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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2200885

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2200885

mercredi 21 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2200885
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 30 mai et 8 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Bocher-Allanet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2022 par laquelle le préfet du Doubs a refusé de lui délivrer un titre d'identité et de voyage en sa qualité de bénéficiaire de la protection subsidiaire ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui délivrer un titre d'identité et de voyage dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au profit de son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'incompétence ;

- les faits reprochés ne sauraient permettre de justifier un refus de délivrance d'un titre d'identité et de voyage pour des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public au sens de l'article L. 561-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il justifie d'une volonté d'insertion professionnelle en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- et les observations de Me Bocher-Allanet, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant afghan né le 3 mars 1993, a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire et dispose, à ce titre, ainsi que son épouse, d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'au 17 octobre 2013. Le 12 juillet 2021, il a sollicité la délivrance d'un titre d'identité et de voyage. Par une décision du 16 mars 2022, le préfet du Doubs lui a opposé un refus. M. A demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 561-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A moins que des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public ne s'y opposent, l'étranger titulaire d'un titre de séjour en cours de validité auquel le bénéfice de la protection subsidiaire a été accordé en application de l'article L. 512-1 qui se trouve toujours sous la protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut se voir délivrer un document de voyage dénommé " titre d'identité et de voyage " l'autorisant à voyager hors du territoire français. Ce titre permet à son titulaire de demander à se rendre dans tous les Etats, à l'exclusion de celui ou de ceux dans lesquels il est établi qu'il est exposé à l'une des atteintes graves énumérées au même article L. 512-1. ".

3. Il ressort des mentions de la décision contestée que, pour refuser à M. A, titulaire d'un titre de séjour en France en tant que bénéficiaire de la protection subsidiaire, la délivrance d'un titre d'identité et de voyage l'autorisant à voyager en dehors du territoire français, le préfet du Doubs s'est fondé sur l'existence de raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public. Il s'est pour cela référé à la condamnation de l'intéressé par les autorités danoises, en 2015, à une amende et à une interdiction du territoire d'une durée de deux ans pour des faits de travail illégal, à une condamnation à vingt jours de prison, par les mêmes autorités, en 2017, pour ne pas avoir respecté l'interdiction du territoire qui lui avait été faite, et à une fiche de mise en cause relatant que M. A a été entendu à Pau, en 2020, dans une affaire d'obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, datant de 2018. Toutefois, ces faits et le comportement d'ensemble de M. A, qui séjourne régulièrement en France avec son épouse et leurs trois enfants mineurs depuis plusieurs années et manifeste une volonté d'insertion professionnelle, ne sont pas de nature à justifier un refus de délivrance de document de voyager pour des raisons impérieuses de sécurité nationale ou d'ordre public. Par suite, la décision contestée est entachée d'erreur d'appréciation.

4. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision contestée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Le juge de l'injonction est tenu de statuer sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative en tenant compte de la situation de droit et de fait existant à la date de son jugement.

6. Le présent jugement, qui annule la décision de refus de délivrance d'un document d'identité et de voyage, implique nécessairement, eu égard au motif sur lequel il se fonde, que le préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de M. A, désormais domicilié dans le département du Haut-Rhin, délivre le titre sollicité par le requérant. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un titre d'identité et de voyage dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions tendant à ce que cette injonction soit assortie d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".

8. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bocher-Allanet, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros HT au profit de Me Bocher-Allanet, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La décision du 16 mars 2022 par laquelle le préfet du Doubs a refusé de délivrer un titre d'identité et de voyage à M. A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de délivrer à M. A un titre d'identité et de voyage dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Bocher-Allanet la somme de 900 (neuf cents) euros HT au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la contribution de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Doubs et au préfet du Haut-Rhin.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Trottier, président,

- Mme Guitard, première conseillère,

- Mme Diebold, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 décembre 2022.

La rapporteure,

F. GuitardLe président,

T. Trottier

La greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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