jeudi 16 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200656 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ROUSSEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2022 et le 30 septembre 2022, M. A C, le syndicat CGT du personnel du centre hospitalier Jura Sud et l'Union départementale de la fédération de la santé et de l'action sociale, représentés par Me Rousseau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 26 novembre 2021 par laquelle le directeur du centre hospitalier Jura Sud a suspendu M. C sans traitement de ses fonctions à compter du 1er janvier 2022 ;
2°) d'ordonner sa réintégration immédiate à son poste de travail et dans ses fonctions syndicales ainsi que le versement par le centre hospitalier Jura Sud de son traitement depuis le 1er janvier 2022 ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier Jura Sud une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Les requérants soutiennent que :
- la décision attaquée, en ce qu'elle s'apparente à une sanction disciplinaire déguisée, est entachée d'un vice de procédure substantiel en ce que M. C n'a pas été invité à consulter son dossier individuel ;
- la liberté syndicale est consacrée à tous les niveaux de la hiérarchie des normes, elle est consacrée par plusieurs normes internationales directement applicables en droit interne, elle est également garantie par les lois et règlements applicables à la fonction publique ; la liberté syndicale présente un caractère fondamental à tel point que, même exclu du service, même suspendu de ses fonctions, un agent doit pouvoir assister à toutes les réunions syndicales ;
- il ne fait aucun doute que la liberté syndicale, en tant qu'elle garantit le droit d'assister aux réunions préparatoires aux élections professionnelles ainsi que plus généralement le droit de participer à toutes les activités nécessaires à l'activité syndicale, a été violée par l'établissement employeur lorsqu'il a privé M. C de la possibilité de satisfaire aux obligations liées à ses mandats ;
- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une méconnaissance du champ d'application de la loi du 5 août 2021 dès lors que le passe sanitaire, comme pour les activités politiques, ne peut être exigé pour les activités syndicales ;
- l'atteinte à la liberté syndicale est d'autant plus illégale que l'établissement ne pouvait suspendre de ses fonctions un agent en situation de décharge totale d'activité, puisque, par définition, le cas échéant, cet agent n'a pas vocation à exercer ses fonctions dans le cadre du service hospitalier, l'agent travaillant uniquement pour le syndicat en télétravail ;
- l'hôpital prive le syndicat de ses heures syndicales et s'immisce dans son activité syndicale, il est illégal d'exclure M. C de ses activités syndicales ;
- le directeur n'est pas compétent puisque M. C travaille pour le syndicat.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er septembre 2022 et le 11 janvier 2023, le centre hospitalier Jura Sud, représenté par Me Muller-Pistré, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le centre hospitalier soutient que :
- la requête est tardive ;
- les organisations syndicales ne présentent pas d'intérêt à agir ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la fonction publique ;
- la loi n° 2021-1040 du 5 août 2021 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- et les conclusions de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, agent titulaire de la fonction publique hospitalière depuis 1999, exerce ses fonctions au sein du centre hospitalier Jura Sud et a été placé en décharge totale d'activité pour exercer ses mandats syndicaux. Par un arrêté du 26 novembre 2021, dont M. C, le syndicat CGT du personnel du centre hospitalier Jura Sud et l'union départementale de la fédération de la santé et de l'action sociale demandent l'annulation, le directeur du centre hospitalier Jura Sud a suspendu M. C de ses fonctions jusqu'à la présentation des justificatifs requis pour l'exercice de ses fonctions et a décidé que le versement de sa rémunération sera suspendu durant cette période.
Sur l'intervention :
2. Le syndicat CGT du personnel du centre hospitalier Jura Sud et l'Union départementale de la fédération de la santé et de l'action sociale qui se sont associés à la requête de M. C justifient d'un intérêt suffisant à l'annulation de la décision mentionnée au point précédent. Leur intervention est, par suite, recevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes du I de l'article 12 de la loi du 5 août 2021 relative à la gestion de la crise sanitaire : " Doivent être vaccinés, sauf contre-indication médicale reconnue, contre la covid-19 : / 1° Les personnes exerçant leur activité dans : / a) Les établissements de santé mentionnés à l'article L. 6111-1 du code de la santé publique () ". Et aux termes du III de l'article 14 de la même loi : " Lorsque l'employeur constate qu'un agent public ne peut plus exercer son activité en application du I, il l'informe sans délai des conséquences qu'emporte cette interdiction d'exercer sur son emploi ainsi que des moyens de régulariser sa situation. L'agent public qui fait l'objet d'une interdiction d'exercer peut utiliser, avec l'accord de son employeur, des jours de congés payés. A défaut, il est suspendu de ses fonctions ou de son contrat de travail. La suspension mentionnée au premier alinéa du présent III, qui s'accompagne de l'interruption du versement de la rémunération, prend fin dès que l'agent public remplit les conditions nécessaires à l'exercice de son activité prévues au I. Elle ne peut être assimilée à une période de travail effectif pour la détermination de la durée des congés payés ainsi que pour les droits acquis par l'agent public au titre de son ancienneté. Pendant cette suspension, l'agent public conserve le bénéfice des garanties de protection sociale complémentaire auxquelles il a souscrit () ".
