jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2102209 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | LEGI CONSEILS BOURGOGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7 décembre 2021, 29 septembre 2022 et 14 février 2023, le GAEC des Grands Prés, représenté par Me Landbeck, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2021 par lequel le préfet de la région Bourgogne- Franche-Comté a autorisé Mme E à exploiter les parcelles situées sur les communes de Bretonvillers, Chenecey et Longevelle les Russey d'une superficie de14ha 96a 07ca ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le GAEC soutient que :
- la requête est recevable et il présente un intérêt à agir ;
- il devra être justifié de la régularité de la délégation de signature et de son opposabilité ;
- il devra être justifié de l'avis de la commission départementale de la chambre d'agriculture du Doubs ;
- la motivation relative à son coefficient d'exploitation est largement incomplète et aucun calcul ne vient le justifier ;
- ce coefficient est lui-même contesté d'autant que le préfet ne justifie pas de l'absence de remise en cause de sa viabilité ;
- la titulaire de l'autorisation n'est pas propriétaire des terres, c'est donc seulement sur la base des coefficients du preneur en place et du candidat que la décision devait être prise, or il n'est pas fait mention du coefficient d'exploitation de Mme E ;
- il n'est pas établi que Mme E bénéficie d'un rang de priorité supérieur au sien.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2022, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que :
- la requête n'est recevable qu'en ce qui concerne les parcelles pour lesquelles le requérant est preneur en place ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un mémoire, enregistré le 8 mars 2022, Mme B E, représentée par Me Vandenbroucque, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du requérant une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme E soutient que :
- le GAEC ne présente pas d'intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de M. C,
- les observations de Me Landbeck, pour le GAEC des Grands Prés et de M. A, pour la préfecture de la région Bourgogne-Franche-Comté.
Considérant ce qui suit :
1. Le GAEC des Grands Prés est preneur en place de parcelles, l'une cadastrée ZB 3 située sur la commune de Bretonvillers, d'autres cadastrées ZE 35, ZE 36, ZE 37, ZA 11, ZH 47 situées sur la commune de Chamesey et enfin une parcelle cadastrée ZB 12 située sur la commune de Longevelle lès Russey, pour une superficie totale de 14ha 96a 07ca. Par un arrêté du 27 septembre 2021, Mme E, fille des propriétaires des parcelles dont le GAEC des Grands Prés est preneur, a été autorisée à exploiter des parcelles d'une superficie totale de 23ha 84a 18ca situées sur les communes de Bretonvillers, Chamesey et Longevelle lès Russey. Par la présente requête, le GAEC des Grands Prés demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté n° 20-344 BAG du 30 septembre 2020, publié au recueil des actes administratifs de la région Bourgogne-Franche-Comté le 1er octobre 2020, le préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté a délégué sa signature à Mme G, directrice régionale de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, à effet de signer tous les actes administratifs entrant dans le champ des compétences des directions régionales de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt et l'a autorisée à subdéléguer sa signature aux agents placés sous son autorité. Par une décision n° 20-344 du 1er octobre 2020, publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de la région Bourgogne-Franche-Comté le 5 octobre 2020, Mme G a subdélégué sa signature, en cas d'absence ou d'empêchement de sa part, à Mme D, directrice régionale adjointe de l'alimentation, de l'agriculture et de la forêt, aux fins de signer ces mêmes actes. Par suite, le moyen tiré de ce que Mme D n'était pas compétente pour signer les décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 331-5 du code rural et de la pêche maritime : " La commission départementale d'orientation de l'agriculture mentionnée à l'article R. 313-l peut être consultée sur les demandes d'autorisation d'exploiter auxquelles il est envisagé d'opposer un refus pour l'un des motifs prévus à l'article L. 331-3-1. Dans ce cas, et lorsque des candidatures concurrentes ont été enregistrées sur tout ou partie des biens qui font l'objet de la demande, l'ensemble des dossiers portant sur ces biens lui est soumis au cours de la même séance ". Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la commission départementale d'orientation de l'agriculture s'est prononcée sur la demande du requérant et de sa concurrente et a rendu un avis le 16 septembre 2021, lequel a été produit à l'instance par le défendeur. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tel qu'il a été soulevé n'est pas fondé.
