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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200713

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200713

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP MASSE-DESSEN, THOUVENIN, COUDRAY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une ordonnance du 12 avril 2022, le président du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Besançon, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par le syndicat national professionnel des conducteurs de trains de la CFDT (FGAAC-CFDT).

Par une requête enregistrée au tribunal administratif de Dijon le 29 mars 2022 et des mémoires enregistrés au tribunal administratif de Besançon les 27 mai 2022, 18 janvier, 28 juin et 30 août 2023, l'union fédérale des cheminots et activités complémentaires CFDT, le syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT, l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté et le syndicat national professionnel des conducteurs de trains de la CFDT (FGAAC-CFDT), représentés par la société d'avocats Thouvenin, Coudray et Grevy, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 22AP31 des 26 et 27 janvier 2022 par laquelle le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a autorisé la démarche globale de mise en concurrence des services de transports ferroviaire et son calendrier de mise en œuvre et a autorisé la présidente du conseil régional à engager toutes les phases successives nécessaires à la mise en œuvre effective de l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire sur le périmètre de la région Bourgogne Franche-Comté ;

2°) de mettre à la charge de la région Bourgogne Franche-Comté la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 4132-18 du code général des collectivités territoriales dès lors que le délai de douze jours, prévu par cette disposition n'a pas été respecté et que les éléments relatifs à l'objet de la délibération transmis aux conseillers régionaux étaient imprécis ;

- elle méconnaît l'article L. 1411-4 du code général des collectivités territoriales dès lors que le rapport de présentation prévu par cette disposition n'a pas été transmis aux conseillers régionaux préalablement à la séance ;

- elle méconnaît l'article L. 4132-13 du code général des collectivités territoriales dès lors que le quorum n'était pas respecté lors du vote et qu'il n'est pas établi que la délibération ait été prise à la majorité des suffrages exprimés ;

- elle méconnaît l'article L. 1413-1 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'elle n'a pas été précédé de la consultation de la commission consultative des services publics locaux ;

- elle méconnaît l'article 18 de la loi n°2018-515 du 27 juin 2018 dès lors qu'elle exclut, par principe, le renouvellement des conventions conclues avec la SNCF, y compris pour des conventions qui ne sont pas arrivées à échéance ;

- elle méconnaît la loi n°2018-515 du 27 juin 2018 et l'article L. 1241-7-1 du code des transports issu de cette loi dès lors qu'elle prévoit une mise en concurrence débutant dès le mois de février 2022, alors qu'elle n'aurait pu être mise en œuvre qu'à compter du 1er janvier 2024 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, ou à tout le moins d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle indique que le principe d'une mise en concurrence pour l'attribution du futur contrat d'exploitation des lignes TER de la région Bourgogne Franche-Comté présente un caractère obligatoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 2121-20 et L. 2121-27 du code des transports dès lors qu'elle a décidé d'ouvrir la totalité des lignes transport express régional à la concurrence, tout en procédant à un allotissement pouvant aboutir jusqu'à l'attribution de huit lots.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 août 2022, 24 avril et 26 juillet 2023, la région Bourgogne Franche-Comté, représentée par Me Baron, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que syndicat national professionnel des conducteurs de trains de la CFDT (FGAAC-CFDT) lui verse une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut d'intérêt à agir du syndicat national professionnel des conducteurs de trains de la CFDT (FGAAC-CFDT) ;

- les moyens tirés de l'absence de convocation de la commission consultative des services publics locaux et de la méconnaissance des articles 18 de la loi du 27 juin 2018 et L. 1241-7-1 du code des transports sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une lettre du 17 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré du défaut d'intérêt à agir de l'union fédérale des cheminots et activités complémentaires CFDT, du syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT et de l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté.

II. Par une ordonnance du 12 avril 2022, le président du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Besançon, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par L'union fédérale des cheminots et activités complémentaires UFCAC-CFDT, le syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT et l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté.

