lundi 4 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2200706 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | WOLDANSKI |
Vu les procédure suivantes :
I. Par une requête, enregistrée le 25 avril 2022 sous le n° 2200705, M. A D, représenté par Me Woldanski, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 février 2022, par lequel le préfet du Doubs lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire ;
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2022,
II. Par une requête, enregistrée le 25 avril 2022 sous le n° 2200706, Mme B D, représentée par Me Woldanski, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2022, par lequel le préfet du Doubs a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel elle pourrait être éloignée d'office à l'expiration de ce délai de départ volontaire ;
2°) d'enjoindre au préfet du Doubs, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne ".
Elle soutient que :
- la décision de rejet du renouvellement de son titre de séjour est illégale du fait de l'illégalité de l'arrêté pris à l'encontre de son époux ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe I de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2022.
Par un courrier du 1er juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de base légale de l'arrêté attaqué, par l'application de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un courrier du 8 juin 2022, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la substitution de base légale de l'arrêté attaqué, par l'application de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, en l'absence de tout moyen à l'appui de ces conclusions.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, de nationalité italienne, né le 1er janvier 1965 et son épouse Mme D, de nationalité marocaine, née le 1er octobre 1977, sont entrés en France le 29 août 2017 selon leurs déclarations. Par un arrêté en date du 5 novembre 2018, Mme D s'est vue délivrer un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne, renouvelé les 19 février 2019 et 11 juin 2020. Le 9 juin 2021, l'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par des arrêtés du 17 février 2022, le préfet du Doubs a rejeté cette demande et a obligé les époux D à quitter sous trente jours, le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Par les requêtes nos 2200705 et 2200706, qu'il y a lieu de joindre pour statuer par un seul jugement, M. et Mme D demandent l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant non-renouvellement des titres de séjour :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ". Aux termes de l'article R. 233-1 du même code : " () Lorsqu'il est exigé, le caractère suffisant des ressources est apprécié en tenant compte de la situation personnelle de l'intéressé. En aucun cas, le montant exigé ne peut excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active mentionné à l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles. La charge pour le système d'assistance sociale que peut constituer le ressortissant mentionné à l'article L. 233-1 est évaluée en prenant notamment en compte le montant des prestations sociales non contributives qui lui ont été accordées, la durée de ses difficultés et de son séjour. ".
3. Il résulte de ces dispositions combinées que le droit d'un citoyen de l'Union européenne de séjourner plus de trois mois en France, est subordonné à la condition qu'il exerce une activité professionnelle en France, cette notion excluant seulement les activités purement accessoires ou marginales, ou qu'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille de ressources suffisantes, sans que le montant exigé ne puisse excéder le montant forfaitaire du revenu de solidarité active calculé en fonction de la composition du foyer, et d'une assurance maladie afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. D, après avoir été employé par la société Envie du 19 juin 2018 au 29 février 2020 dans le cadre d'un contrat de travail d'insertion, a perçu des allocations d'aide au retour à l'emploi à compter du 27 mars 2020, pour une durée d'indemnisation de 471 jours. A la date de l'arrêté attaqué, le requérant ne justifiait, depuis sa précédente cessation d'activité en février 2020, que de deux contrats de mission conclus avec une société d'intérim en décembre 2021 et janvier 2022. Si le requérant fait valoir que le cancer dont était atteint son épouse a eu des répercussions sur sa situation professionnelle dès lors qu'il a été contraint de s'occuper de ses enfants à temps plein, il ressort des pièces du dossier qu'il était salarié tel qu'il a été dit précédemment entre le diagnostic de la maladie de son épouse en juillet 2019 et la fin du traitement par chimiothérapie et radiothérapie en mars 2020. Enfin, l'essentiel des ressources de M. D est constitué notamment de l'aide personnalisée au logement et des allocations familiales, prestations sociales non contributives, qui ne sauraient dès lors être prises en compte pour apprécier le caractère suffisant des ressources. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. (). ".
6. D'une part, pour rejeter la demande de renouvellement de titre de séjour déposée par Mme D, en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne, le préfet du Doubs a commis une erreur de droit en se fondant sur les dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux citoyens de l'Union européenne, alors que la demande de l'intéressée, de nationalité marocaine, relève des dispositions de l'article L. 233-2 du même code, applicables aux ressortissants de pays tiers. Toutefois, il y a lieu de substituer les dispositions de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles de l'article L. 233-1 du même code dès lors que cette substitution de base légale n'a pas eu pour effet de priver la requérante d'une garantie, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'un ou l'autre de ces deux textes et, enfin, que les parties, par une lettre du 1er juin 2022, ont été mises en mesure de produire leurs observations sur ce point.
7. D'autre part, il résulte des dispositions combinées des articles L. 233-1 et suivant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le droit du ressortissant d'un Etat tiers membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne de séjourner plus de trois mois en France, est subordonné à la condition que le citoyen de l'Union exerce une activité professionnelle en France ou qu'il dispose pour lui et pour les membres de sa famille de ressources suffisantes et d'une assurance maladie afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale. Dès lors, la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme D devait être examinée au regard de la situation personnelle de son mari sans que soit pris en compte la situation personnelle et professionnelle de la requérante notamment en ce qui concerne son état de santé. Par suite, compte tenu de ce qui a été dit au point 4, M. D ne remplissant l'une des conditions prévues aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, son épouse ne pouvait prétendre à un titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne sur le fondement de l'article L. 233-2 du même code.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
9. Si M. et Mme D soutiennent être bien intégrés en France, ils n'apportent aucun élément à l'appui de leurs allégations. Ils ne font état d'aucun élément qui ferait obstacle à ce que leurs enfants puissent poursuivre leur scolarité dans leur pays d'origine. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet du Doubs n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur la situation personnelle des requérants.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ".
11. M. et Mme D invoquent à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les mêmes moyens que ceux dirigés contre les décisions de non-renouvellement de leurs titres de séjour. Compte tenu de ce qui a été dit au point 9, les moyens ainsi invoqués doivent être écartés.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de renvoi :
12. Si M. et Mme D formulent explicitement des conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de renvoi qui leur ont été opposées, ils n'articulent aucun moyen à l'appui de ces conclusions. Celles-ci doivent donc, pour ce motif, être rejetées.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Leurs conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. et Mme D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DECIDE :
Article 1er : Les requêtes présentées par M. et Mme D sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, Mme B D et au préfet du Doubs.
Délibéré après l'audience du 14 juin 2022 à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- M. Charret, premier conseiller,
- Mme Guitard, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 202
Le rapporteur,
J. CLe président,
T. Trottier
La greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
1
Nos 2200705-2200706
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026