mardi 30 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200635 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL SAPONE & BLAESI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 avril et 26 juillet 2022, l'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) Pharmacie Passard, représentée par Me Kern, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2022 par lequel le directeur de l'agence régionale de santé de la région Bourgogne Franche-Comté a autorisé le transfert de l'officine de pharmacie exploitée par la société d'exercice libéral unipersonnelle à responsabilité limitée (SELURL) Pharmacie Grandguillaume du 36 rue de la plaine à Froideconche au 1 rue du 19 mars 1962 de la même commune ;
2°) de mettre à la charge de l'agence régionale de santé de la région Bourgogne Franche-Comté une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle dispose d'un intérêt pour agir à l'encontre de cet arrêté ;
- l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit au regard des dispositions du 1° de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique, dès lors qu'il n'examine pas la condition liée à l'accès à la nouvelle officine par des aménagements piétonniers ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions, dès lors que les aménagements piétonniers ne rendent pas aisé ou facilité l'accès à la nouvelle officine ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, dès lors que le transfert en cause compromet l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente de la commune de Froideconche.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2022, le directeur général adjoint de l'agence régionale de santé de la région Bourgogne Franche-Comté conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par l'EURL Pharmacie Passard ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 27 juin et 22 août 2022, la SELURL Pharmacie de Froideconche et la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Pharmacie de la Vallée, représentées par la SELARL Sapone-Blaesi, concluent au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 10 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles font valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que la requérante ne dispose ni de la qualité pour agir ni d'un intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2018-671 du 30 juillet 2018 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- les observations de Me Kern, pour la pharmacie Passard, et de Me Simon, pour la pharmacie de Froideconche et la pharmacie de la Vallée.
Considérant ce qui suit :
1. La SELURL Pharmacie Grandguillaume a présenté auprès de l'agence régionale de santé (ARS) de la région Bourgogne Franche-Comté une demande de transfert de son officine, déclarée complète le 26 décembre 2021, entre son local situé au 36 rue de la plaine à Froideconche et un local situé au 1 rue du 19 mars 1962 au sein de la même commune. Par un arrêté du 25 mars 2022, dont l'EURL Pharmacie Passard demande l'annulation, l'ARS a autorisé ce transfert.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1, d'une commune ou des communes mentionnées à l'article L. 5125-6-1, sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes : / 1° Les transferts et regroupements d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine. / L'approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier, de la commune ou de la commune limitrophe accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement ; / () ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 2018-671 du 30 juillet 2018 pris en application de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique : " Le "mode de transport motorisé", mentionné à l'article L. 5125-3,1° du code de la santé publique s'entend comme toute offre de transport collectif qui répond aux conditions du second alinéa. / L'offre de transport disponible permet d'assurer au moins un trajet aller-retour par jour ouvrable entre le quartier ou la commune d'origine et le lieu d'implantation envisagé par l'officine dont le transfert ou le regroupement est demandé, ou celui d'une officine existante située au maximum dans les limites des communes limitrophes. Elle assure un arrêt à proximité de l'une ou l'autre de ces officines ". Aux termes de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique : " Le caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins prévu à l'article L. 5125-3 est satisfait dès lors que les conditions cumulatives suivantes sont respectées : / 1° L'accès à la nouvelle officine est aisé ou facilité par sa visibilité, par des aménagements piétonniers, des stationnements et, le cas échéant, des dessertes par les transports en commun ; / 2° Les locaux de la nouvelle officine remplissent les conditions d'accessibilité mentionnées aux articles L. 164-1 à L. 164-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les conditions minimales d'installation prévues par décret. Ils permettent la réalisation des missions prévues à l'article L. 5125-1-1 A du présent code et ils garantissent un accès permanent du public en vue d'assurer un service de garde et d'urgence ; / 3° La nouvelle officine approvisionne la même population résidente ou une population résidente jusqu'ici non desservie ou une population résidente dont l'évolution démographique est avérée ou prévisible au regard des permis de construire délivrés pour des logements individuels ou collectifs ". Enfin, aux termes de l'article L. 5125-3-3 du même code : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 5125-3-2, le caractère optimal de la réponse aux besoins de la population résidente est apprécié au regard des seules conditions prévues aux 1° et 2° du même article dans les cas suivants : / 1° Le transfert d'une officine au sein d'un même quartier, ou au sein d'une même commune lorsqu'elle est la seule officine présente au sein de cette commune ; / 2° Le regroupement d'officines d'un même quartier au sein de ce dernier ".
