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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200616

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200616

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantSELARL DEVEVEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 avril 2022, la SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix, représentées par Me Devevey, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 novembre 2021 par lequel le maire de la commune de la Cluse-et-Mijoux a refusé de leur délivrer un permis de construire ainsi que la décision du 11 février 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de la Cluse-et-Mijoux de leur délivrer un certificat de permis de construire tacite ;

3°) de mettre à la charge de la commune de la Cluse-et-Mijoux une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix soutiennent que :

- elles sont titulaires d'un permis de construire tacite ;

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente dès lors que la délégation de signature n'inclut pas les refus de permis de construire ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il n'a pas été soumis au respect d'une procédure contradictoire préalable ;

- le motif tiré de ce que le projet méconnaît l'article 1AUY du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de la Cluse-et-Mijoux est illégal dès lors que le règlement autorise, pour cette zone, des constructions à usage d'activités commerciales, artisanales ou de services ;

- le motif tiré de ce que le projet méconnaît l'article 1AUY 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de la Cluse-et-Mijoux est illégal dès lors que le règlement n'impose aucune hauteur maximale ;

- le motif tiré de ce que le projet méconnaît l'article 1AUY 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de la Cluse-et-Mijoux est illégal dès lors que le nombre de places de stationnement prévu est suffisant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2024, la commune de la Cluse-et-Mijoux, représentée par Me Maurin, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que les sociétés requérantes lui versent une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune de la Cluse-et-Mijoux fait valoir que les moyens soulevés par la SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. A,

- les observations de Me Devevey pour les sociétés requérantes et de Me Suissa pour la commune de la Cluse-et-Mijoux.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix ont déposé une demande de permis de construire le 16 juin 2021 en vue de la création d'une résidence pour séniors et de surfaces artisanales et commerciales pour un total de 5 761 mètres carrés. Par un arrêté en date du 8 novembre 2021, le maire de la commune de la Cluse-et-Mijoux a refusé de leur délivrer le permis de construire sollicité. Le 10 décembre 2021, elles ont formé un recours gracieux contre cet arrêté expressément rejeté par une décision du 11 février 2022. Par la présente requête, la SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix demandent l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2021 et de la décision du 11 février 2022 rejetant leur recours gracieux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'existence d'un permis de construire tacite :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'urbanisme : " Les demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir et les déclarations préalables sont présentées et instruites dans les conditions et délais fixés par décret en Conseil d'État. / () / Aucune prolongation du délai d'instruction n'est possible en dehors des cas et conditions prévus par ce décret () ". Selon l'article L. 424-2 du même code : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction est déterminé dans les conditions suivantes : / a) Un délai de droit commun est défini par la sous-section 2 ci-dessous. En application de l'article R. 423-4, il est porté à la connaissance du demandeur par le récépissé ; / b) Le délai de droit commun est modifié dans les cas prévus par le paragraphe 1 de la sous-section 3 ci-dessous. La modification est notifiée au demandeur dans le mois qui suit le dépôt de la demande ; / c) Le délai fixé en application des a ou b est prolongé dans les cas prévus par le paragraphe 2 de la sous-section 3 ci-dessous, pour prendre en compte des obligations de procédure qui ne peuvent être connues dans le mois qui suit le dépôt de la demande ". Aux termes de l'article R. 423-23 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation, ou ses annexes ; / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de l'article R. 423-42 de ce code : " Lorsque le délai d'instruction de droit commun est modifié en application des articles R. 423-24 à R. 423-33, l'autorité compétente indique au demandeur ou à l'auteur de la déclaration, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie : / a) Le nouveau délai et, le cas échéant, son nouveau point de départ ; / b) Les motifs de la modification de délai ; / c) Lorsque le projet entre dans les cas prévus à l'article R. 424-2, qu'à l'issue du délai, le silence éventuel de l'autorité compétente vaudra refus tacite du permis ".

4. Enfin, aux termes de l'article R. 424-1 du code de l'urbanisme : " A défaut de notification d'une décision expresse dans le délai d'instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l'autorité compétente vaut, selon les cas : / () / b) Permis de construire, permis d'aménager ou permis de démolir tacite ".

5. Il résulte de ces dispositions qu'à l'expiration du délai d'instruction tel qu'il résulte de l'application des dispositions du chapitre III du titre II du livre IV du code de l'urbanisme relatives à l'instruction des déclarations préalables, des demandes de permis de construire, d'aménager ou de démolir, naît une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite. Une modification du délai d'instruction notifiée après l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-18 de ce code ou qui, bien que notifiée dans ce délai, ne serait pas motivée par l'une des hypothèses de majoration prévues aux articles R. 423-24 à R. 423-33 du même code, n'a pas pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun à l'issue duquel naît un permis tacite ou une décision de non-opposition à déclaration préalable.

6. Il ressort des pièces du dossier que la SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix ont déposé une demande de permis de construire le 16 juin 2021. Le 30 juillet 2021, le maire de la commune de la Cluse-et-Mijoux a informé les sociétés requérantes de la majoration à cinq mois du délai d'instruction en raison de la nécessité de consulter l'architecte des bâtiments de France ainsi que la commission de sécurité et d'accessibilité de l'arrondissement de Pontarlier. Toutefois, il est constant que ce courrier n'a pas été notifié à son destinataire avant l'expiration du délai d'un mois prévu à l'article R. 423-18 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions et alors même que des avis étaient nécessaires, ce courrier n'a pas eu pour effet de modifier le délai d'instruction de droit commun à l'issue duquel est né un permis de construire tacite. La SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix sont ainsi fondées à soutenir qu'à la date du 16 septembre 2021, elles étaient titulaires d'un permis de construire tacite et que l'arrêté contesté présente le caractère d'une décision de retrait du permis de construire tacitement acquis le 16 septembre 2021.

En ce qui concerne la légalité du retrait du permis de construire tacite :

7. Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ".

8. Les décisions portant retrait d'un permis de construire, lequel a le caractère d'une décision créatrice de droits, sont au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 précité du code des relations entre le public et l'administration.

9. En l'espèce, il n'est pas contesté que l'arrêté du 8 novembre 2021 n'a pas été soumis au respect d'une procédure contradictoire préalable. Ce vice a privé les sociétés requérantes d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration est fondé et doit être accueilli.

10. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

11. Il résulte de ce qui précède que la SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix sont fondées à demander l'annulation de l'arrêté du 8 novembre 2021 et de la décision du 11 février 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de l'arrêté attaqué implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, qu'un certificat de permis de construire tacite soit délivré à la SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre au maire de la commune de la Cluse-et-Mijoux de délivrer ce certificat de permis de construire tacite dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de la Cluse-et-Mijoux la somme que la SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par la commune de la Cluse-et-Mijoux soit mise à la charge de la SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix, qui ne sont pas les parties perdantes.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 novembre 2021 et la décision du 11 février 2022 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de la Cluse-et-Mijoux de délivrer un certificat de permis de construire tacite à la SCI Résidence de Joux et la SCI Bonbix dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions de la commune de la Cluse-et-Mijoux présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SCI Résidence de Joux, à la SCI Bonbix et à la commune de la Cluse-et-Mijoux.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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