4. En premier lieu, si l'intéressé soutient que la décision attaquée serait une sanction disciplinaire qui aurait été prise sans respecter la procédure préalable prévue par la loi du 13 juillet 1983, il ressort des termes mêmes du III de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 que la suspension de fonctions qu'elle prévoit ne peut être prononcée qu'à l'encontre d'un agent public exerçant dans un établissement de santé public, qui ne peut plus exercer son activité faute d'avoir présenté un certificat de statut vaccinal ou un justificatif de l'administration de doses de vaccin, un certificat de rétablissement en cours de validité ou un certificat médical de contre-indication à la vaccination contre la covid-19. Il ne ressort en revanche de ces dispositions ni qu'une telle suspension puisse être édictée au motif qu'un agent public aurait commis une faute grave, ni que cette mesure doive être suivie de l'engagement de poursuites disciplinaires. Aussi, contrairement à ce que soutient l'intéressé, la suspension prononcée au titre de l'article 14 de la loi du 5 août 2021 est une mesure distincte de celle prévue par les dispositions de l'article 30 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, et ne constitue pas en elle-même, eu égard à son objet, une sanction disciplinaire. Dès lors, M. C ne peut utilement se prévaloir des garanties applicables à la procédure disciplinaire, pour soutenir que la mesure de suspension édictée le 15 septembre 2021 serait illégale.
5. En deuxième lieu, l'article 12 de la loi du 5 août 2021 a défini le champ de l'obligation de vaccination contre la covid-19 en retenant, notamment, un critère géographique pour y inclure toutes les personnes exerçant leur activité dans un certain nombre d'établissements, principalement les établissements de santé et des établissements sociaux et médico-sociaux. Le législateur a ainsi entendu protéger les personnes accueillies par ces établissements qui présentent une vulnérabilité particulière au virus de la covid-19. C'est pourquoi l'obligation de vaccination concerne aussi des personnels, notamment administratifs, qui ne sont pas en contact direct avec les malades dès lors qu'ils entretiennent nécessairement, eu égard à leur lieu de travail ou leurs fonctions, des interactions avec des professionnels de santé en contact avec ces derniers. Il en va ainsi des personnels des établissements hospitaliers qui bénéficient d'une décharge, même totale, d'activité de service pour raison syndicale dès lors que ces agents entretiennent nécessairement, eu égard à leur mission ou leur lieu de travail, des interactions avec des professionnels de santé en contact avec les patients accueillis dans les établissements visés par la loi.
6. Ainsi, si M. C soutient que la décision attaquée de suspension sans traitement porte atteinte à sa liberté syndicale, n'étant plus en mesure d'exercer son mandat, et indique à cet égard qu'il exerce son activité syndicale dans les locaux syndicaux, soit en dehors de l'enceinte du centre hospitalier Jura Sud et a un recours à la visio-conférence, il n'établit pas ni même n'allègue qu'il ne sera pas amené, pour l'exercice de son activité syndicale, à fréquenter nécessairement les bureaux syndicaux du centre hospitalier, à animer des réunions ou à distribuer des tracts, à rencontrer des agents de ce centre hospitalier, syndicalistes eux-mêmes bénéficiant alors ou non de décharges partielles d'activité ou agents hospitaliers, pour y défendre leur situation, ce qui constitue d'ailleurs l'essentiel de ses missions. Il s'ensuit que, eu égard à la gravité de l'épidémie qu'a connu le territoire à la date de la décision contestée, la mesure de suspension prise par le directeur du centre hospitalier Jura Sud, lequel est seul compétent en sa qualité d'employeur de M. C, ne peut être regardée comme portant une atteinte grave et manifestement disproportionnée à l'exercice des droits syndicaux du requérant ou même aux droits de représentation du syndicat lui-même. Enfin, la décision qui concerne l'exercice des fonctions d'un agent hospitalier n'a ni pour objet ni pour effet d'empêcher M. C d'organiser des réunions syndicales ou d'y assister en dehors de l'enceinte de l'établissement.
7. En troisième lieu, dès lors que la mesure contestée est légalement fondée sur la loi du 5 août 2021, M. C ne peut utilement opposer les diverses dispositions internationales et législatives ou réglementaires de droit interne relatives à la liberté syndicale. En conséquence, le moyen tiré de l'erreur de droit et d'une méconnaissance du champ d'application de la loi du 5 août 2021 n'est pas fondé.
8. En dernier lieu, si M. C soutient que la contrainte vaccinale n'a pas été proportionnée au but poursuivi, il n'assortit pas son moyen de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions à fin d'annulation de la décision du 26 novembre 2021 ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
10. Les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C ayant été rejetées, le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre hospitalier Jura Sud, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. C la somme demandée par le centre hospitalier Jura Sud au titre de ces mêmes frais.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention du syndicat CGT du personnel du centre hospitalier Jura Sud et de l'union départementale de la fédération de la santé et de l'action sociale est admise.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier Jura Sud sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au Syndicat CGT du personnel du centre hospitalier Jura Sud, à l'Union syndicale départementale de la fédération CGT de la santé et de l'action sociale et au centre hospitalier Jura Sud.
Délibéré après l'audience du 23 février 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Grossrieder, présidente,
- Mme Guitard, première conseillère,
- M. Seytel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mars 2023.
La présidente rapporteure,
S. D
L'assesseure la plus ancienne
F. Guitard
La greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026