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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200851

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200851

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantBERTHAT - SCHIHIN - DUCHANOY - HERITIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en réplique, enregistrés les 23 mai 2022, 27 mars 2023 et 3 juillet 2023, Mme E D, M. A C, Mme B H et Mme I F, représentés par Me Tronche, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la délibération du 29 novembre 2021 par laquelle le conseil municipal de la commune d'Augisey a approuvé son plan local d'urbanisme ainsi que la décision du 17 mars 2022 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Augisey une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Les requérants soutiennent que :

- la délibération attaquée a été prise par une autorité incompétente, la compétence relative au plan local d'urbanisme ayant été transférée à la communauté de communes " Porte du Jura " ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales dès lors que les conseillers municipaux n'ont pas été informés et qu'à supposer qu'ils l'aient été, ils ne l'ont pas été dans un délai suffisant et leur information n'a pas porté sur les dernières modifications apportées ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme dès lors que le rapport de présentation est insuffisant ;

- elle est entachée d'une inexactitude matérielle des faits dès lors que, la base de données régionales des zones humides ne recensant aucune zone humide sur le territoire communal, la parcelle ZA 115ne peut en être une ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la parcelle ZA 115 est desservie par la voie publique ainsi que par l'ensemble des réseaux publics existants et qu'elle est bordée sur trois de ses côtés par des terrains bâtis.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 septembre 2022, 28 avril 2023 et 15 septembre 2023, la commune d'Augisey, représentée par Me Héritier, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que les requérants lui versent une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La commune fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un courrier du 15 mars 2024, les parties ont été invitées à présenter des observations sur la possibilité pour le tribunal de faire application des dispositions de l'article L. 600-9 du code de l'urbanisme en faisant droit au moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales.

Par un mémoire, enregistré le 18 mars 2024, la commune d'Augisey a présenté des observations.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 92-3 du 3 janvier 1992 ;

- la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. G,

- les observations de Me Tronche pour les requérants et de Me Héritier pour la commune d'Augisey.

Une note en délibéré, présentée par les requérants, a été enregistrée le 22 mars 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 29 novembre 2021, la commune d'Augisey a approuvé son plan local d'urbanisme. Le 25 janvier 2022, M. C et Mmes D, H et F ont formé un recours gracieux contre cette délibération, expressément rejeté par une décision du 17 mars 2022. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de ces deux décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, en vertu de l'article L. 5214-16 du code général des collectivités territoriales, dans sa version issue du I de l'article 136 de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, en vigueur à la date de la décision attaquée : " I. ' La communauté de communes exerce de plein droit au lieu et place des communes membres les compétences relevant de chacun des groupes suivants : / 1° Aménagement de l'espace pour la conduite d'actions d'intérêt communautaire ; schéma de cohérence territoriale et schéma de secteur ; plan local d'urbanisme, document d'urbanisme en tenant lieu et carte communale ; () ". D'autre part, aux termes de l'article 136 de la loi du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, dans sa version applicable au litige : " () / II. - La communauté de communes ou la communauté d'agglomération existant à la date de publication de la présente loi, ou celle créée ou issue d'une fusion après la date de publication de cette même loi, et qui n'est pas compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale le devient le lendemain de l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de ladite loi. Si, dans les trois mois précédant le terme du délai de trois ans mentionné précédemment, au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population s'y opposent, ce transfert de compétences n'a pas lieu () ".

3. Si les requérants soutiennent qu'en application des dispositions précitées, la communauté de communes " Porte du Jura " est devenue compétente en matière de plan local d'urbanisme, il ressort des pièces du dossier et notamment de plusieurs courriers du préfet du Jura en date des 22 juin 2017, 21 décembre 2018 et 3 septembre 2021 que les communes membres se sont toujours opposées au transfert à la communauté de communes de la compétence qui leur était attribuée en la matière. Au surplus, il ressort d'une délibération du 25 janvier 2023 de la communauté de communes " Porte du Jura " qu'elle n'avait toujours pas compétence en la matière. Dans ces conditions, la commune d'Augisey était bien compétente pour approuver par la délibération contestée son plan local d'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales : " Tout membre du conseil municipal a le droit, dans le cadre de sa fonction, d'être informé des affaires de la commune qui font l'objet d'une délibération ".

