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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200297

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200297

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200297
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJuge unique 2ème chambre
Avocat requérantLANDBECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 17 février, 14 septembre et 29 novembre 2022, M. C A, représenté par Me Landbeck, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 septembre 2021 de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) qui rejette sa demande de prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov' " ainsi que la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire du 25 décembre 2021 ;

2°) d'enjoindre à l'ANAH de lui verser la subvention sollicitée pour chacun des postes éligibles à l'octroi de la prime ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande de subvention ;

3°) de condamner l'ANAH à lui verser la somme de 7 686 euros en réparation du préjudice subi, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts à compter de la date de réception de sa demande préalable d'indemnisation ;

4°) de mettre à la charge de l'ANAH la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- l'ANAH a commis une faute en lui donnant une indication erronée, en ne lui permettant pas d'enregistrer sa seconde demande sur le système informatique et en ne traitant pas sa demande de subvention adressée par courriel, ce qui a entrainé un préjudice de 11 103 euros au titre des subventions qu'il aurait perçues s'il n'avait reçu d'informations erronées.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 20 octobre 2022, 5 et 9 juin 2023, l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) conclut au non-lieu à statuer et au rejet des conclusions indemnitaires.

L'ANAH soutient que :

- la requête a perdu son objet dès lors que le requérant s'est vu attribuer les subventions sollicitées à hauteur de 9 600 euros ;

- le requérant ne peut se prévaloir d'un quelconque préjudice dès lors qu'a été donnée une suite favorable à sa demande.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 modifié relatif à la prime de transition énergétique ;

- l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Besson, conseillère, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Besson,

- et les observations de Me Landbeck, pour M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 772-9 du code de justice administrative, après l'appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a déposé, le 31 août 2021, un dossier de demande de prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov " auprès de l'Agence nationale de l'habitat (ANAH). A la suite de difficultés informatiques rencontrées sur le site internet de l'ANAH, M. A a indiqué, par un courriel du 13 septembre 2021, annuler sa demande afin de pouvoir en déposer une nouvelle complète. Par une décision du 16 septembre 2021, M. A a été informé du rejet de sa demande de prime à la suite de son annulation. L'intéressé a alors formé un recours administratif préalable à l'encontre de cette décision par un courrier du 21 octobre 2021, reçu le 25 octobre suivant, qui a été implicitement rejeté. Par un courrier du 14 février 2022, M. A a adressé à l'ANAH une demande indemnitaire au motif qu'il a reçu des informations erronées ayant conduit au rejet de sa demande. Par une décision du 7 octobre 2022, l'ANAH a informé M. A que sa demande de prime énergétique avait été reprise et était en cours de régularisation. Puis, par une décision du 2 novembre 2022, l'ANAH a informé M. A que le montant de sa prime avait été évalué à 9 600 euros. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision du 25 décembre 2021 rejetant implicitement son recours administratif préalable ainsi que celle du 2 novembre 2022. L'intéressé demande également au tribunal de condamner l'ANAH à lui verser la somme de 7 686 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal et de leur capitalisation.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par l'ANAH :

2. Par une décision du 7 octobre 2022 qui annule et remplace la décision prise sur recours, la directrice générale de l'ANAH a informé M. A de l'ouverture d'un dossier de régularisation pour le paiement de sa prime. Par une décision du 2 novembre 2022, M. A a été informé de la réévaluation de sa prime à la suite de son recours à un montant de 9 600 euros et par une lettre du 2 juin 2023 du versement de cette prime. Dans ces conditions, l'ANAH est fondée à soutenir que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de ces décisions et tendant à ce qu'il lui soit enjoint de verser au requérant la somme de 9 600 euros sont devenues sans objet et qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

3. Toutefois, dès lors que, par ces décisions, l'ANAH n'a pas fait intégralement droit aux demandes de M. A qui estimait pouvoir prétendre à une prime d'un montant supérieur dont le reliquat est fixé dans ses dernières écritures, il n'y a lieu de statuer que sur la différence de montant entre celui accordé et celui réclamé par le requérant.

Sur le bienfondé de la requête de M. A :

4. Le recours dirigé contre la décision par laquelle la directrice de l'ANAH a rejeté un recours administratif préalable obligatoire dirigé contre une décision rejetant ou ne faisant que partiellement droit à une demande d'attribution d'un solde de prime de transition énergétique dite " MaPrimeRénov " relève du contentieux de pleine juridiction et non du contentieux de l'excès de pouvoir. Eu égard à son office dans un tel cas, il appartient au juge administratif de se prononcer non sur les éventuels vices propres de la décision attaquée mais seulement sur le droit au bénéfice de cette prime, en se plaçant à la date à laquelle il rend sa décision.

5. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée et de son insuffisance de motivation, qui sont des vices propres à la décision en litige, sont inopérants et doivent être écartés.

