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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201112

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201112

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDRAVIGNY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 1er et 4 juillet 2022, Mme D C, représentée B Me Dravigny dans le dernier état de ses écritures, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 juin 2022 B lequel le préfet du Doubs lui a refusé la délivrance d'une attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a désigné le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'annuler l'arrêté du même jour B lequel le préfet du Doubs l'a assignée à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans l'attente de l'exécution de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet du Doubs, à titre principal, de lui remettre une attestation de demande d'asile ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, au profit de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- le refus de délivrance d'attestation de demande d'asile est entaché d'une insuffisance de motivation au regard des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code de justice administrative ;

- dès lors que le préfet s'est estimé en situation de compétence liée pour refuser la remise de l'attestation de demande d'asile en raison du rejet définitif d'une première demande de réexamen d'admission au statut de réfugié et n'a pas procédé à l'examen des éléments nouveaux présentés, ce refus d'attestation de demande d'asile est entaché d'erreur de droit au regard des articles L. 542-2 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit en l'absence d'examen de la situation de ses deux filles mineures au regard de leur demande d'asile ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour l'exécution de laquelle elle a été prise ;

- la décision désignant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour l'exécution de laquelle elle a été prise ;

- cette décision méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français durant trois ans est entachée d'un défaut de motivation quant à la durée retenue ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour l'exécution de laquelle elle a été prise ;

- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour l'exécution de laquelle elle a été prise.

B un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il soutient les moyens soulevés B la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Guitard, première conseillère, pour statuer en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,

- les observations de Me Dravigny, pour Mme C, qui souligne que la requérante a présenté un élément nouveau à l'appui de sa seconde demande de réexamen d'admission au statut de réfugié en faisant valoir la dont elle a fait l'objet, qui l'expose à une nouvelle en cas de retour en Côte-d'Ivoire, où est couramment pratiquée et pourrait également être exercée sur ses filles présentent avec elle en France, circonstance sur laquelle le préfet ne s'est pas prononcé ; elle précise que trois des enfants de A C demeurent en Côte-d'Ivoire, dont notamment une fille née en 2007 qui n'a pas accompagné sa mère lors de son départ de ce pays en raison de son état de santé ;

- les observations de Mme C, qui fait valoir le risque auquel elle serait exposée, ainsi que ses filles, en cas de retour en Côte-d'Ivoire ;

- et les observations de Mme , pour le préfet du Doubs, qui soutient que l'autorité préfectorale a effectivement examiné la situation de la requérante et de ses enfants avant de prendre les décisions en litige.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, ressortissante de Côte-d'Ivoire née le 1er janvier 1982, est arrivée en France durant le premier semestre 2019, selon ses déclarations, accompagnée de deux de ses enfants, et a donné naissance en France à une fille, le 20 avril 2019. Elle a présenté, pour elle et ses trois enfants, une demande d'asile qui a été rejetée en dernier lieu B la Cour nationale du droit d'asile le 31 janvier 2020. Elle a ensuite présenté, pour elle et ses trois enfants, une première demande de réexamen, rejetée en dernier lieu B la Cour nationale du droit d'asile le 4 novembre 2020 en ce qui concerne son fils et elle, et respectivement les 10 décembre 2020 et 20 janvier 2021 en ce qui concerne ses deux filles. B un arrêté du 22 février 2021, le préfet du Doubs l'a obligée à quitter le territoire français sous trente jours et a désigné la Côte-d'Ivoire comme pays de renvoi. Le recours contentieux formé contre cet arrêté a été rejeté B le président du tribunal administratif de Besançon, dont le jugement a été confirmé B la cour administrative d'appel de Nancy. Le 13 juin 2022, Mme C a souhaité présenter une seconde demande de réexamen d'admission au statut de réfugié ou de bénéficiaire de la protection subsidiaire. B un arrêté du 30 juin 2022, le préfet du Doubs lui a refusé la délivrance d'une attestation de demande d'asile, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a désigné le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ainsi qu'une mesure d'assignation à résidence durant quarante-cinq jours. Mme C demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée B la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, notamment lorsque la procédure met en péril les conditions essentielles de vie de l'intéressé () L'admission provisoire est accordée B () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme B l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué. ". Aux termes de l'article 62 du même code : " La décision d'admission provisoire est immédiatement notifiée à l'intéressé, () B () le greffier de la juridiction. Lorsque l'intéressé est présent, la décision peut être notifiée verbalement contre émargement au dossier. ". Aux termes de l'article 80 du même décret : " () l'avocat () désigné d'office () est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle () si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur le refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile et l'obligation de quitter le territoire français :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". Aux termes de l'article L. 542-2 du même code : " B dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : () 2° Lorsque le demandeur : () c) présente une nouvelle demande de réexamen après le rejet définitif d'une première demande de réexamen ; () Les dispositions du présent article s'appliquent sous réserve du respect des stipulations de l'article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951, et de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. ".

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a fait l'objet d'un premier refus d'admission au statut de réfugié ou au bénéfice de la protection subsidiaire confirmé B la Cour nationale du droit d'asile le 31 janvier 2020, et a vu sa première demande de réexamen également définitivement rejetée B une décision de cette même cour en date du 4 novembre 2020. B suite, le 13 juin 2022, lorsque Mme C a présenté une seconde demande de réexamen, son droit de se maintenir sur le territoire français avait pris fin en application des dispositions du c) du 2° de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et le préfet du Doubs pouvait légalement lui refuser la délivrance d'une attestation de demande d'asile sur le fondement de l'article L. 542-3 du même code et lui faire obligation de quitter le territoire français sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 dudit code.

