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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200466

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200466

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantTISSERAND-MICHEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 mars 2022, M. A D, représenté par Me Suissa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 février 2022 par laquelle le maire de la commune de Pérouse a implicitement refusé de dresser un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme et de le transmettre sans délai au ministère public ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Pérouse de dresser un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Pérouse une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. D soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 480-1 et L. 610-1 du code de l'urbanisme dès lors que la surélévation de la terrasse et l'installation de brise-vues devaient être regardées comme des constructions soumises en cette qualité aux prescriptions du plan local d'urbanisme de la commune de Pérouse ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles U 7 et U 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Pérouse.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mai 2022, M. B conclut au rejet de la requête.

M. B fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, la commune de Pérouse, représentée par Me Michel, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. D lui verse une somme de 2 500 euros HT au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de Pérouse fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au préfet du Territoire de Belfort, qui n'a pas produit de mémoire.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Suissa pour M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D est propriétaire de plusieurs parcelles situées sur la commune de Pérouse. Par un courrier du 1er mars 2021, il a demandé au maire de la commune de Pérouse de dresser un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme et de le transmettre au procureur de la République, en application de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme, au motif que M. B, propriétaire de la parcelle voisine, aurait construit une terrasse et installé des brise-vues qui ne seraient pas conformes aux règles d'urbanisme applicables. Par un courrier du 12 avril 2021, le maire de la commune de Pérouse a apporté des éléments de réponse, sous réserve de vérifications nécessaires. Par un nouveau courrier du 20 décembre 2021, M. D a réitéré sa demande. Une décision implicite de rejet, dont il demande l'annulation, est née le 27 février 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D aurait demandé la communication des motifs de la décision rejetant implicitement sa demande avant l'expiration du délai de recours contentieux qui est intervenue, au plus tard, le 28 avril 2022. Dans ces conditions, il résulte des dispositions de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme inopérant.

4. En second lieu, d'abord, aux termes de l'article L. 480-1 du code de l'urbanisme : " () Lorsque l'autorité administrative et, au cas où il est compétent pour délivrer les autorisations, le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale compétent ont connaissance d'une infraction de la nature de celles que prévoient les articles L. 480-4 et L. 610-1, ils sont tenus d'en faire dresser procès-verbal () ". Aux termes de l'article L. 480-4 du même code : " Le fait d'exécuter des travaux mentionnés aux articles L. 421-1 à L. 421-5 en méconnaissance des obligations imposées par les titres Ier à VII du présent livre et les règlements pris pour leur application ou en méconnaissance des prescriptions imposées par un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou par la décision prise sur une déclaration préalable est puni d'une amende comprise entre 1 200 euros et un montant qui ne peut excéder, soit, dans le cas de construction d'une surface de plancher, une somme égale à 6 000 euros par mètre carré de surface construite, démolie ou rendue inutilisable au sens de l'article L. 430-2, soit, dans les autres cas, un montant de 300 000 euros. En cas de récidive, outre la peine d'amende ainsi définie un emprisonnement de six mois pourra être prononcé () ". Enfin, aux termes de l'article L. 610-1 du même code : " En cas d'infraction aux dispositions des plans locaux d'urbanisme, les articles L. 480-1 à L. 480-9 sont applicables, les obligations mentionnées à l'article L. 480-4 s'entendant également de celles résultant des plans locaux d'urbanisme () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le maire d'une commune, agissant au nom de l'Etat, qui a connaissance de l'existence de travaux réalisés en méconnaissance des dispositions du code de l'urbanisme, est tenu d'en dresser un procès-verbal et d'adresser une copie de ce procès-verbal au ministère public.

