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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2102342

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2102342

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2102342
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDU PARC - CURTIL ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 31 décembre 2021, 12 mai 2022, 11 mai et 28 juin 2023, ainsi qu'un mémoire récapitulatif enregistré le 12 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Corneloup, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2021 par lequel la maire de la commune de Choisey a délivré à la SAS Immo Colruyt France un permis de construire un siège social, ainsi que la décision 29 octobre 2021 par laquelle son recours gracieux a été rejeté ;

2°) de rejeter la demande indemnitaire présentée par la société Colruyt France ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Choisey la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- le permis de construire en litige méconnaît l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et les dispositions du PLUi relatives à l'insertion paysagère et architecturale des constructions ;

- le permis de construire en litige méconnaît les dispositions du PLUi relatives à l'implantation des constructions par rapport aux voies publiques ;

- le permis de construire en litige méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et les dispositions du PLUi relatives aux conditions de desserte ;

- le permis de construire en litige méconnaît les dispositions du PLUi relatives aux voiries internes ;

- sa requête ne présente pas un caractère abusif.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er mars 2022, 24 juin 2022 et 6 juin 2023, la commune de Choisey, représentée par Me Dravigny, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune soutient que la requête est irrecevable et fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 mars 2022, 9 août 2022 et 20 juin 2023, la SAS Immo Colruyt France, représentée par Me Geslain, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SAS Immo Colruyt France soutient que la requête est irrecevable et fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par un mémoire distinct, enregistré le 30 juin 2023 la SAS Immo Colruyt France, représentée par Me Geslain, demande la condamnation de M. A à lui verser la somme de 633 205,47 euros ainsi que la somme de 19 456,51 euros chaque mois à compter de la date de son mémoire et jusqu'à ce que le jugement à intervenir devienne définitif, en raison des préjudices qu'elle estime avoir subis.

La SAS Immo Colruyt France soutient que :

- la requête est irrecevable et de ce fait traduit un comportement abusif de la part du requérant qui cherche uniquement à retarder la réalisation du projet ;

- elle a subi un préjudice qui peut être évalué et indemnisé aux sommes de 244 312 euros pour recours abusif, 47 779,73 euros au titre de l'année 2021, 224 374,68 euros au titre de l'année 2022, 116 739,06 euros au titre de l'année 2023 et 19 456,51 euros chaque mois à compter du 1er juillet 2023 et jusqu'à ce que le jugement à intervenir devienne définitif.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Seytel,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Calvo, substituant Me Corneloup, pour M. A, de Me Dravigny pour la commune de Choisey et de Me Geslain pour la SAS Immo Colruyt France.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 9 août 2021, la maire de la commune de Choisey a délivré à la SAS Immo Colruyt France un permis de construire un siège social. Par un courrier du 7 octobre 2021, notifié le 11 octobre suivant, M. A a formé un recours gracieux contre cet arrêté, que la maire de la commune de Choisey a rejeté par une décision 29 octobre 2021. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.

4. M. A fait valoir que le bien qu'il occupe est situé à proximité de la route départementale 321, l'une des principales voies concernées par l'augmentation du trafic qui va être générée par l'activité de la construction projetée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le projet en litige est éloigné de la route départementale 321 et n'aura qu'une incidence limitée sur son trafic routier. De plus, le bien occupé par le requérant n'est pas directement desservi par la route départementale 321. En tout état de cause, ce bien est lui-même éloigné à plus d'un kilomètre de la construction envisagée. Dès lors et au regard notamment des distances qui séparent le bien occupé par M. A du projet en litige et de la route départementale 321, le requérant n'apporte pas d'éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que le permis de construire en litige porte atteinte aux conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'il occupe. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir de M. A, opposée par la commune de Choisey et la SAS Immo Colruyt France doit être accueillie.

5. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.

Sur la demande reconventionnelle présentée par la SAS Immo Colruyt France :

6. Aux termes de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts. La demande peut être présentée pour la première fois en appel ".

7. La SAS Immo Colruyt France fait valoir que la requête de M. A l'a conduite à retarder les travaux de son siège social jusqu'au prononcé du présent jugement. Elle aurait également été contrainte de louer des bâtiments modulaires sur le terrain d'assiette du projet et de verser des dommages et intérêts en application de l'acte de vente qu'elle a conclu le 16 décembre 2021. Toutefois, il résulte de l'instruction que la location des bâtiments modulaires a débuté avant la date d'enregistrement de la requête et devait perdurer tout le temps des travaux. Il s'ensuit que la location des bâtiments modulaires par la SAS Immo Colruyt France ne trouve pas son origine dans le recours de M. A. Par ailleurs, la SAS Immo Colruyt France ne démontre pas qu'en exécution de l'acte de vente du 16 décembre 2021, elle a été contrainte de verser des dommages et intérêts et notamment que la procédure aboutissant au paiement de pénalités ait été mise en œuvre par le cocontractant de la SAS Immo Colruyt France.

8. Par suite, la demande indemnitaire présentée par la SAS Immo Colruyt France sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la commune de Choisey et de la SAS Immo Colruyt France qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance.

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. A les sommes de 1 500 euros à verser respectivement à la commune de Choisey et à la SAS Immo Colruyt France au titre des frais liés au litige.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la SAS Immo Colruyt France sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 3 : M. A versera une somme de 1 500 euros à la commune de Choisey ainsi qu'une somme de 1 500 euros à la SAS Immo Colruyt France au titre des frais liés au litige.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Choisey et à la SAS Immo Colruyt France.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023 à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 décembre 2023.

Le rapporteur,

J. SeytelLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°210234

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