3. En premier lieu, alors que l'autorisation de transfert d'une officine n'a pas à être motivée au sens de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, et qu'au demeurant l'arrêté contesté mentionne les dispositions applicables du code de la santé publique et indique que " l'ensemble des conditions énoncées aux articles L. 5125-3 à L. 5125-3-3 " de ce code est rempli, l'EURL Pharmacie Passard n'est pas fondée à soutenir que cet arrêté serait entaché d'une erreur de droit en ce qu'il ne se prononce pas sur l'existence d'aménagements piétonniers de nature à rendre aisé ou facilité l'accès à la nouvelle officine. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que les aménagements piétonniers présentaient une difficulté pouvant s'opposer à l'octroi de l'autorisation de transfert, de nature à révéler un défaut d'examen de la demande de transfert sur ce point.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la nouvelle officine, dont la visibilité et le caractère suffisant du nombre de places de stationnements ne sont pas contestés, est accessible notamment via l'avenue de la Vallée du Breuchin et la rue de la Plaine, qui comportent des trottoirs aménagés et de nombreux passages pour piétons. Dans ces conditions, alors qu'un allongement de dix minutes du trajet à pieds vers l'officine pour la plupart des résidents de la commune n'a pas d'incidence sur le caractère aisé de son accès, et alors que contrairement à ce qu'indique la pharmacie requérante, les habitations de la commune de Froideconche ne sont pas concentrées dans son centre-ville, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur d'appréciation au regard du 1° de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique doit être écarté.
5. En dernier lieu, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le transfert contesté n'est pas de nature à compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente de la commune au sens des dispositions de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées par la SELURL Pharmacie de Froideconche et la SELARL Pharmacie de la Vallée, que les conclusions à fin d'annulation de l'EURL Pharmacie Passard doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'ARS de la région Bourgogne Franche-Comté, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'EURL Pharmacie Passard demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la requérante une somme globale de 1 400 euros à verser à la SELURL Pharmacie de Froideconche et la SELARL Pharmacie de la Vallée au titre de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de l'EURL Pharmacie Passard est rejetée.
Article 2 : L'EURL Pharmacie Passard versera une somme globale de 1 400 euros à la SELURL Pharmacie de Froideconche et la SELARL Pharmacie de la Vallée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'EURL Pharmacie Passard, à l'agence régionale de santé de la région Bourgogne Franche-Comté, à la SELURL Pharmacie de Froideconche et à la SELARL Pharmacie de la Vallée.
Délibéré après l'audience du 9 avril 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Schmerber, présidente,
- Mme Diebold, première conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
C. SchmerberLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Conseil d'État — N° 516229
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de M. B... qui demandait la suspension de l'exécution de la loi du pays n° 2026-4 du 15 mai 2026 portant création du code des douanes de Polynésie française. Le requérant invoquait une atteinte grave à plusieurs libertés fondamentales, mais le juge a estimé qu'il n'apportait aucun élément caractérisant une situation d'urgence justifiant une mesure de sauvegarde à très bref délai. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, en application de la procédure simplifiée prévue à l'article L. 522-3 du même code.
01/06/2026
Conseil d'État — N° 515333
Le juge des référés du Conseil d'État a rejeté la requête de Mme A..., magistrate, qui demandait le report et l'encadrement de ses auditions par l'inspection générale de la justice (IGJ) dans le cadre d'une enquête administrative. La requérante invoquait une atteinte grave à ses droits de la défense, à sa dignité et à l'indépendance juridictionnelle. Le juge a estimé que l'audition prévue du 4 au 7 mai 2026, qui ne préjugeait pas de l'issue de l'enquête ni d'éventuelles poursuites disciplinaires, n'était pas susceptible de porter une atteinte manifestement disproportionnée à ses droits. La décision a été prise sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, la condition d'urgence n'étant pas retenue comme caractérisant une illégalité grave.
03/05/2026
Conseil d'État — N° 509298
Le Conseil d'État rejette la requête de M. A... pour défaut d'intérêt à agir, les circonstances invoquées (qualité de citoyen, d'usager ou de professionnel) n'étant pas suffisamment directes et certaines pour contester la nomination du président du conseil d'administration de l'OFII. La portée de cette décision est de rappeler la rigueur du contrôle de l'intérêt à agir en matière de nominations aux emplois publics.
09/04/2026
Conseil d'État — N° 507528
Le Conseil d'État refuse d'admettre le pourvoi de La Poste contre l'ordonnance ayant suspendu la révocation de M. B..., estimant qu'aucun moyen sérieux n'est soulevé.
09/04/2026