6. En tout état de cause, d'une part, aux termes de l'article 7 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " Dans le cadre de la gestion de la prime de transition énergétique, le directeur général de l'Agence nationale de l'habitat : / () / b) Attribue la prime de transition énergétique aux bénéficiaires mentionnés à l'article 1er du présent décret et se prononce sur le rejet des demandes de prime ; / c) Le cas échéant, décide du retrait, de l'annulation et du reversement intervenant avant ou après le versement du solde de la prime ; / () ". Par arrêté du 14 décembre 2020, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 17 décembre 2020, Mme B D a été nommée directrice générale de l'ANAH pour une période de trois ans à compter du 8 janvier 2021. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait et doit être écarté.

7. D'autre part, aux termes des dispositions de l'article L. 412-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Ainsi que le prévoit l'article L. 211-2, la décision qui rejette un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire doit être motivée ". Aux termes de l'article L. 412-7 du même code : " La décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale ". Aux termes de l'article 9 du décret du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique : " L'introduction d'un recours afférent aux décisions relatives à la prime de transition énergétique est subordonnée à l'exercice préalable d'un recours administratif auprès du directeur général de l'Agence nationale de l'habitat. / Ce recours administratif est régi par les dispositions des chapitres Ier et II du titre Ier du livre IV du code des relations entre le public et l'administration ". En l'espèce, la décision de la directrice générale de l'ANAH du 2 novembre 2022 portant acceptation du recours administratif préalable obligatoire de M. A, qui s'est substituée à la décision initiale du 16 septembre 2021 et au rejet implicite du recours administratif du 25 décembre 2021, ne constitue pas une décision rejetant un recours administratif préalable obligatoire devant obligatoirement être motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation est inopérant.

8. En second lieu, aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 : " La prime de transition énergétique prévue au II de l'article 15 de la loi du 28 décembre 2019 susvisée peut être attribuée aux propriétaires pour financer les dépenses en faveur de la rénovation énergétique de leur logement lorsqu'ils respectent les conditions suivantes : / a) Les revenus du ménage occupant le logement et dont au moins l'un des membres est propriétaire sont inférieurs ou égaux à un plafond fixé en fonction de la composition du ménage par arrêté conjoint des ministres chargés de la ville et de l'économie ; () ". Selon le I de l'article 3 du même décret : " Le montant de la prime est fixé forfaitairement par type de dépense éligible, en fonction des ressources du demandeur, des caractéristiques des dépenses éligibles et, le cas échéant, de la partie de l'immeuble ou des éléments d'équipements concernés, sous réserve de l'application des dispositions prévues au II et aux V à VII du présent article ". L'article 2 de l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique dispose : " I. - Le plafond de ressources prévu au a de l'article 1er du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 susvisé est égal à celui mentionné à l'annexe II de l'arrêté du 24 mai 2013 relatif aux plafonds de ressources applicables à certains bénéficiaires des subventions de l'Agence nationale de l'habitat. Les modalités et les conditions d'examen des ressources du ménage s'apprécient dans les conditions définies par ce même arrêté. / II. - Le montant forfaitaire mentionné à l'article 3 du décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 précité est fixé dans le tableau 1 de l'annexe 1, par type dépense éligible et en fonction des ressources du demandeur () ".

9. Il résulte de l'instruction que M. A, dont le revenu fiscal du foyer lui permet de bénéficier des financements accordés aux ménages aux ressources très modestes, s'est vu accorder par l'ANAH une prime énergétique d'un montant total de 9 600 euros, en application du tableau prévu à l'annexe 2 de l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique dans sa version en vigueur au moment de sa demande, dont le calcul prend en compte l'ensemble des postes de travaux éligibles et dont le requérant a demandé le financement. La somme versée par l'ANAH comprend à hauteur de 4 300 euros les travaux d'isolation des rampants de toiture (25 euros x 172 m²), à hauteur de 2 500 euros les travaux d'installation d'un poêle à bûches, à hauteur de 1 200 euros les travaux d'installation d'une pompe à chaleur dédiée à la production d'eau chaude sanitaire et à hauteur de 1 600 euros les travaux d'isolation thermique des parois vitrées (100 euros x 16 fenêtres). De plus, M. A n'apporte aucun élément permettant d'établir que l'ANAH aurait commis une erreur dans ces calculs et aurait fait une application inexacte des dispositions précitées en lui accordant une prime de 9 600 euros. Dès lors, l'ANAH n'a pas commis d'erreur de droit ou d'appréciation en fixant à cette somme le montant de la prime dont pouvait bénéficier le requérant. Il suit de là que le moyen doit être écarté.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 16 septembre 2021 et du 2 novembre 2022. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite, être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins de condamnation :

12. Il résulte de ce qui précède que l'ANAH n'a commis aucune erreur dans le calcul du montant de la prime versée à M. A. Il n'est, dès lors, pas fondé à réclamer la réparation d'un quelconque préjudice financier qu'il aurait subi dans le cadre de l'instruction de sa demande.

Sur les frais du litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ANAH, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. A au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 25 décembre 2021 rejetant implicitement le recours administratif préalable formé par M. A et en tant qu'elles tendent à ce qu'il soit enjoint à l'ANAH de lui verser la somme de 9 600 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Agence nationale de l'habitat.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La magistrate désignée,

M. BessonLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et économique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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