5. Il ressort des pièces du dossier et notamment d'un mail du 27 novembre 2021 que, si la délibération contestée ne fait pas mention des documents portés à la connaissance des conseillers municipaux, l'intégralité des documents constituant le plan local d'urbanisme ont été transmis par voie informatique à l'ensemble des élus. A cet égard, il résulte des dispositions précitées qu'excepté pour les communes de plus de 3 500 habitants, dont ne fait pas partie la commune d'Augisey, les dispositions législatives ne fixent aucune règle particulière pour l'information des membres du conseil municipal. Ainsi, en se bornant à soutenir que " la transmission de l'ensemble de ces pièces volumineuses, deux jours seulement avant la séance du conseil municipal, n'a pas permis aux élus de les analyser afin qu'ils délibèrent de manière éclairée ", les requérants, en l'absence d'éléments précis et circonstanciés, n'établissent pas que les conseillers municipaux d'Augisey n'ont pas disposé d'une information leur permettant d'exercer utilement leur mandat. Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les documents qui leur ont été transmis ne prenaient pas en compte les modifications issues de l'enquête publique. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme, dans sa version applicable au litige : " Le rapport de présentation explique les choix retenus pour établir le projet d'aménagement et de développement durables, les orientations d'aménagement et de programmation et le règlement. / Il s'appuie sur un diagnostic établi au regard des prévisions économiques et démographiques et des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricoles, de développement forestier, d'aménagement de l'espace, d'environnement, notamment en matière de biodiversité, d'équilibre social de l'habitat, de transports, de commerce, d'équipements et de services. / En zone de montagne, ce diagnostic est établi également au regard des besoins en matière de réhabilitation de l'immobilier de loisir et d'unités touristiques nouvelles. / Il analyse la consommation d'espaces naturels, agricoles et forestiers au cours des dix années précédant l'arrêt du projet de plan ou depuis la dernière révision du document d'urbanisme et la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Il expose les dispositions qui favorisent la densification de ces espaces ainsi que la limitation de la consommation des espaces naturels, agricoles ou forestiers. Il justifie les objectifs chiffrés de modération de la consommation de l'espace et de lutte contre l'étalement urbain compris dans le projet d'aménagement et de développement durables au regard des objectifs de consommation de l'espace fixés, le cas échéant, par le schéma de cohérence territoriale et au regard des dynamiques économiques et démographiques. / Il établit un inventaire des capacités de stationnement de véhicules motorisés, de véhicules hybrides et électriques et de vélos des parcs ouverts au public et des possibilités de mutualisation de ces capacités ".

7. Tout d'abord, si les requérants soutiennent que les données agricoles mentionnées dans le rapport de présentation sont anciennes, ils n'apportent aucun élément de nature à démontrer que les éléments qu'elles relèvent ne sont plus actuels pas plus qu'ils n'indiquent en quoi cela méconnaitrait les dispositions dont ils se prévalent. Ensuite, lorsqu'il mentionne, notamment aux pages 164, 181 et 202, les surfaces agricoles actuelles et le besoin de limiter l'enfrichement de ces espaces et fait part des objectifs et enjeux liés à la zone A tels que " protéger les exploitations existantes " et " permettre la diversification des activités des agriculteurs ", le rapport de présentation dresse un diagnostic au regard des besoins répertoriés en matière de développement économique, de surfaces et de développement agricole. En outre, ce même rapport propose une analyse de la consommation des espaces naturels, agricoles et forestiers entre 2005 et 2018, constate qu'elle a été modérée sur cette période et prévoit une densification des espaces bâtis pour limiter à l'avenir cette consommation. Il ajoute que le souhait des élus est de préserver les principales composantes de l'architecture traditionnelle sur le bâti existant et pour ce qui est du bâti nouveau, que les élus sont favorables au maintien d'une certaine homogénéité des typologies architecturales. Il propose ainsi une analyse de la capacité de densification et de mutation de l'ensemble des espaces bâtis, en tenant compte des formes urbaines et architecturales. Enfin, contrairement à ce que soutiennent les requérants, le rapport de présentation contient des prévisions démographiques qui font état d'une population de 230 habitants à l'horizon 2035. Dans ces conditions, le rapport de présentation est suffisant et conforme aux prescriptions de l'article L. 151-4 du code de l'urbanisme. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " () on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année () ".

9. Il ressort de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi sur l'eau du 3 janvier 1992 dont elles sont issues, qu'une zone humide ne peut être caractérisée, lorsque de la végétation y existe, que par la présence simultanée de sols habituellement inondés ou gorgés d'eau et, pendant au moins une partie de l'année, de plantes hygrophiles.

10. Il n'est aucunement contesté que, ainsi que le relève une étude environnementale d'octobre 2019, la parcelle ZA 115 présente " une végétation caractéristique de zone humide " en particulier dans sa partie nord. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'inexactitude matérielle des faits ne peut qu'être écarté.

11. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article R. 151-22 du code de l'urbanisme : " Les zones agricoles sont dites " zones A ". Peuvent être classés en zone agricole les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles ". Il résulte de ces dispositions qu'une " zone A " a vocation à couvrir, en cohérence avec les orientations générales et les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable, un secteur, équipé ou non, à protéger en raison du potentiel agronomique, biologique ou économique des terres agricoles.

12. D'autre part, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. Leur appréciation sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

13. Il ressort du rapport de présentation du plan local d'urbanisme de la commune d'Augisey que le conseil municipal a notamment pour objectif de ne pas impacter les espaces agricoles et les paysages en urbanisant dans l'épaisseur du village et dans les parties hautes au sein desquels ne figure pas la parcelle litigieuse. A cet égard, elle s'insère entre deux parties urbanisées distinctes dont elle constitue la séparation. En outre, ce terrain, d'une superficie totale de 8 940 mètres carrés, est entièrement enherbé, dépourvu de toute construction et s'ouvre au sud sur de vastes espaces naturels et agricoles. Il n'est pas établi ni même allégué qu'il soit dépourvu de potentiel agronomique, biologique ou économique au sens de l'article R. 151-22 précité du code de l'urbanisme alors qu'il présente une " végétation caractéristique de zone humide ". Dès lors, compte tenu de la vocation du secteur en bordure duquel cette parcelle est implantée et du parti d'urbanisme adopté par la commune, son classement en zone A n'est entaché ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ces moyens doivent être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de la délibération du 29 novembre 2021 et de la décision du 17 mars 2022 rejetant leur recours gracieux. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Augisey, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que les requérants demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

16. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge des requérants une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Augisey et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D et autres est rejetée.

Article 2 : Mme D et autres verseront à la commune d'Augisey une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune d'Augisey est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D, première dénommée pour l'ensemble des requérants et à la commune d'Augisey.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Jura en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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