pas justifié d'une expérience de deux mois minimum au sein d'un établissement de soins à des espèces ou des groupes d'espèces de faune sauvage correspondant à ceux faisant l'objet de sa demande et les expériences acquises au sein d'établissements de présentation au public de certaines des espèces ne peuvent être prises en compte pour l'attribution d'un certificat de capacité aux soins d'animaux devant être relâchés dans le milieu naturel, qui nécessite des connaissances biologiques spécifiques ;

- M. A ne peut pas utilement se prévaloir de l'erreur commise en 2014 lors de l'octroi de la précédente extension de certificat de capacité, qui a été accordée au vu de justificatifs d'expérience professionnelle non recevables.

Par un courrier du 24 août 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la compétence liée dans laquelle se trouvait l'administration pour prendre la décision contestée.

Par un mémoire, enregistré le 25 août 2022, M. B A et le centre Athénas, représentés par Me Abramowitch, ont fait part de leurs observations.

Ils soutiennent qu'il appartenait au préfet d'apprécier les capacités de M. A à assurer l'entretien des animaux pour lesquels il sollicitait l'extension de son certificat de capacité et que l'administration ne se trouvait donc pas en situation de compétence liée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- l'arrêté du 12 décembre 2000 fixant les diplômes et les conditions d'expérience professionnelle requis par l'article R. 413-5 du code de l'environnement pour la délivrance du certificat de capacité pour l'entretien d'animaux d'espèces non domestiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public,

- et les observations de Me Abramowitch, pour M. A et le centre Athénas.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, directeur du centre Athénas, établissement qui recueille, soigne et réhabilite des spécimens de la faune sauvage européenne en vue de les relâcher dans le milieu naturel, est titulaire d'un certificat de capacité délivré le 25 juin 1990 par le secrétaire d'Etat chargé de l'environnement et de la prévention des risques technologiques et naturels majeurs, l'autorisant à soigner et remettre en condition avant réinsertion dans le milieu naturel des espèces métropolitaines de mammifères et oiseaux non domestiques. Il a obtenu, le 29 juillet 2014, une extension de son certificat de capacité l'autorisant à assurer la responsabilité de l'entretien à des fins de soins et de remise en condition avant réinsertion dans le milieu naturel de spécimens vivants de reptiles et amphibiens dont la liste est annexée à l'arrêté. Le 31 août 2021, M. A a présenté auprès du préfet du Jura une nouvelle demande d'extension de son certificat de capacité aux spécimens de la faune sauvage appartenant aux espèces des aves, des squamata, des testudinae, des felidae et des canidae, en expliquant être de plus en plus souvent sollicité par les autorités policières ou judiciaires pour des missions de gardiennage d'urgence d'animaux, objet de saisies. Par une décision du 23 septembre 2021, le préfet du Jura a rejeté sa demande comme irrecevable, au motif qu'il ne justifie pas, par les attestations qu'il produit, d'une expérience minimale de deux mois pour l'ensemble des espèces objet de sa demande, acquise au sein d'un établissement de soins aux animaux de la faune sauvage. M. A et le centre Athénas qu'il dirige demandent au tribunal d'annuler cette décision de refus.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Par une délibération du 16 février 2022, prise en application de l'article 9 des statuts de l'association, le conseil d'administration du centre Athénas a décidé de contester devant le tribunal administratif de Besançon la décision du 23 septembre 2021 par laquelle le préfet du Jura a rejeté la demande d'extension du certificat de capacité de M. A et a mandaté ce dernier pour agir en justice en son nom. Par suite, cette association est recevable à contester cette décision.

Sur la légalité de la décision contestée :

3. En application de l'article R. 413-4 du code de l'environnement, la demande de certificat de capacité doit être accompagnée : " 1° Des diplômes ou certificats justifiant des connaissances du candidat ou de son expérience professionnelle ; / 2° De tout document permettant d'apprécier la compétence du candidat pour assurer l'entretien des animaux ainsi que l'aménagement et le fonctionnement de l'établissement qui les accueille. ". Aux termes de l'article R. 413-5 du code de l'environnement : " Le certificat de capacité est délivré par le préfet. () " et, en application de l'article R. 413-6 du code de l'environnement, la demande d'extension du certificat de capacité pour exercer une activité d'entretien d'animaux non domestiques au sein d'un établissement de soins de la faune sauvage est délivré après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites.

4. Par sa décision du 23 septembre 2021, prise au visa de l'article L. 413-2 du code de l'environnement et de l'article 2 de l'arrêté du 12 décembre 2000 fixant les diplômes et les conditions d'expérience professionnelle requis par l'article R. 413-5 du code de l'environnement pour la délivrance du certificat de capacité pour l'entretien d'animaux d'espèces non domestiques, le préfet du Jura a rejeté la demande d'extension de certificat de capacité présentée par M. A. Le préfet a estimé que M. A ne justifie pas, par ses attestations d'expérience professionnelle produites à l'appui de sa demande, dont trois sont relatives à des stages réalisés au sein d'établissements de présentation d'animaux au public qui n'exercent pas le même type d'activité que celui dispensant des soins aux animaux de la faune sauvage faisant l'objet de la demande et la quatrième porte sur un stage de moins de deux mois et l'entretien de certaines seulement des espèces objet de la demande, d'une expérience d'au moins deux mois dans l'entretien d'animaux d'espèces ou de groupes d'espèces faisant l'objet de la demande, acquise dans un ou plusieurs établissements exerçant le même type d'activité que celui faisant l'objet de la demande. L'appréciation ainsi portée par le préfet sur la formation ou l'expérience du pétitionnaire relève d'un examen des conditions de fond de la demande et non de sa seule recevabilité dès lors que le pétitionnaire produit les pièces permettant cet examen. Par suite, en vertu de l'article R. 413-6 du code de l'environnement, le préfet était tenu de consulter préalablement à sa décision la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et ce défaut de consultation entache d'irrégularité la décision contestée. En outre, l'absence de consultation de la commission départementale compétente en matière de nature, de paysages et de sites, dans sa formation " faune sauvage captive ", composée notamment de représentants d'associations agréées dans le domaine de la protection de la nature, de scientifiques compétents en matière de faune sauvage captive et de responsables d'établissements pratiquant l'élevage, la location, la vente ou la présentation au public d'animaux d'espèces non domestiques, dont l'avis doit éclairer le préfet notamment sur les connaissances et compétences du pétitionnaire à exercer l'activité au titre de laquelle le certificat de capacité est sollicité, est susceptible d'avoir eu une influence sur le sens de la décision prise par le préfet du Jura et d'avoir privé M. A d'une garantie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A et le centre Athénas sont fondés à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ". Le juge de l'injonction est tenu de statuer sur le fondement de l'article L. 911-2 du code de justice administrative en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de son jugement.

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique uniquement que le préfet du Jura se prononce de nouveau sur la demande d'extension de certificat de capacité présentée par M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à l'examen de cette demande dans le délai de trois mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 750 euros au profit de M. A et la somme de 750 euros au profit du centre Athénas, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 23 septembre 2021 par laquelle le préfet du Jura a rejeté la demande d'extension du certificat de capacité de M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Jura de se prononcer de nouveau sur la demande d'extension de certificat de capacité présentée par M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera la somme de 750 (sept cent cinquante) euros à M. A et la somme de 750 (sept cent cinquante) au centre Athénas au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A et du centre Athénas est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre Athénas, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet du Jura.

Délibéré après l'audience du 30 août 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Guitard, première conseillère,

- Mme Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 20 septembre 2022.

La rapporteure,

F. GuitardLe président,

T. Trottier

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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