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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2102178

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2102178

jeudi 28 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2102178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL JULIE DUFOUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er décembre 2021, 6 juin 2023 et 31 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Mayer-Blondeau, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 1er octobre 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une personne n'étant pas habilitée pour ce faire ;

- il n'a pas été entendu avant que le comité social économique (CSE) ne se prononce sur son licenciement ;

- le procès-verbal de la réunion du comité social économique au cours de laquelle son licenciement a été discuté a été diffusé à l'ensemble des personnels de l'entreprise alors qu'il comportait des informations confidentielles le concernant ;

- les manquements retenus par l'inspecteur du travail sont pour certains entachés d'une erreur de fait, pour d'autres non fautifs et, pour l'ensemble, ne sont pas d'une gravité suffisante pour autoriser son licenciement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités (DREETS) de la région Bourgogne Franche-Comté conclut au rejet de la requête.

Le DREETS soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 et 28 juillet 2023, la SA LOGE.GBM, représentée par Me Dufour, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SA LOGE.GBM soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Un mémoire récapitulatif, enregistré le 30 août 2023, pour le compte de M. A n'a pas été communiqué.

Un mémoire récapitulatif, enregistré le 31 août 2023, pour le compte de la SA LOGE.GBM n'a pas été communiqué.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Pernot,

- les conclusions de M.Poitreau,

- les observations de Me Grosbois, substituant Me Mayer-Blondeau, pour M. A et de Me Dufour, pour la SA LOGE.GBM.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été engagé en qualité de juriste au sein de la SA LOGE.GBM à compter du 2 mai 2007. Responsable du pôle contentieux et précontentieux au sein de la direction clientèle, il est titulaire depuis le 22 janvier 2019 du mandat de membre suppléant de la délégation du personnel au comité social et économique (CSE) pour le collège maîtrise et cadres. Par une décision du 1er octobre 2021, dont l'intéressé demande l'annulation, l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. En outre, pour refuser l'autorisation sollicitée, l'autorité administrative a la faculté de retenir des motifs d'intérêt général relevant de son pouvoir d'appréciation de l'opportunité, sous réserve qu'une atteinte excessive ne soit pas portée à l'un ou l'autre des intérêts en présence.

3. En premier lieu, il résulte de la décision attaquée que l'inspecteur du travail a considéré que quatre faits distincts reprochés par l'employeur à son salarié étaient établis. Toutefois, il n'a retenu que le dernier de ces quatre faits pour considérer qu'il était à lui seul d'une gravité suffisante pour autoriser le licenciement de M. A. En l'espèce, ce quatrième fait a consisté pour M. A à demander le 29 mars 2021 au service technique de la SA LOGE.GBM de procéder à l'ouverture de la porte d'un logement et au changement de la serrure au 6 rue de Champagne à Besançon pour récupérer ledit logement alors que le bail était encore en cours et que la SA LOGE.GBM n'avait pas de jugement judiciaire l'autorisant à reprendre ce logement. Si M. A ne conteste pas sérieusement le caractère fautif de cette démarche, il ressort des pièces du dossier et notamment des attestations de l'ancienne supérieure hiérarchique de M. A qu'il existait une pratique au sein de la SA LOGE.GBM consistant à récupérer, sans attendre une décision judiciaire, les logements dont il était certain que les locataires les avaient définitivement abandonnés quand bien même le bail locatif n'avait pas expiré. En l'espèce, un procès-verbal de saisie attribution des biens trouvés dans ce logement dressé par un huissier de justice le 26 novembre 2020 ainsi que le courrier adressé par une société d'enquêteurs privés à la SA LOGE.GBM le 5 novembre 2020 faisant état de vaines recherches pour retrouver le locataire des lieux permettaient d'établir le départ certain du locataire. Par ailleurs, si le requérant ne conteste pas avoir effectivement demandé au service technique de la SA LOGE.GBM le 29 mars 2021 l'ouverture de la porte d'un logement et le changement de la serrure de la porte de ce logement au 6 rue de Champagne à Besançon, il ressort des pièces du dossier et notamment des fiches d'intervention produites par la SA LOGE.GBM que le service technique n'a procédé à ces opérations qu'en avril ou mai 2021 soit potentiellement après l'expiration du bail locatif. Dans ces conditions, et même en prenant en compte l'avertissement qui avait été adressé pour d'autres faits au requérant en août 2020, sa position hiérarchique et ses responsabilités, la démarche effectuée le 29 mars 2021 par M. A, dont la mise à exécution a pu avoir lieu postérieurement au terme du bail de l'appartement concerné, n'était pas d'une gravité suffisante pour autoriser son licenciement.

4. En second lieu, le fait que, le 21 juin 2021, M. A ait contacté par téléphone une candidate à un poste non encore retenue pour un emploi dans son service n'est pas matériellement établi. Par ailleurs, le fait que, le 7 juillet 2021, M. A ait adressé directement à un agent du conseil départemental du Doubs un courrier électronique pour se plaindre de propos tenus contre lui n'était pas constitutif d'une faute. Enfin, si le conseil départemental du Doubs a effectivement demandé par courrier du 5 août 2021 à la SA LOGE.GBM de faire en sorte que M. A adopte une posture professionnelle adaptée, ce courrier qui ne fait état d'aucun fait précis et daté n'était pas non plus d'une gravité suffisante pour autoriser son licenciement.

5. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, M. A est fondé à soutenir que la décision du 1er octobre 2021 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement est entachée d'une erreur d'appréciation et doit pour ce motif être annulée.

Sur les frais du litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que demande la SA LOGE.GBM au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A.

D E C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé le licenciement de M. A le 1er octobre 2021 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la SA LOGE.GBM.

Copie du jugement sera adressée, pour information, au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi de la région Bourgogne Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

M. Seytel, conseiller,

Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2023.

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

J. Seytel

Le premier conseiller faisant fonction de président-rapporteur,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier

N°2102178

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