4. En troisième lieu, l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime prévoit que le contrôle des structures des exploitations agricoles, qui s'applique notamment à la mise en valeur des terres agricoles quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celles-ci, s'il a pour objectif principal de favoriser l'installation d'agriculteurs, a également pour objectif de consolider ou de maintenir les exploitations afin de permettre à celles-ci d'atteindre ou de conserver une dimension économique viable au regard des critères du schéma directeur régional des exploitations agricoles. Lorsqu'en application de l'article L. 331-2 du même code, une opération est soumise à une autorisation préalable, le préfet ne peut refuser de délivrer au candidat cette autorisation que pour l'un des motifs définis à l'article L. 331-3-1 de ce code, aux termes duquel : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; / 2° Lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place ; () ".
5. En application de l'article L. 312-1 du code rural et de la pêche maritime, qui prévoit notamment que " Le schéma directeur régional des exploitations agricoles fixe les critères servant à l'appréciation de la dimension économique et de la viabilité des exploitations concernées par la demande d'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 ", le schéma directeur régional d'exploitation agricole (SDREA) de Franche-Comté a défini un " coefficient d'exploitation ", dont les modalités de calcul sont indiquées à l'annexe 2 du schéma, qui a pour objet de comparer les exploitations selon leur dimension économique en prenant en compte leurs productions et leurs actifs et en les rapportant à une référence régionale de productions et d'actifs, et qui détermine la viabilité des exploitations au regard d'une " exploitation de référence " dont le coefficient est égal à 1. Ce même schéma a par ailleurs précisé qu'en cas d'exercice du droit de reprise par le propriétaire, l'impact sur l'exploitation du preneur en place " sera déterminé en chiffrant les conséquences sur les résultats financiers de celle-ci ".
6. Si le préfet doit, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tenir compte, pour procéder au départage, de l'ensemble des critères prévus à cet effet par le schéma directeur départemental des structures agricoles, il n'est pas tenu, dans la motivation de sa décision, de se prononcer sur chacun de ces critères mais peut se borner à mentionner ceux qu'il estime pertinents et les éléments de fait correspondants. Pour autant, le préfet n'est pas tenu, dans sa motivation, de préciser les modalités de calcul du coefficient d'exploitation des demandeurs concurrents, ces données étant par ailleurs protégées par le secret des affaires.
7. En l'espèce, l'arrêté attaqué précise que la demande formulée par Mme E relève d'une opération d'installation, est soumise à autorisation du fait de la concurrence avec un preneur en place et que l'autorisation d'exploiter sollicitée pourra être refusée au regard du motif prévu par le 2° de l'article L. 331-3-1 de ce code " lorsque l'opération compromet la viabilité de l'exploitation du preneur en place ". Cet arrêté mentionne par ailleurs que le coefficient d'exploitation du GAEC des Grands Prés, preneur en place, est, au regard des éléments recueillis, de 1,999 en cas de perte de la surface de 14ha 96a 07ca et en déduit que la demande de Mme E ne compromet pas la viabilité de cette exploitation. L'arrêté indique que le coefficient de l'exploitation de référence est de 1. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté contesté mentionne les éléments de faits et le fondement juridique de la demande, objet de l'arrêté litigieux. Compte tenu de la qualité de preneur du GAEC des Grands Prés, ni le rang de priorité ni le coefficient d'exploitation de Mme E n'avaient à être précisés. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté n'est donc pas fondé.
8. En dernier lieu, l'arrêté litigieux estime que la viabilité d'une exploitation agricole doit être appréciée au regard d'une exploitation de référence et, qu'en l'espèce, le coefficient sera de 1,999 pour le preneur après la perte de la surface dont l'exploitation est demandée par Mme E, ce coefficient étant supérieur à celui de l'exploitation de référence qui est égal à 1. Or le requérant, à qui il incombait de déterminer qu'après la perte de ces parcelles, la pérennité de son exploitation risquait d'être remise en cause, ne critique ni le manque de pertinence de l'utilisation du coefficient défini par le SDREA pour l'appréciation de la viabilité d'une exploitation, ni le coefficient retenu, après la perte des surfaces en litige, supérieur à l'exploitation de référence. Par suite, il ne ressort pas des pièces du dossier que c'est à tort que le préfet a estimé que le projet de Mme E ne compromettait pas la viabilité de l'exploitation du preneur.
9. Il résulte de ce qui précède que le GAEC des Grands Prés n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par le GAEC des Grands Prés au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
11. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme E tendant à l'application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête du GAEC des Grands Prés est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par Mme E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au GAEC des Grands Prés, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire et à Mme B E.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la région Bourgogne-Franche-Comté.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- Mme Guitard, première conseillère,
- M. Seytel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
La présidente rapporteure,
S. F
L'assesseure la plus ancienne
F. Guitard La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026