6. Ensuite, aux termes de l'article L. 421-5 du code de l'urbanisme : " Un décret en Conseil d'Etat arrête la liste des constructions, aménagements, installations et travaux qui, par dérogation aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4, sont dispensés de toute formalité au titre du présent code en raison : / a) De leur très faible importance ; () ". Aux termes de l'article R. 421-2 de ce code : " Sont dispensées de toute formalité au titre du présent code, en raison de leur nature ou de leur très faible importance () : / a) Les constructions nouvelles () / () / f) Les murs dont la hauteur au-dessus du sol est inférieure à deux mètres, sauf s'ils constituent des clôtures régies par l'article R. 421-12 ; g) Les clôtures, en dehors des cas prévus à l'article R. 421-12, ainsi que les clôtures nécessaires à l'activité agricole ou forestière ; () j) Les terrasses de plain-pied ; () ".

7. Enfin, aux termes de l'article U 7 du plan local d'urbanisme de la commune de Pérouse : " 7.1. La distance comptée horizontalement de tout point d'une construction au point de la limite séparative qui en est le plus rapproché doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points sans pouvoir être inférieure à 3 mètres, en secteur Ua, inférieure à 4 mètres, en secteur Ub et en secteur Ue () ". Aux termes de l'article U 11 du plan local d'urbanisme de la commune de Pérouse : " () / 11.4.1 Les clôtures sur rue ou séparatives de propriétés riveraines seront constituées par des haies végétales et/ou des palissades, des claustras, des grilles ou grillages élevés ou non sur murs bahuts. La hauteur du mur bahut ne devra pas excéder 1 mètre et la hauteur totale de la clôture ne devra pas excéder 2 mètres () ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier qu'une partie mineure de la terrasse attenante à la maison de M. B présente une hauteur au-dessus du sol de soixante centimètres. Cette partie de la terrasse ne modifie pas l'aspect architectural de la construction à laquelle elle est rattachée compte tenu de sa situation à la base de la maison, isolée de la façade principale, et de sa dimension relativement modeste. Ainsi, dans les circonstances très particulières de l'espèce, elle constitue également une terrasse de plain-pied dispensée de formalité d'urbanisme au sens du j) de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme et ne saurait être regardée comme une construction qui devrait être soumise aux prescriptions de l'article U 7 du plan local d'urbanisme de la commune de Pérouse. Par conséquent, c'est à bon droit que le maire de la commune de Pérouse a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme pour cette terrasse.

9. D'autre part, les travaux consistant à installer sur la terrasse accueillant la piscine de M. B des monolithes en béton de 2 mètres de haut et 60 centimètres de large à vocation de brises-vues ont été autorisés par un arrêté de non-opposition à déclaration préalable en date du 23 avril 2019. Ces monolithes sont espacés de plusieurs dizaines de centimètres entre eux et ne sont pas fixes. Dès lors, ils ne peuvent être assimilés à une construction qui constitue notamment un ouvrage fixe et pérenne. En outre, ces monolithes, n'étant pas joints les uns aux autres, ne forment pas une clôture. Par conséquent, ils entraient dans le champ des dispositions du f) de l'article R. 421-2 du code de l'urbanisme et non dans le champ des articles U 7 et U 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Pérouse. La pose de ces monolithes n'étant pas soumise à autorisation, la circonstance que leur nombre soit supérieur à celui indiqué dans la déclaration préalable précitée ne révélait pas l'existence d'une infraction au droit de l'urbanisme obligeant le maire à dresser un procès-verbal. Par conséquent, c'est à bon droit que le maire de la commune de Pérouse a refusé de dresser un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme pour ces monolithes.

10. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision attaquée a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 480-1 et L. 610-1 du code de l'urbanisme et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles U 7 et U 11 du règlement du plan d'urbanisme de la commune de Pérouse doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de la décision du 27 février 2022 par laquelle le maire de la commune de Pérouse a implicitement refusé de dresser un procès-verbal d'infraction doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Pérouse, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. D une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Pérouse et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : M. D versera à la commune de Pérouse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Pérouse est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à M. E B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Une copie de ce jugement sera adressée, pour information, à la commune de Pérouse et au préfet du Territoire de Belfort.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2023.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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