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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200623

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200623

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200623
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantDIAZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2022, Mme B A épouse D, représentée par Me Diaz, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 janvier 2022 par laquelle la directrice du groupe hospitalier de la Haute-Saône a refusé de modifier le motif de la rupture de son contrat qu'elle a mentionné dans l'attestation d'employeur destinée à Pôle emploi ;

2°) d'enjoindre au groupe hospitalier de la Haute-Saône de modifier l'attestation destinée à Pôle emploi en mentionnant que le non-renouvellement a été décidé à l'initiative de l'employeur dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du groupe hospitalier de la Haute-Saône une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait dès lors qu'elle a été involontairement privée d'emploi, son contrat n'ayant pas été renouvelé par son employeur pour des raisons tenant au non-respect de l'obligation vaccinale instaurée par la loi du 5 août 2021.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le groupe hospitalier de la Haute-Saône, représenté par Me Brocheton, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que Mme A lui verse une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Le groupe hospitalier fait valoir que le moyen soulevé par Mme A n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;

- le décret n° 2020-741 du 16 juin 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. C,

- les observations de Me Diaz pour Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Par contrat à durée déterminée conclu le 14 juin 2021, le groupe hospitalier de la Haute-Saône a recruté Mme A en qualité d'adjointe administrative à compter du 1er juillet 2021 jusqu'au 30 septembre 2021. Par une décision du 15 septembre 2021, Mme A a été suspendue de ses fonctions à compter de cette même date et ce, jusqu'à ce qu'elle produise un justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination. Suite à cette suspension, son contrat est arrivé à son terme le 30 septembre 2021. Le groupe hospitalier de la Haute-Saône a alors adressé une attestation d'employeur destinée à Pôle emploi dans laquelle il a indiqué qu'il s'agissait " d'une rupture anticipée d'un contrat à durée déterminée à l'initiative du salarié ". Mme A a demandé à ce que cette mention soit modifiée. Par une décision du 15 novembre 2021, la direction des ressources humaines du groupe hospitalier de la Haute-Saône a refusé de modifier le motif de rupture retenu. Par un courrier du 23 décembre 2021, l'intéressée a formé un recours gracieux contre cette décision expressément rejeté par une décision du 4 janvier 2022. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux, qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision rejetant son recours gracieux le 4 janvier 2022 mais également la décision du 15 novembre 2021 rejetant sa demande.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " I. - Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : 1° Les personnes exerçant leur activité dans : a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique ainsi que les hôpitaux des armées mentionnés à l'article L. 6147-7 du même code () ". Aux termes de l'article 13 de cette loi : " I. - Les personnes mentionnées au I de l'article 12 établissent : 1° Satisfaire à l'obligation de vaccination en présentant le certificat de statut vaccinal prévu au second alinéa du II du même article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent 1°, peut être présenté, pour sa durée de validité, le certificat de rétablissement prévu au second alinéa du II de l'article 12. Avant la fin de validité de ce certificat, les personnes concernées présentent le justificatif prévu au premier alinéa du présent 1° / () / 2° Ne pas être soumises à cette obligation en présentant un certificat médical de contre-indication () ". Aux termes de l'article 14 de cette même loi : " () I. B. - A compter du 15 septembre 2021, les personnes mentionnées au I de l'article 12 ne peuvent plus exercer leur activité si elles n'ont pas présenté les documents mentionnés au I de l'article 13 ou, à défaut, le justificatif de l'administration des doses de vaccins requises par le décret mentionné au II de l'article 12. / Par dérogation au premier alinéa du présent B, à compter du 15 septembre 2021 et jusqu'au 15 octobre 2021 inclus, sont autorisées à exercer leur activité les personnes mentionnées au I de l'article 12 qui, dans le cadre d'un schéma vaccinal comprenant plusieurs doses, justifient de l'administration d'au moins une des doses requises par le décret mentionné au II du même article 12, sous réserve de présenter le résultat, pour sa durée de validité, de l'examen de dépistage virologique ne concluant pas à une contamination par la covid-19 prévu par le même décret () III. - Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. / La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit. / La dernière phrase du deuxième alinéa du présent III est d'ordre public. Lorsque le contrat à durée déterminée d'un agent public non titulaire est suspendu en application du premier alinéa du présent III, le contrat prend fin au terme prévu si ce dernier intervient au cours de la période de suspension ".

5. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions que l'agent public qui n'a pas satisfait à l'obligation vaccinale sans présenter un certificat médical de contre-indication est suspendu de ses fonctions et que le contrat à durée déterminée d'un agent public non titulaire suspendu prend fin au terme prévu si ce dernier intervient au cours de la période de suspension.

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire () : / () / 2° Les agents non titulaires () des établissements publics administratifs autres que ceux de l'Etat () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que le contrat de travail de Mme A n'a pas été renouvelé à son terme, alors que son contrat était suspendu, au motif qu'elle n'avait pas présenté de justificatif de vaccination ou de contre-indication à la vaccination contre la Covid-19 répondant aux conditions réglementaires. A l'expiration de ce délai, aucun renouvellement n'a été proposé par le groupe hospitalier de la Haute-Saône. A cet égard, alors même que l'administration avait l'obligation de suspendre Mme A en ce que cette dernière ne remplissait pas les conditions vaccinales pour exercer ses fonctions, l'agente dont le contrat de travail n'a pas été renouvelé se trouve ainsi involontairement privée d'emploi sans qu'y fasse obstacle son refus de vaccination. Dans ces conditions, dès lors que la rupture formelle procède d'une décision de l'employeur, la requérante doit être regardée comme ayant été involontairement privée d'emploi au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article 2 du décret du 16 juin 2020. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est fondé et doit être accueilli.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions des 15 novembre 2021 et 4 janvier 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation des décisions attaquées implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que soit délivrée à la requérante l'attestation d'employeur destinée à France Travail comportant comme motif de la rupture du contrat la fin de celui-ci. Il y a lieu d'enjoindre au groupe hospitalier de la Haute-Saône de délivrer cette attestation dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par Mme A.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme A, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que le groupe hospitalier de la Haute-Saône demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

11. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge du groupe hospitalier de la Haute-Saône une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions des 15 novembre 2021 et 4 janvier 2022 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au groupe hospitalier de la Haute-Saône de délivrer à Mme A l'attestation d'employeur destinée à France Travail comportant comme motif de la rupture du contrat la fin de celui-ci dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le groupe hospitalier de la Haute-Saône versera à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse D et au groupe hospitalier de la Haute-Saône.

Copie en sera adressée, pour information, à France Travail.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLa présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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