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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200831

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200831

jeudi 23 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique 2ème chambre
Avocat requérantDE CAUMONT ERIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 13 mai et 26 août 2022, M. A B, représenté par Me De Caumont, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 14 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire ;

2°) d'annuler les décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 20 février 2019, 26 mai 2021, 28 août 2021 et 2 janvier 2022 ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de reconstituer le capital affecté à son permis de conduire à hauteur des points irrégulièrement retirés dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- les décisions de retrait de points sont entachées d'un vice de procédure tiré du défaut d'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;

- la décision d'invalidation du permis de conduire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions de retrait de points.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Le ministre soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grossrieder, présidente, pour statuer sur les litiges relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Grossrieder a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. À la suite d'infractions au code de la route commises les 20 février 2019, 1er mars 2019, 7 décembre 2019, 26 mai 2021, 28 août 2021 et 2 janvier 2022, le ministre de l'intérieur a respectivement retiré au capital affecté au permis de conduire de M. B un point, un point, un point, trois points, deux points et six points. Après avoir constaté que, malgré la restitution de deux points attribués les 15 septembre 2019 et 28 juin 2020, le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l'intérieur a décidé, le 14 avril 2022, d'en prononcer l'invalidation et a ordonné à l'intéressé de restituer son titre de conduite. M. B demande l'annulation de la décision du 14 avril 2022 et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 20 février 2019, 26 mai 2021, 28 août 2021 et 2 janvier 2022.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre les décisions de retrait de points :

S'agissant de la décision de retrait d'un point consécutive à l'infraction commise le 20 février 2019 :

2. Il résulte des arrêtés pris pour l'application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment de leurs dispositions codifiées à l'article A. 37-8 puis à l'article A. 37-13 de ce code, que, lorsqu'une contravention mentionnée à l'article L. 121-3 du code de la route est constatée sans interception du véhicule et à l'aide d'un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, le service verbalisateur adresse à l'intéressé un formulaire unique d'avis de contravention, qui comprend en bas de page la carte de paiement et comporte non seulement les références de l'infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l'amende forfaitaire mais aussi une information suffisante au regard des exigences résultant des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire prévue à l'article 529 du code de procédure pénale au titre d'une infraction constatée par radar automatique, il découle de cette seule constatation qu'il a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, la même constatation conduit également à regarder comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises en vertu des dispositions précitées, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

3. Il ressort des mentions portées sur le relevé d'information intégral de M. B que l'infraction commise le 20 février 2019 a été relevée par l'intermédiaire d'un radar automatique et que la contravention en résultant a été réglée par la voie d'une amende forfaitaire devenue définitive le 5 mars 2019. Par suite, M. B a nécessairement reçu, concernant cette infraction, l'avis d'information mentionné au point 2. L'intéressé, qui n'a pas produit ce dernier document, n'établit pas qu'il ne comportait pas les informations requises. Dès lors, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le requérant de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende correspondant à l'infraction susvisée, les informations requises en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 26 mai et 28 août 2021 :

4. Il résulte des dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code relatifs aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, que, lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé, à une date postérieure à celle de l'infraction, l'amende forfaitaire correspondant à celle-ci, a nécessairement reçu l'avis de contravention. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers le titulaire du permis de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

5. Il résulte de l'instruction, et en particulier des mentions du relevé d'information intégral qui ne sont pas contestées sur ce point, que les infractions commises les 26 mai et 28 août 2021, relevées par procès-verbal dématérialisé, ont donné lieu au paiement différé d'amendes forfaitaires devenues définitives respectivement les 9 juin et 13 septembre 2021. M. B, ne pouvant régler ces amendes forfaitaires sans les avis de contravention s'y rattachant, a nécessairement reçu à son domicile l'avis de contravention correspondant à chacune de ces infractions, lequel avis est établi sur un formulaire type comportant les informations requises par la loi. Dès lors, l'administration doit être regardée comme s'étant acquittée envers M. B de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement des amendes correspondant aux infractions susvisées, les informations requises en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Par suite, le moyen doit être écarté.

S'agissant de la décision de retrait de points consécutive à l'infraction commise le 2 janvier 2022 :

6. Aux termes de l'article 41-2 du code de procédure pénale, le procureur de la République, tant que l'action publique n'a pas été mise en mouvement, peut proposer, directement ou par l'intermédiaire d'un officier de police judiciaire, une composition pénale à une personne physique qui reconnaît avoir commis une infraction au code de la route. A défaut d'acceptation de la proposition ou d'exécution de la composition pénale par le contrevenant, le procureur peut reprendre l'action publique. Aux termes des articles R. 15-33-40 et R. 15-33-43 du même code, lorsque la composition pénale intervient notamment à la suite d'un délit donnant lieu au retrait des points du permis de conduire, le procès-verbal comporte une mention informant la personne de la perte de points qui résultera de l'exécution de la composition pénale, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour elle d'exercer son droit d'accès.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du relevé d'information intégral de M. B, qu'à la suite de l'infraction commise le 2 janvier 2022, le requérant a fait l'objet d'une composition pénale exécutée le 3 avril 2022 pour une infraction " d'excès de vitesse d'au moins 50 km/h ". Contrairement à ce que soutient le ministre de l'intérieur, l'avis de rétention remis au requérant à la suite de l'infraction en cause ne comporte pas l'ensemble des mentions requises en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route et le ministre ne produit ni l'avis de contravention, ni le procès-verbal d'acceptation de la proposition de composition pénale, établi avant transmission pour validation du président de grande instance, puis d'exécution par le contrevenant, sur lequel doit figurer les informations relatives au retrait de points conformément aux dispositions combinées des articles R. 15-33-40 et R. 15-33-43 du code de procédure pénale. Toutefois, compte tenu de ce qui a été dit au point 5, M. B a déjà été destinataire de l'ensemble des informations requises par les articles précités du code de la route à l'occasion des infractions similaires suffisamment récentes " d'excès de vitesse " commises les 26 mai et 28 août 2021. Dès lors, l'omission éventuelle de la délivrance des informations requises en vertu des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route pour l'infraction commise le 2 janvier 2022 n'a pu avoir pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver le requérant de la garantie instituée par la loi. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne les conclusions dirigées contre la décision du 14 avril 2022 :

8. Les différentes décisions de retrait de points attaquées n'étant pas entachées d'illégalité, ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 7, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision du 14 avril 2022 par laquelle le ministre de l'intérieur a prononcé l'invalidation de son permis de conduire serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions de retrait de points.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 14 avril 2022 et des décisions de retrait de points consécutives aux infractions commises les 20 février 2019, 26 mai 2021, 28 août 2021 et 2 janvier 2022. Sa requête doit par suite être rejetée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement de la somme que demande M. B au titre des frais qu'il a exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, au préfet du Territoire de Belfort.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 février 2023.

La magistrate désignée,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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