Par une requête enregistrée au tribunal administratif de Dijon le 28 mars 2022 et des mémoires enregistrés au tribunal administratif de Besançon les 27 mai 2022, 18 janvier, 28 juin et 30 août 2023, L'union fédérale des cheminots et activités complémentaires UFCAC-CFDT, le syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT et l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté, représentés par la société d'avocats Thouvenin, Coudray et Grevy, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération n° 22AP31 des 26 et 27 janvier 2022 par laquelle le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a autorisé la démarche globale de mise en concurrence des services de transports ferroviaire et son calendrier de mise en œuvre et a autorisé la présidente du conseil régional à engager toutes les phases successives nécessaires à la mise en œuvre effective de l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire sur le périmètre de la région Bourgogne Franche-Comté ;

2°) de mettre à la charge de la région Bourgogne Franche-Comté la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 4132-18 du code général des collectivités territoriales dès lors que le délai de douze jours, prévu par cette disposition n'a pas été respecté et que les éléments relatifs à l'objet de la délibération transmis aux conseillers régionaux étaient imprécis ;

- elle méconnaît l'article L. 1411-4 du code général des collectivités territoriales dès lors que le rapport de présentation prévu par cette disposition n'a pas été transmis aux conseillers régionaux préalablement à la séance ;

- elle méconnaît l'article L. 4132-13 du code général des collectivités territoriales dès lors que le quorum n'était pas respecté lors du vote et qu'il n'est pas établi que la délibération ait été prise à la majorité des suffrages exprimés ;

- elle méconnaît l'article L. 1413-1 du code général des collectivités territoriales dès lors qu'elle n'a pas été précédé de la consultation de la commission consultative des services publics locaux ;

- elle méconnaît l'article 18 de la loi n°2018-515 du 27 juin 2018 dès lors qu'elle exclut, par principe, le renouvellement des conventions conclues avec la SNCF, y compris pour des conventions qui ne sont pas arrivées à échéance ;

- elle méconnaît la loi n°2018-515 du 27 juin 2018 et l'article L. 1241-7-1 du code des transports issu de cette loi dès lors qu'elle prévoit une mise en concurrence débutant dès le mois de février 2022, alors qu'elle n'aurait pu être mise en œuvre qu'à compter du 1er janvier 2024 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, ou à tout le moins d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle indique que le principe d'une mise en concurrence pour l'attribution du futur contrat d'exploitation des lignes transport express régional de la région Bourgogne Franche-Comté présente un caractère obligatoire ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 2121-20 et L. 2121-27 du code des transports dès lors qu'elle a décidé d'ouvrir la totalité des lignes de train express régional à la concurrence, tout en procédant à un allotissement pouvant aboutir jusqu'à l'attribution de huit lots.

Par des mémoires en défense enregistrés les 3 août 2022, 24 avril et 26 juillet 2023, la région Bourgogne Franche-Comté, représentée par Me Baron, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que les requérants lui versent une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison du défaut de qualité à agir des représentants du syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT et de l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté et du défaut d'intérêt à agir de l'ensemble des organisations requérantes ;

- les moyens tirés de l'absence de convocation de la commission consultative des services publics locaux et de la méconnaissance des articles 18 de la loi du 27 juin 2018 et L. 1241-7-1 du code des transports sont inopérants ;

- les autres moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des transports ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- la loi n° 2018-515 du 27 juin 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;

- et les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération n° 22AP31 des 26 et 27 janvier 2022, le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a autorisé la démarche globale de mise en concurrence des services de transports ferroviaire, son calendrier de mise en œuvre et a autorisé la présidente du conseil régional à engager toutes les phases successives nécessaires à la mise en œuvre effective de l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire sur le périmètre de la région Bourgogne Franche-Comté. Par deux requêtes, l'union fédérale des cheminots et activités complémentaires CFDT, le syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT, l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté et le syndicat national professionnel des conducteurs de trains de la CFDT (FGAAC-CFDT) demandent au tribunal d'annuler cette délibération.

Sur la jonction :

2. Les deux requêtes suvisées ont fait l'objet d'une instruction commune, concernent les mêmes faits et présentent à juger les mêmes questions, il y a donc lieu d'y statuer par une décision conjointe.

