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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201114

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201114

mercredi 31 août 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJU étrangers 6 semaines
Avocat requérantTRONCHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 1er, 8 juillet et 12 août 2022, M. B A, représenté par Me Tronche, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 juin 2022 en tant que le préfet du Doubs n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas de non-respect de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet du Doubs de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de cinq jours à compter de cette même notification ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision de non-renouvellement de son attestation de demande d'asile est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision de retrait de l'attestation de demande d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 8 juillet 2022, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Trottier, président,

- et les observations de Me Lutz, qui substitue Me Tronche, pour M. A, qui s'en rapporte à sa requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant kosovar, né le 20 janvier 1983, est entré sur le territoire français le 4 mai 2018 selon ses déclarations, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants mineurs. Ils ont déposé des demandes d'asile que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejetées par des décisions du 9 juillet 2019, confirmées par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 29 novembre 2019. Les intéressés ont sollicité un titre de séjour en tant que parents étrangers d'enfant malade. Par des arrêtés du 19 septembre 2019, le préfet du Doubs a rejeté leur demande, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de leur reconduite à la frontière. Les recours contentieux dirigés contre ces arrêtés ont été rejetés par un jugement du tribunal administratif de Besançon du 10 mars 2020 et un arrêt de la cour administrative d'appel de Nancy du 15 avril 2021. M. A n'a pas exécuté lesdits arrêtés. La demande de réexamen de la demande d'asile de M. A a été déclarée irrecevable par une décision de l'OFPRA le 18 octobre 2021, confirmée par la CNDA le 25 janvier 2022. Par un arrêté du 24 juin 2022, le préfet du Doubs n'a pas renouvelé l'attestation de demande d'asile de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision de retrait de l'attestation de demande d'asile :

2. Aux termes de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : / 1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () / b) une décision d'irrecevabilité en application du 3° de l'article L. 531-32, en dehors du cas prévu au b du 2° du présent article ; ; () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / () 3° En cas de demande de réexamen lorsque, à l'issue d'un examen préliminaire effectué selon la procédure définie à l'article L. 531-42, il apparaît que cette demande ne répond pas aux conditions prévues au même article. ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-3 du même code : " Lorsque le droit au maintien sur le territoire français a pris fin dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 ou L. 542-2, l'attestation de demande d'asile peut être refusée, retirée ou son renouvellement refusé () ".

3. Il ressort des termes de la décision en litige que le préfet du Doubs, après avoir indiqué que la demande de réexamen de la demande d'asile de M. A avait été rejetée par une décision de l'OFPRA du 18 octobre 2021, confirmée par la CNDA le 25 janvier 2022, a ensuite retracé le parcours administratif et les conditions de séjour en France du requérant, en prenant en compte les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Dès lors, il n'est pas établi que le préfet du Doubs se serait cru en situation de compétence liée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, la décision contestée a été signée par M. Philippe Portal, secrétaire général de la préfecture du Doubs, qui disposait d'une délégation de signature du préfet du Doubs, par un arrêté du 27 septembre 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, l'autorisant notamment à signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées que la décision de non-renouvellement de l'attestation de demande d'asile ne constitue pas la base légale de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de non-renouvellement de l'attestation de demande d'asile doit être écarté comme inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. A se prévaut de sa présence en France depuis quatre ans et soutient s'être engagé, depuis son arrivée, dans une démarche d'intégration, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'est entré en France, selon ses déclarations, que le 4 mai 2018, qu'il n'a été autorisé à s'y maintenir que pendant le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile et de titre de séjour et qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 19 septembre 2019. Il n'établit pas avoir perdu toute attache dans son pays d'origine, où il a passé la majeure partie de sa vie et où il pourra reconstituer sa cellule familiale, et ne démontre pas avoir noué des relations intenses et stables en France. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Le préfet du Doubs n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. A soutient craindre pour sa sécurité en cas de retour au Kosovo, un tel moyen est inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement qui n'a pas pour objet de le reconduire dans son pays d'origine. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que les demandes d'asile et de réexamen du requérant ont été rejetées par l'OFPRA et la CNDA. Les pièces produites par le requérant dans la présente instance, non authentifiées, ne sont pas suffisantes pour justifier du caractère réel, personnel et actuel des risques allégués ou, en cas de faits avérés, pour démontrer que les autorités kosovares ne seraient pas à même d'assurer sa protection. Dans ces conditions, le moyen ne peut être accueilli.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ". M. A ne démontre pas que la mère de ses enfants, dont il est séparé, serait en situation régulière en France et aurait vocation à se maintenir sur le territoire national. Par suite, la décision attaquée n'a pas pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, la situation de ses enfants en cas de retour au Kosovo, ni d'empêcher qu'ils puissent y poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, le préfet du Doubs n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

10. Il résulte de l'examen ci-avant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de l'examen ci-avant de la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A aux fins d'annulation de l'arrêté en date du 24 juin 2022, par lequel le préfet du Doubs n'a pas renouvelé son attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière, doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution au sens de l'article L. 911-2 du code de justice administrative. Les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. A au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Doubs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 août 2022.

Le président,

T. Trottier

La greffière,

C. Chiappinelli

La République mande et ordonne au préfet du Doubs en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

No 2201114

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