mardi 13 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200673 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | MOREAU -NASSAR - HAN-KWAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 avril et 2 novembre 2022, l'association One Voice, représentée par Me Moreau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022 n°39-2022-03-24-00003 par lequel le préfet du Jura a autorisé sur les territoires couverts par la Fredon du Jura une lutte collective contre les corvidés, classés animaux susceptibles d'occasionner des dégâts, dans le département du Jura ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il a été pris sans consultation préalable du public, en méconnaissance des dispositions des articles L. 123-19-1 et L. 123-19-2 du code de l'environnement ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de recueil des avis obligatoires prévu par l'article L. 427-6 du code de l'environnement ;
- il méconnaît le principe de non-rétroactivité des actes administratifs ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 252-1 du code rural et de la pêche maritime ;
- il méconnaît les dispositions de l'arrêté du 3 juillet 2019 relatives au caractère individuel des dérogations octroyées ;
- l'arrêté méconnaît l'article 9 de la directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages en ne mentionnant pas que des solutions alternatives ont été préalablement mises en œuvre ou étudiées de manière insatisfaisante ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 427-6 du code de l'environnement en autorisant le tir de corneilles noires et corbeaux freux jusqu'au 31 juillet 2022 sans autorisation individuelle ;
- l'arrêté est entaché d'un détournement de pouvoir ;
- il méconnaît les principes de précaution, de conciliation et de gestion durable, tels qu'ils sont fixés par la Charte de l'environnement et précisés par les articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 septembre 2022 et 7 mars 2023, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, notamment son article 191 ;
- la charte de l'environnement ;
- la directive 2009/147/CE du Conseil du 30 novembre 2009 concernant la conservation des oiseaux sauvages ;
- le code de l'environnement ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- l'arrêté du 3 juillet 2019 pris pour l'application de l'article R. 427-6 du code de l'environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Diebold, rapporteure,
- et les conclusions de M. Poitreau, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 3 juillet 2019, pris pour l'application de l'article R. 427-6 du code de l'environnement, le ministre de la transition écologique et solidaire a classé parmi les espèces d'animaux susceptibles d'occasionner des dégâts sur le territoire du département du Jura le corbeau freux et la corneille noire. Il a également autorisé leur destruction " à tir entre la date de clôture générale de la chasse et le 31 mars au plus tard " et la prolongation de cette période de destruction jusqu'au 10 juin " lorsque l'un au moins des intérêts mentionnés à l'article R. 427-6 du code de l'environnement est menacé entre le 31 mars et le 10 juin et jusqu'au 31 juillet pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, sur autorisation individuelle délivrée par le préfet et dès lors qu'il n'existe aucune autre solution satisfaisante ". Enfin, le ministre a précisé, notamment, que, si le " tir dans les nids de corbeaux freux ou dans les nids de corneilles noires " était " interdit ", le corbeau freux et la corneille noire pouvaient en revanche " être piégés toute l'année et en tout lieu ". Par un arrêté n°2022-03-23-002 du 24 mars 2022, le préfet du Jura a autorisé, à compter de la date dudit arrêté et jusqu'au 31 juillet 2022, et sur les territoires couverts par la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles (FREDON) du Jura, une lutte collective contre le corbeau freux et la corneille noire en identifiant en annexe les communes concernées ainsi que les exploitations agricoles ayant donné leur accord.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement : " I.- Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Les dispositions du présent article ne s'appliquent pas aux décisions qui modifient, prorogent, retirent ou abrogent les décisions mentionnées à l'alinéa précédent soumises à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. / Ne sont pas regardées comme ayant une incidence sur l'environnement les décisions qui ont sur ce dernier un effet indirect ou non significatif ". Aux termes de l'article L. 123-19-2 du code de l'environnement : " I.- Sous réserve des dispositions de l'article L. 123-19-6, le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement est applicable aux décisions individuelles des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement qui n'appartiennent pas à une catégorie de décisions pour lesquelles des dispositions législatives particulières ont prévu les cas et conditions dans lesquels elles doivent, le cas échéant en fonction de seuils et critères, être soumises à participation du public. Les décisions qui modifient, prorogent, retirent ou abrogent une décision appartenant à une telle catégorie ne sont pas non plus soumises aux dispositions du présent article ". Aux termes de l'article L. 123-19-6 du code de l'environnement : " Ne sont pas soumises à participation du public en application des articles L. 123-19-1 à L. 123-19-5 : / 1° Les décisions des autorités publiques prises conformément à une décision autre qu'une décision individuelle ou à un plan, schéma ou programme ou tout autre document de planification ayant donné lieu à participation du public, lorsque, par ses dispositions, cette décision ou ce plan, schéma, programme ou document de planification permet au public d'apprécier l'incidence sur l'environnement des décisions susceptibles d'être prises conformément à celui-ci ; / 2° Les décisions individuelles prises dans le cadre de lignes directrices par lesquelles l'autorité administrative compétente a défini des critères en vue de l'exercice du pouvoir d'appréciation dont procèdent ces décisions, sous réserve que ces lignes directrices aient été soumises à participation du public dans des conditions conformes à l'article L. 123-19-1, que leurs énonciations permettent au public d'apprécier l'incidence sur l'environnement des décisions individuelles concernées et qu'il n'y ait pas été dérogé ".
3. Il résulte de ces dispositions que les décisions administratives qui ont une incidence sur l'environnement doivent être précédées d'une consultation du public. Si la régulation de la faune sauvage prévue par l'arrêté attaqué est plus restrictive que celle prévue par l'arrêté du 30 juin 2021 n°2021-06-30-005 du préfet du Jura relatif à l'ouverture de la chasse, qui avait déjà fait l'objet d'une consultation du public du 12 au 26 juin 2021 préalablement à son édiction, la période de la chasse ouverte par l'arrêté du 30 juin 2021 courait du 12 septembre 2021 au 28 février 2022 alors que l'arrêté attaqué a été adopté le 24 mars 2022, soit lorsque l'arrêté du 30 juin 2021 avait cessé de s'appliquer. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure tenant à l'absence de mise en œuvre d'une procédure de participation du public.
4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'association One Voice est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2022.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à l'association requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1 : L'arrêté du 24 mars 2022 du préfet du Jura autorisant sur les territoires couverts par la Fredon du Jura une lutte collective contre les corvidés, classés animaux susceptibles d'occasionner des dégâts, dans le département du Jura est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à l'association One Voice une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3: Le présent jugement sera notifié à l'association One Voice et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet du Jura, à la fédération départementale du Jura et à la fédération régionale de défense contre les organismes nuisibles du Jura.
Délibéré après l'audience du 23 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- Thierry Trottier, président,
- Fabienne Guitard, première conseillère
- Natacha Diebold, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 juin 2023.
La rapporteure,
N.DieboldLe président,
T.Trottier
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026