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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200685

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200685

lundi 4 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantABDELLI - ALVES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 avril et 23 mai 2022, M. A B, représenté par Me Abdelli, D au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2022 par lequel le préfet du Doubs lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa D dans le même délai et, en toute hypothèse, de lui remettre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision de refus de délivrance de titre de séjour est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit quant au caractère authentique des documents d'état civil produits, légalisés par les services consulaires guinéens ;

- elle est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet a fait des liens conservés avec la famille restée dans le pays d'origine un critère prépondérant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour qui la fonde ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour l'exécution de laquelle elle a été prise.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 et 18 mai 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

' la loi n° 2019-222 du 23 mars 2019 de programmation 2018-2022 et de réforme pour la justice ;

- le décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015 ;

- le décret n° 2020-1370 du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- et les observations de Me Abdelli, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Le requérant, déclarant être M. A B, ressortissant de la République de Guinée né le 3 juillet 2003, est arrivé en France le 14 mai 2019, selon ses déclarations. Par une ordonnance du procureur de la République près le tribunal de grande instance de Besançon du 22 mai 2019, il a été confié provisoirement aux services de l'aide sociale à l'enfance. Le 11 juin 2021, il a présenté une D de délivrance de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 avril 2022, le préfet du Doubs a rejeté sa D, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pouvait être éloigné d'office à l'expiration de ce délai. M. B D l'annulation de ces décisions.

Sur la décision de refus de délivrance de titre de séjour :

2. Pour rejeter la D de titre de séjour de M. B sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet du Doubs s'est uniquement fondé sur le caractère frauduleux des documents d'état civil produits qui ne permettraient pas d'attester de son identité et de son âge, sans au demeurant évoquer, contrairement aux allégations du requérant, la nature des liens conservés avec sa famille restée dans son pays d'origine.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. ".

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui D la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa D : 1° les documents justifiant de son état civil ; 2° les documents justifiant de sa nationalité ; () ". L'article L. 811-2 du même code prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Ce dernier article dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Aux termes de l'article 16 de la loi du 23 mars 2019 susvisée : " () II. - Sauf engagement international contraire, tout acte public établi par une autorité étrangère et destiné à être produit en France doit être légalisé pour y produire effet. / La légalisation est la formalité par laquelle est attestée la véracité de la signature, la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu () ". Aux termes de l'article 3 du décret du 10 novembre 2020 relatif à la légalisation des actes publics établis par une autorité étrangère, entré en vigueur au 1er janvier 2021 : " I. - L'ambassadeur ou le chef de poste consulaire français peut légaliser : / 1° Les actes publics émis par les autorités de son Etat de résidence, légalisés le cas échéant par l'autorité compétente de cet Etat ; () ". Aux termes de l'article 4 du même décret : " Par dérogation au 1° du I de l'article 3, peuvent être produits en France ou devant un ambassadeur ou chef de poste consulaire français : / 1° Les actes publics émis par les autorités de l'Etat de résidence dans des conditions qui ne permettent manifestement pas à l'ambassadeur ou au chef de poste consulaire français d'en assurer la légalisation, sous réserve que ces actes aient été légalisés par l'ambassadeur ou le chef de poste consulaire de cet Etat en résidence en France. / Le ministre des affaires étrangères rend publique la liste des Etats concernés ; (). ". Ces dispositions sont applicables à la République de Guinée, dès lors que les services consulaires français dans ce pays ne procèdent plus à cette légalisation. Enfin, en application de l'article 1er du décret n° 2015-1740 du 24 décembre 2015, en cas de doute sur l'authenticité ou l'exactitude d'un acte de l'état civil étranger, l'autorité administrative saisie d'une D d'établissement ou de délivrance d'un acte ou d'un titre peut procéder ou faire fait procéder, en application de l'article 47 du code civil, aux vérifications utiles auprès de l'autorité étrangère compétente, sans toutefois y être tenue.

5. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que l'article 47 du code civil pose une présomption de validité de l'acte d'état civil établi par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays et, d'autre part, que la légalisation d'un acte d'état civil, qui permet d'attester de la véracité de la signature, de la qualité en laquelle le signataire de l'acte a agi et, le cas échéant, de l'identité du sceau ou timbre dont cet acte est revêtu, se borne à assurer la régularité formelle d'un acte. Par suite, cette légalisation ne s'oppose pas à ce que l'administration renverse la présomption de validité de l'acte et combatte sa force probante par tout moyen susceptible d'établir le caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité de l'acte en question, sans être tenue de consulter l'autorité étrangère sur son authenticité. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments versés au dossier par les parties.

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa D de délivrance de titre de séjour, M. B a notamment produit un jugement supplétif du tribunal de première instance de Kaloum tenant lieu d'acte de naissance, établi le 4 juillet 2019, et sa transcription dans les registres d'état civil de la même commune le 15 juillet 2019. Pour considérer que ces documents n'étaient pas authentiques, le préfet du Doubs s'est fondé sur leur analyse par la cellule de lutte contre la fraude documentaire interdépartementale de la police aux frontières de Pontarlier. Le rapport rédigé par ce service le 27 juillet 2021, après avoir notamment souligné l'impossibilité de procéder à un examen de l'authenticité des supports non sécurisés des documents fournis, établis sur du papier ordinaire imprimé au toner, et le caractère facilement imitable des cachets humides apposés, relève notamment que les cachets secs apposés sont pratiquement illisibles, ce qui est anormal compte tenu de la technique d'apposition, et comportent des anomalies et fautes d'orthographe. Il souligne également que le jugement supplétif supporte un timbre fiscal sur lequel apparaît l'apposition d'une partie d'un cachet humide des autorités guinéennes dont la partie manquante aurait dû se retrouver sur le support du jugement, ce qui n'est pas le cas et révèle la réutilisation du timbre fiscal. Enfin, la carte d'identité consulaire délivrée au requérant le 18 février 2021 sur la base des pièces précitées n'emporte aucune force probante quant à l'état civil qui y est indiqué. Eu égard à ce qui précède, et sans qu'y fasse obstacle la légalisation par Mme C F, juriste auprès du ministère guinéen des affaires étrangères et des Guinéens de l'étranger, ainsi que par Mme E B, chargée des affaires consulaires auprès de l'ambassade de la République de Guinée en France, le préfet du Doubs doit être regardé comme renversant la présomption de validité des documents d'état civil fournis par M. B. Ce dernier ne peut ainsi pas être regardé comme ayant produit des documents de valeur probante, de nature à justifier de son état civil et notamment de sa date de naissance. Par suite, M. B ne justifie pas avoir été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans. En conséquence, le préfet du Doubs n'a pas commis d'erreur de fait ni d'erreur de droit et n'a pas davantage commis d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la décision de refus de délivrance de titre de séjour en litige.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée M. B était présent en France depuis moins de trois ans. Il avait obtenu son certificat d'aptitude professionnelle de boulanger au mois de juin 2021 et, célibataire, sans enfant ni attache familiale en France, rien ne faisait obstacle à ce qu'il poursuive sa vie privée et familiale en République de Guinée, pays où il a passé la majeure partie de sa vie et n'établit pas ne pas disposer d'attaches. Dès lors, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, le préfet du Doubs n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de l'examen ci-avant de la légalité de la décision de refus de délivrance de titre de séjour, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français prise sur son fondement.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

9. Il résulte de l'examen ci-avant de l'obligation de quitter le territoire français, que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays à destination duquel elle pouvait être exécutée d'office.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté contesté. Ses conclusions aux fins d'injonctions et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Doubs.

Copie en sera transmise, pour information, au procureur de la République du Doubs près le tribunal judiciaire de Besançon.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- M. Charret, premier conseiller,

- Mme Guitard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 4 juillet 2022.

La rapporteure,

F. GuitardLe président,

T. Trottier

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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