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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200647

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200647

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200647
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantLANDBECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 13 avril 2022 et 7 avril 2023, M. A C, représenté par Me Landbeck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2022 par lequel le préfet du Doubs a autorisé la création de l'association syndicale autorisée (ASA) dite " Fontaine du Plane " sur le territoire des communes de Les Combes et Morteau ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 11 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 en ce qu'aucune demande de création n'a été adressée à l'autorité administrative compétente ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 12 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 dès lors qu'aucune enquête environnementale n'a été faite alors que, dans le périmètre de l'ASA, se trouve une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) et un arrêté de protection de biotope en date du 14 janvier 2010 dit " D " ;

- il a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article 14 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 en ce qu'il n'a pas été justifié de l'acquisition d'une majorité renforcée ;

- l'objet de l'ASA ne répond pas à une mission d'intérêt général ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce que, sa parcelle n'apparaissant pas nécessaire à la satisfaction de la mission d'intérêt général de l'ASA, elle a été incluse à tort dans son périmètre.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 octobre 2022 et 15 septembre 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Le préfet du Doubs fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n° 2004-632 du 1er juillet 2004 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. B,

- les observations de Me Landbeck pour M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 22 février 2022, le préfet du Doubs a autorisé la création de l'ASA dite " Fontaine du Plane ". M. C, propriétaire d'une parcelle cadastrée inclue dans le périmètre de l'ASA, demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 11 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " Un ou plusieurs propriétaires intéressés, une collectivité territoriale ou un groupement de collectivités territoriales peuvent demander la création d'une association syndicale autorisée. / La demande est adressée à l'autorité administrative compétente dans le département où l'association a prévu d'avoir son siège. Elle est accompagnée d'un projet de statuts conforme aux dispositions du second alinéa de l'article 7. / En outre, l'autorité administrative peut prendre l'initiative de la création d'une association syndicale autorisée ".

3. A supposer même qu'aucune demande de création n'ait été adressée à l'autorité administrative compétente, celle-ci peut, en tout état de cause, prendre d'elle-même l'initiative de la création d'une association syndicale autorisée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 11 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 12 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " L'autorité administrative soumet à une enquête publique réalisée conformément à l'alinéa 2 de l'article L. 110-1 du code de l'expropriation pour cause d'utilité publique le projet de statuts de l'association syndicale autorisée. / Toutefois, lorsqu'en raison de leur nature, de leur consistance ou de leur localisation, les ouvrages ou les travaux envisagés sont susceptibles d'affecter l'environnement, ou lorsque les missions de l'association concernent des installations, ouvrages, travaux ou activités prévus à l'article L. 214-1 du code de l'environnement, il est procédé à cette enquête conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du même code. / L'acte ordonnant l'ouverture de l'enquête est notifié à chaque propriétaire d'un immeuble susceptible d'être inclus dans le périmètre de la future association ".

5. Il est constant que, dans le périmètre de l'ASA, se situe une ZNIEFF et un arrêté de protection de biotope en date du 14 janvier 2010 dit " D ". Toutefois, il ressort des pièces du dossier que seuls des travaux de remise en état de pistes de débardage sont prévus dans le périmètre de la ZNIEFF et que ces travaux sont situés au minimum à 200 mètres de la zone couverte par l'arrêté précité. En outre, aucun élément de nature à justifier leur impact concret sur l'environnement n'a été produit. Dans ces conditions, les travaux envisagés ne peuvent être regardés comme susceptibles d'affecter notablement l'environnement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 12 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 14 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " La création de l'association syndicale peut être autorisée par l'autorité administrative lorsque la majorité des propriétaires représentant au moins les deux tiers de la superficie des propriétés ou les deux tiers des propriétaires représentant plus de la moitié de la superficie des propriétés se sont prononcés favorablement ".

7. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la délibération adoptée le 27 novembre 2022, que, lors de l'assemblée constitutive de l'ASA de " Fontaine du Plane ", 71 votes favorables à la création de l'ASA ont été décomptés, soit 81,61 % des propriétaires représentant 88,31 % de la superficie des propriétés. Dans ces conditions, la majorité des propriétaires représentant au moins les deux tiers de la superficie des propriétés ainsi que les deux tiers des propriétaires représentant plus de la moitié de la superficie des propriétés se sont prononcés favorablement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 14 de l'ordonnance du 1er juillet 2004 doit être écarté.

8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 1er juillet 2004 relative aux associations syndicales de propriétaires : " Peuvent faire l'objet d'une association syndicale de propriétaires la construction, l'entretien ou la gestion d'ouvrages ou la réalisation de travaux, ainsi que les actions d'intérêt commun, en vue : / a) De prévenir les risques naturels ou sanitaires, les pollutions et les nuisances ; / b) De préserver, de restaurer ou d'exploiter des ressources naturelles ; / c) D'aménager ou d'entretenir des cours d'eau, lacs ou plans d'eau, voies et réseaux divers ; / d) De mettre en valeur des propriétés ".

9. Le régime des associations syndicales autorisées répond à des objectifs d'intérêt général définis à l'article 1er de l'ordonnance du 1er juillet 2004, visant à prévenir les risques naturels ou sanitaires ainsi que les pollutions et les nuisances, à préserver, restaurer ou exploiter des ressources naturelles, à aménager ou entretenir des cours d'eau, lacs ou plans d'eau, voies et réseaux divers ou à mettre en valeur des propriétés.

10. D'autre part, aux termes de l'article 4 des statuts de l'ASA de " Fontaine du Plane " : " Objet / Missions de l'association : L'association a pour objet de réaliser des travaux de création et d'amélioration de desserte forestière (y compris les équipements complémentaires tels que places de dépôts, assainissement, () en tenant compte des impératifs techniques de débardage et d'exploitation forestière. / Rentrent dans l'objet, l'exécution de travaux de grosses réparation, d'amélioration ou d'extension qui pourraient être ultérieurement reconnus utiles aux aménagements projetés. A titre ponctuel et marginal, l'association pourra accomplir certaines activités accessoires contribuant à l'accomplissement de son objet principal ou qui en sont le complément naturel (entretien des dessertes et équipements existants sur son périmètre avant sa création) ".

11. Si M. C soutient que la mission de l'ASA de " Fontaine du Plane " répond au seul intérêt des membres exploitants forestiers, il ressort de l'article 4 des statuts de l'ASA qu'elle a pour objectif la réalisation de travaux de création et d'amélioration de dessertes forestières. Ces travaux, s'il est vrai qu'ils présentent, de par leur objet, un intérêt économique pour les exploitants forestiers, participent plus largement à la préservation, la restauration, l'exploitation des ressources naturelles, à l'entretien de voies diverses ainsi qu'à la mise en valeur de la propriété, qui constituent des objectifs d'intérêt général au sens des dispositions de l'article 1er de l'ordonnance du 1er juillet 2004. Dans ces conditions, l'ASA doit être regardée comme répondant à une mission d'intérêt général. Par suite, ce moyen doit être écarté.

12. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'une route forestière existe déjà au niveau de la parcelle de M. C. Cependant, il n'est pas contesté que la piste actuelle auquel fait référence l'intéressé ne permet pas de desservir plusieurs parcelles eu égard à sa configuration, laquelle présente une forte pente, des cassures entre replat et pente et un tournant serré. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la parcelle de l'intéressé était nécessaire à la satisfaction de la mission d'intérêt général de l'ASA. Par suite, ce moyen doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 22 février 2022 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 7 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 janvier 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme.

La greffière,

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