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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200728

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200728

vendredi 22 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200728
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERTIN BRIGITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2022, Mme B A, représentée par Me Bertin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet du Doubs a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a désigné le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui remettre un récépissé l'autorisant à travailler dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à renouveler en l'attente du réexamen du droit au séjour et sous astreinte de 50 € par jour de retard à l'expiration de ce délai ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre séjour est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour sur lequel elle se fonde.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 mai 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Trottier, président rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante bosnienne née le 18 octobre 1971, est entrée en France le 10 mars 2013 sous couvert d'un passeport biométrique. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français pour la protection des réfugiés et apatrides (OFRPA) du 7 août 2013, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 18 juin 2014. Par un arrêté du 9 octobre 2013, le préfet du Doubs l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière. Elle n'a pas exécuté cette mesure. Le 19 février 2016, l'OFRPA a rejeté la demande de réexamen de sa demande d'asile. L'intéressée a fait l'objet d'une seconde mesure d'éloignement, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, qui a été exécutée le 27 décembre 2017. Le 1er décembre 2020, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté en date du 17 février 2022, le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté du 17 février 2022 par lequel le préfet du Doubs a notamment refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est régulièrement motivé en droit par le visa de ces dispositions. Cette décision est suffisamment motivée en fait par l'indication, d'une part, que la requérante ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, intense et stable en France, que son entrée sur le territoire est récente, qu'elle n'établit pas qu'elle est dépourvue d'attaches dans son pays d'origine et que, dans ces conditions, le refus d'autoriser son séjour ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et, d'autre part, que l'examen de sa situation n'a pas fait apparaître l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels permettant son admission au séjour.

3. En deuxième lieu, la circonstance que le préfet du Doubs n'ait pas mentionné dans la décision contestée certains éléments relatifs à la situation personnelle et familiale de Mme A, notamment l'état de dépendance de son conjoint, n'est pas de nature à permettre de regarder le préfet du Doubs comme n'ayant pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est nullement justifié qu'elle aurait communiqué au préfet ces éléments.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. - 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Mme A soutient que la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale eu égard à la présence régulière en France de son époux, M. A, de nationalité bosnienne, et de l'état de dépendance dans lequel il se trouve en raison de son état de santé. Il ressort toutefois des pièces du dossier, que l'intéressée a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 9 octobre 2013, à la suite du rejet de sa demande d'asile, qu'elle n'a pas exécuté, et qu'elle a fait l'objet d'une seconde obligation de quitter le territoire français le 4 mai 2016 qui a été exécutée le 27 décembre 2017, assortie d'une interdiction de retour sur le territoire de deux ans. En outre, la requérante, qui a vécu en Bosnie-Herzégovine la majeure partie de sa vie, n'établit pas avoir noué des liens intenses et stables en France, ni en être dépourvue dans son pays d'origine, où résident la plupart de ses enfants. Enfin, la circonstance que son époux souffre de problèmes de santé n'est pas de nature à justifier que sa présence à ses côtés sur le territoire français lui serait indispensable alors qu'une infirmière se présente à son domicile tous les jours et ce trois fois par jour pour lui procurer des soins. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet du Doubs n'a pas davantage, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. La requérante n'ayant pas établi que la décision de refus de titre de séjour serait entachée d'illégalité, le moyen invoqué par la voie de l'exception à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire, tiré de l'illégalité de cette décision, doit être écarté.

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté en litige. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent par suite être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme A, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de Mme A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Doubs.

Délibéré après l'audience du 4 juillet 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- M. Charret, premier conseiller,

- Mme Guitard, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 22 juillet 2022.

La président rapporteur,

T. TrottierL'assesseur le plus ancien,

J. Charret

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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