7. Le préfet du Doubs a régulièrement motivé en droit son refus de remise d'une attestation de demande d'asile B le visa, dans l'arrêté en litige, des articles L. 542-2 et L. 542-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a suffisamment motivé en fait ce refus B le rappel des procédures de demande d'asile engagées B l'intéressée et les refus opposés à ses demandes.

8. Il ressort des mentions de l'arrêté en litige, qu'après avoir rappelé les circonstances de droit et de fait autorisant le refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile à Mme C, le préfet du Doubs a notamment indiqué que l'intéressée n'établit pas être soumise à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Côte-d'Ivoire. Il ne s'est ainsi pas estimé en situation de compétence liée pour refuser l'attestation de demande d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté comme non fondé.

9. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier des mentions de l'arrêté en litige faisant état de la présence en France de trois des six enfants de A C, dont deux filles, et des copies des décisions de la Cour nationale des droits d'asile prises en réponse aux demandes d'asile présentées pour ces enfants, produites B le préfet, que ce dernier n'aurait pas procédé à un examen de la situation des enfants de A C au regard des procédures d'asile les concernant avant de faire obligation à la requérante de quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de droit dirigé contre cette mesure d'éloignement doit être écarté comme non fondé.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est de nationalité ivoirienne et d'ethnie sénoufo. Elle affirme que son époux, père de ses enfants, qui demeure en Côte-d'Ivoire, est d'ethnie malinké. Il ressort également des pièces du dossier que Mme C a subi une et que sa fille aînée, née en 2000, qui vit en Côte-d'Ivoire, a également subi une durant son enfance. Mme C a fait l'objet d'une en France et ses deux filles présentes sur le territoire français à ses côtés, nées respectivement en 2011 et en 2019, n'ont pas subi une telle . Toutefois, si, malgré la répression pénale de et la politique gouvernementale de lutte contre les mutilations féminines en Côte-d'Ivoire, de telles pratiques perdurent dans ce pays, notamment chez certaines ethnies, il ne ressort pas des pièces du dossier que, depuis le décès de la belle-mère de Mme C, en 2011, le contexte familial ou social rendrait le risque pour Mme C ou ses filles encore réel et actuel, alors au demeurant que Mme C a vécu en Côte-d'Ivoire avec sa fille née en 2011, non , jusqu'en 2019, et que l'une des filles de A C, née en 2007, qui est prise en charge B des amis en Côte-d'Ivoire, n'a pas subi de . Ainsi, le préfet ne peut pas être regardé comme ayant méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

12. Il résulte de l'examen ci-avant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant l'octroi d'un délai pour l'exécuter volontairement.

Sur la décision désignant le pays de renvoi :

13. Il résulte de l'examen ci-avant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision désignant le pays à destination duquel elle peut être éloignée d'office.

14. Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

15. Il ressort des pièces du dossier que Mme C est présente en France avec trois de ses six enfants, dont deux filles nées respectivement en 2011 et 2019 et un fils né en 2013, tandis que ses trois autres enfants demeurent en Côte-d'Ivoire, dont notamment une fille née en 2007. Si la requérante soutient que le père de ses enfants, qui réside en Côte-d'Ivoire, souhaite que ses filles soient , il ressort des pièces du dossier qu'après le décès de sa belle-mère, en 2011, Mme C est restée en Côte-d'Ivoire jusqu'en 2019 avec notamment ses filles nées respectivement en 2007 et 2011, qui n'ont pas subi de . Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier qu'en désignant la Côte-d'Ivoire comme pays de renvoi, le préfet du Doubs a méconnu l'intérêt supérieur des enfants de la requérante au sens du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

16. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " et ce dernier texte énonce que " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

17. Pour les motifs énoncés aux points 11 et 15 ci-avant, en l'absence de risque actuel et personnel dans leur pays d'origine pour Mme C et ses filles, en désignant la Côte-d'Ivoire comme pays de renvoi, le préfet du Doubs n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision d'assignation à résidence :

18. Il résulte de l'examen ci-avant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision l'assignant à résidence.

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée B l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

20. Il ressort des mentions de l'arrêté en litige, que, pour fixer à trois ans la durée de l'interdiction faite à Mme C de retourner sur le territoire français, le préfet du Doubs s'est fondé sur la circonstance que si sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement le 22 février 2021, et sur le fait que sa durée de séjour en France est relativement faible et qu'elle ne dispose pas d'attaches privées et familiales fortes en France, alors que son époux et trois de ses enfants demeurent en Côte-d'Ivoire. Ainsi, le préfet a régulièrement motivé sa décision fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français faite à Mme C.

21. Il résulte de l'examen ci-avant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français.

22. D'une part, Mme C s'est vu refuser tout délai de départ volontaire pour exécuter l'obligation de quitter le territoire prise à son encontre et ne fait état d'aucune circonstance humanitaire qui aurait pu justifier que l'autorité administrative ne prononçât pas d'interdiction de retour sur le territoire français. Le préfet du Doubs n'a donc pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français. D'autre part, Mme C était présente en France depuis seulement trois ans à la date de la décision contestée, elle ne fait état d'aucune autre attache dans ce pays que ses trois enfants mineurs, tous de nationalité ivoirienne, dont le père et trois autres membres de la fratrie résident en Côte-d'Ivoire, et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français malgré une première mesure d'éloignement prise à son encontre en 2021. B suite, et alors même que la présence en France de Mme C ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet du Doubs n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à trois ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.

23. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions contestées. Ses conclusions aux fins d'injonction et de mise à la charge de l'Etat des frais exposés B elle et non compris dans les dépens doivent être rejetées B voie de conséquence.

DECIDE :

Article 1er : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au préfet du Doubs.

Rendu public B mise à disposition au greffe, le 6 juillet 2022.

La magistrate désignée,

F. GuitardLa greffière,

C. Chiappinelli

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière

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