Sur la recevabilité des deux requêtes :

3. Aux termes de l'article 4 de ses statuts, l'union fédérale des cheminots et activités complémentaires CFDT a pour rôle " D'animer l'action revendicative dans son secteur () de participer à la confrontation des revendications des différentes catégories de travailleurs () / D'assurer la représentation de la CFDT au niveau national du Groupe ferroviaire () /de mettre en place une information aux adhérent(e)s et aux militant(e)s () / de déposer les listes aux élections () / de désigner les délégué(e)s syndicaux centraux de groupe, les délégué(e)s syndicaux centraux, () / de favoriser, d'organiser et de coordonner le développement de la CFDT () / de participer à la structuration de la CFDT de son champ en liaison avec la FGTE-CFDT () / de se donner les structures adaptées à sa situation () / négocie et signe les conventions et accords de branche () ". Aux termes de l'article 4 de ses statuts, le syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT a pour but : " de regrouper les salariés du secteur d'activité (), en vue d'assurer la défense individuelle et collective de leurs intérêts professionnels, économiques, et sociaux () / de participer à l'élaboration des orientations et positions concernant l'action professionnelle et interprofessionnelle dans le cadre des unions de syndicats aux plans professionnels et interprofessionnels ; d'élaborer les revendications (), de conduire et soutenir l'action, de négocier et signer les conventions et accords collectifs () / de désigner () ses représentants () / de représenter les salariés auprès des pouvoirs publics, du patronat et institutions diverses () ". Aux termes de l'article 4 de ses statuts, l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté a pour but : " de coordonner la politique définie par les sections syndicales dans le cadre de la défense de leurs intérêts professionnels, économiques et sociaux () / de créer des conditions de nature à faire aboutir les revendications professionnelles () / de développer dans la plus large mesure le mouvement syndical dans l'intérêt général des salariés () / d'assurer (à ses sections syndicales) tous les services généraux et particuliers dont les circonstances démontrent l'utilité () / ". Aux termes de l'article 2 de ses statuts, le syndicat national professionnel des conducteurs de trains de la CFDT (FGAAC-CFDT) a pour objet : " Étudier et assurer la défense des intérêts professionnels et moraux des personnels () / Intervenir auprès des Pouvoirs Publics, des dirigeants des entreprises de la branche ferroviaire et de leurs représentants patronaux, de toute entreprise liée au monde ferroviaire pour l'aboutissement de leurs revendications. / représenter les cheminots en général, les personnels () en particulier là où leurs intérêts sont évoqués. ".

4. Par la délibération attaquée n° 22AP31 des 26 et 27 janvier 2022, le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté a autorisé la démarche globale de mise en concurrence des services de transports ferroviaire et son calendrier de mise en œuvre et a autorisé la présidente du conseil régional à engager toutes les phases successives nécessaires à la mise en œuvre effective de l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire sur le périmètre de la région Bourgogne Franche-Comté. En l'état, cette délibération se rapporte à l'organisation et à l'exécution du service de transport ferroviaire, sans porter atteinte aux droits et prérogatives des personnels affectés à ce service ni affecter leurs conditions d'emploi et de travail. Dans ces conditions, la délibération attaquée ne porte, par elle-même, aucune atteinte aux intérêts défendus par les organisations requérantes.

5. Il résulte de ce qui précède que les organisations requérantes ne justifient pas d'un intérêt suffisant pour contester la légalité de la délibération n° 22AP31 des 26 et 27 janvier 2022 adoptée par le conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. Leurs requêtes sont ainsi irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la région Bourgogne Franche-Comté, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la région Bourgogne Franche-Comté et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de l'union fédérale des cheminots et activités complémentaires CFDT, du syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT, de l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté et du syndicat national professionnel des conducteurs de trains de la CFDT (FGAAC-CFDT) sont rejetées.

Article 2 : L'union fédérale des cheminots et activités complémentaires CFDT, le syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT, l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté et le syndicat national professionnel des conducteurs de trains de la CFDT (FGAAC-CFDT) verseront à la région Bourgogne Franche-Comté la somme globale de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'union fédérale des cheminots et activités complémentaires CFDT, au syndicat national des cheminots et activités complémentaires CFDT, à l'union professionnelle régionale des cheminots CFDT de Bourgogne Franche-Comté, au syndicat national professionnel des conducteurs de trains de la CFDT (FGAAC-CFDT) et à la région Bourgogne Franche-Comté.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente ;

- M. Debat, premier conseiller ;

- Mme Goyer-Tholon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2023.

La rapporteure,

C. Goyer-Tholon

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet de région Bourgogne Franche-Comté, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°s 2200634 et 2200713

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