jeudi 22 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200457 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | DRAVIGNY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire complémentaire et des mémoires en réplique, enregistrés les 14 et 24 mars, 3 octobre et 3 novembre 2022, M. C A et Mme E B, représentés par Me Dravigny, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel la maire de la commune de Doucier a refusé de leur délivrer un permis de construire ainsi que la décision du 20 janvier 2022 rejetant leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la maire de la commune de Doucier de leur délivrer le permis de construire sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de leur demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Doucier une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A et Mme B soutiennent que :
- l'arrêté du 26 octobre 2021 est insuffisamment motivé ;
- il est illégal par voie de conséquence des illégalités tenant à des erreurs d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 111-3 et R. 111-14 du code de l'urbanisme et à une méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme, entachant l'avis conforme du préfet du 19 octobre 2021 ;
- il méconnaît les dispositions de l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er juillet et 20 octobre 2022 et 17 mars 2023, la commune de Doucier, représentée par Me Grillon, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que les requérants lui versent une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune de Doucier fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants, lors de l'achat de leur bien, ont renoncé à tout recours à l'encontre du vendeur ;
- les autres moyens soulevés par M. A et Mme B ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet du Jura qui n'a pas produit de mémoire.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme.
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marquesuzaa,
- les conclusions de M. D,
- les observations de Me Dravigny pour M. A et Mme B et de Me Grillon pour la commune de Doucier.
Considérant ce qui suit :
1. M. A et Mme B, propriétaires de la parcelle cadastrée section (/ANO) ZD n° 188(/ANO) située rue du Bois Joli sur la commune de Doucier, ont déposé une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle d'une surface de plancher créée de 108 m2. Par un arrêté en date du 26 octobre 2021, la maire de la commune de Doucier a refusé de leur délivrer le permis de construire sollicité. Le 8 novembre 2021, ils ont formé un recours gracieux expressément rejeté par une décision du 20 janvier 2022. Par la présente requête, M. A et Mme B demandent l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2021 et de la décision du 20 janvier 2022 rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'avis du préfet du Jura :
2. Aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; / b) Dans un périmètre où des mesures de sauvegarde prévues par le deuxième alinéa de l'article L. 424-1 peuvent être appliquées, lorsque ce périmètre a été institué à l'initiative d'une personne autre que la commune ".
3. Lorsque la délivrance d'une autorisation administrative est subordonnée à l'accord préalable d'une autre autorité, le refus d'un tel accord, qui s'impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, ne constitue pas une décision susceptible de recours. En revanche, des moyens tirés de sa régularité et de son bien-fondé peuvent, quel que soit le sens de la décision prise par l'autorité compétente pour statuer sur la demande d'autorisation, être invoqués devant le juge saisi de cette décision.
4. Le préfet du Jura, pour émettre un avis conforme négatif à la demande de M. A et Mme B, s'est fondé sur la méconnaissance par leur projet des dispositions des articles R. 111-13, L. 111-3 et R. 111-14 du code de l'urbanisme.
5. Aux termes de l'article R. 111-13 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé si, par sa situation ou son importance, il impose, soit la réalisation par la commune d'équipements publics nouveaux hors de proportion avec ses ressources actuelles, soit un surcroît important des dépenses de fonctionnement des services publics ".
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un avis du Syndicat des eaux du lac d'Ilay du 20 décembre 2021 qui révèle un état de fait antérieur, que le raccordement de 74 mètres dont se prévalent les requérants n'est pas envisageable dès lors que " l'alimentation des maisons existantes ne pourra pas supporter d'alimenter d'autres habitations " et qu'une extension du réseau, dont le coût est estimé à 68 437,20 euros, sera nécessaire. Toutefois, la commune de Doucier, en se bornant à indiquer que ce " montant est particulièrement excessif dès lors que ces travaux ne permettraient la desserte en eau potable que d'une seule maison d'habitation " n'apporte aucun élément de nature à démontrer que cette somme, certes élevée, serait hors de proportion avec ses ressources actuelles ou qu'elle conduirait à un surcroit important de ses dépenses de fonctionnement en matière de services publics. Dans ces conditions, le motif tiré de ce que le projet ne respecterait pas les dispositions citées au point 7 est illégal.
7. Toutefois, le préfet du Jura s'est également fondé, pour émettre son avis, sur deux autres motifs.
8. Aux termes de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme : " En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune ". Aux termes de l'article R. 111-14 de ce même code : " En dehors des parties urbanisées des communes, le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature, par sa localisation ou sa destination : / 1° A favoriser une urbanisation dispersée incompatible avec la vocation des espaces naturels environnants, en particulier lorsque ceux-ci sont peu équipés () ".
9. Ces dispositions interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions implantées en dehors des " parties urbanisées de la commune ", c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Par conséquent, en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues à l'article L. 111-4 du même code, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre une partie urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie urbanisée de la commune, il est notamment tenu compte de la géographie des lieux, de la desserte par des voies d'accès, du sens du développement de l'urbanisation, ainsi que de l'existence de coupures d'urbanisation, qu'elles soient naturelles ou artificielles.
10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des plans et photographies aériennes produits, que le terrain d'assiette du projet est non bâti, naturel, situé à l'opposé du sens de développement de l'urbanisation et à plusieurs centaines de mètres du centre-bourg de la commune de Doucier. Si M. A et Mme B soutiennent que la parcelle est située à quelques mètres de constructions, elle est cependant directement bordée au nord et à l'est par des parcelles non construites, naturelles et agricoles qui constituent, au demeurant, toutes des coupures d'urbanisation naturelles. En outre, il ressort de ces mêmes photographies aériennes que, si cette parcelle s'inscrit en marge d'une zone d'habitat dense, elle fait en réalité partie d'un compartiment distinct de cette zone où il n'existe qu'une urbanisation diffuse qui ne peut être regardée comme comportant un nombre et une densité significatifs de constructions. Ainsi, le secteur dans lequel se trouve la parcelle d'assiette du projet n'est pas intégré à la partie urbanisée de la commune. Dans ces conditions, le préfet du Jura a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la réalisation du projet de M. A et de Mme B était située en dehors des parties urbanisées de la commune et qu'elle favoriserait une urbanisation dispersée. Par suite, les moyens tirés d'erreurs d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 111-3 et R. 111-14 du code de l'urbanisme doivent être écartés.
11. Il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les motifs exposés au point 12 et non sur le motif énoncé au point 8. Dès lors, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'avis conforme du préfet du Jura n'est pas de nature à entraîner l'annulation des décisions attaquées.
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'arrêté du 26 octobre 2021 :
12. Il résulte des dispositions citées au point 2 que le maire a compétence liée pour refuser de délivrer une autorisation d'urbanisme en cas d'avis défavorable du préfet. Par suite, les requérants ne peuvent utilement se prévaloir des vices propres de la décision attaquée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Doucier, M. A et Mme B ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2021 et de la décision du 20 janvier 2022 rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A et Mme B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par les requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Doucier, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. A et Mme B la somme que ceux-ci réclament au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
16. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la commune de Doucier présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Doucier présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et Mme E B, à la commune de Doucier et au préfet du Jura.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.
La rapporteure,
A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,
A. PernotLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet du Jura en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme.
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026