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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201132

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201132

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201132
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et un mémoire en réplique, enregistrés les 29 juin 2022, 22 août 2022 et 27 juin 2023, M. B C, représenté par Me Diaby, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 26 avril 2022 par laquelle le ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé contre la décision de non renouvellement de son contrat d'engagement au-delà d'une durée de six mois prise le 30 septembre 2021 ;

2°) d'enjoindre au ministre des armées de l'engager par contrat pour la période postérieure au 3 octobre 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée de vices de procédure tirés, d'une part, de l'irrégularité de la composition de la commission de recours des militaires et, d'autre part, de la consultation irrégulière de la direction des ressources humaines de l'armée de terre (DRHAT) ;

- elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire durant laquelle il aurait été mis à même de présenter ses observations ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la note n° 509655/ARM/RH-AT/EP/PRH/SOFF/NP du 3 décembre 2020 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que, par la consultation irrégulière de la DRHAT, elle fait application de cette note du 3 décembre 2020 illégale ;

- le motif sur lequel elle se fonde tiré de l'intérêt du service au regard des besoins du service manque en fait dès lors qu'elle est seulement fondée sur ses sanctions disciplinaires ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il présente toutes les garanties de bonne conduite, que sa manière de servir est irréprochable et qu'il a bénéficié de l'effacement des condamnations de son casier judiciaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 et 30 juin 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.

Le ministre fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est entré en service le 8 février 2016 au titre de la réserve opérationnelle de l'armée de terre. Par une décision du 30 septembre 2021, il a été proposé à M. C un dernier renouvellement de son contrat pour une durée de six mois à compter du 3 avril 2022 afin qu'il prépare sa reconversion avant sa radiation des contrôles. Tout en acceptant cette proposition, M. C a présenté un recours devant la commission des recours des militaires contre cette décision qui doit être regardée comme une décision de non renouvellement de son contrat au-delà d'une durée de six mois à compter du 3 avril 2022. Par une décision du 26 avril 2022, dont l'intéressé demande l'annulation, le ministre des armées a rejeté son recours administratif préalable obligatoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 15 janvier 2021, régulièrement publié au journal officiel de la République française le 19 janvier suivant, la ministre des armées a donné délégation permanente à M. A E, directeur adjoint du cabinet civil et militaire, à l'effet de signer, en son nom, tous actes, à l'exclusion des décrets, en ce qui concerne les affaires pour lesquelles délégation n'est pas donnée aux personnes mentionnées à l'article 1er du décret du 27 juillet 2005. Or il n'est ni établi ni même allégué que la ministre des armées aurait donné délégation de signature à l'un des fonctionnaires et militaires visés par ces dispositions à l'effet de signer les décisions prises sur les recours administratifs préalables obligatoires après avis de la commission des recours des militaires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 4125-5 du code de la défense : " La commission est présidée par un officier général de la 1re section en activité ou un contrôleur général des armées de la 1ère section en activité. Elle comprend en outre : / 1° Quatre officiers généraux appartenant respectivement à l'armée de terre, à la marine nationale, à l'armée de l'air et de l'espace et à la gendarmerie nationale ; / 2° Le directeur des ressources humaines du ministère de la défense ou son représentant ; / 3° Un officier général ou de rang correspondant représentant la force armée ou la formation rattachée dont relève l'intéressé ". Aux termes de l'article R. 4125-7 du même code : " La commission ne siège valablement que si cinq au moins des sept membres, dont le président ou son suppléant, sont présents. / En cas de partage égal des voix, celle du président est prépondérante ".

4. Une irrégularité affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'elle a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'elle a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il ressort des pièces du dossier que la commission des recours des militaires était composée du contrôleur général des armées qui en assurait la présidence, d'un général de division de l'armée de terre, d'un vice-amiral de la marine nationale, d'un général d'armée aérienne, d'un général de corps d'armée de la gendarmerie nationale, d'un général de division de la gendarmerie nationale, d'un commissaire en chef de 2ème classe représentant le directeur des ressources humaines du ministère des armées et d'un général de division de l'armée de terre.

6. Si cette commission était composée de huit membres au lieu de sept, cette circonstance n'a toutefois pas privé le requérant de la garantie qui s'attache seulement à la possibilité, pour l'agent, de saisir cette commission et de voir sa demande examinée par celle-ci et n'a pas davantage exercé, dans les circonstances de l'espèce, d'influence sur le sens de la décision attaquée eu égard, notamment, à la règle de partage des voix citée au point 3.

7. En troisième lieu, la substitution d'une décision prise sur recours hiérarchique à la décision initiale ne fait pas obstacle à ce que soient invoqués à l'encontre de la décision du ministre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables aux décisions antérieures qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à ces décisions, sont susceptibles d'affecter la légalité de la décision du ministre.

8. En l'espèce, à supposer que la décision du 30 septembre 2021 ait été prise de façon irrégulière sur avis conforme de la direction des ressources humaines de l'armée de terre, et ce en application de la note n° 509655/ARM/RH-AT/EP/PRH/SOFF/NP du 3 décembre 2020, ce vice propre à la décision initiale est sans incidence sur la décision contestée qui, si elle vise également ladite note, n'en tire aucune conséquence et a été prise par le ministre lui-même. Par suite, les moyens tirés de l'exception d'illégalité et de l'erreur de droit doivent être écartés.

9. En quatrième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie ni d'un droit au renouvellement de son contrat ni, à plus forte raison, d'un droit au maintien de ses clauses si l'administration envisage de procéder à son renouvellement. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler ou de proposer à l'agent, sans son accord, un nouveau contrat substantiellement différent du précédent, que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent. Dès lors qu'elles sont de nature à caractériser un intérêt du service justifiant le non renouvellement du contrat, la circonstance que des considérations relatives à la personne de l'agent soient par ailleurs susceptibles de justifier une sanction disciplinaire ne fait pas obstacle, par elle-même, à ce qu'une décision de non renouvellement du contrat soit légalement prise, pourvu que l'intéressé ait alors été mis à même de faire valoir ses observations.

10. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée qu'elle est fondée sur le comportement de M. C et notamment des faits ayant donné lieu à sanctions disciplinaires. Dans ces conditions, il appartenait à l'autorité administrative, préalablement à la décision du 30 septembre 2021, de mettre le requérant à même de faire valoir ses observations. Il est constant que M. C n'a pas pu présenter ses observations ce qui l'a privé d'une garantie. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire doit être accueilli.

11. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

12. Pour établir que la décision attaquée était légale, le ministre des armées invoque, dans son mémoire en défense, un autre motif tiré des besoins du service. A cet égard, il ressort des pièces du dossier et notamment du bilan du comité de pilotage 2021-2022 relatif à l'ensemble de la filière " combat du génie " (CGE) à laquelle appartient l'intéressé, qu'il existait, tous niveaux fonctionnels confondus, un besoin en organisation (REO) de 938 sous-officiers pour 1 085 militaires effectivement en poste, soit un différentiel de 147 au niveau national en 2022. En ce qui concerne plus précisément le 13ème régiment du génie, la revue des effectifs réalisée à la date du 28 mars 2022, montrait un sureffectif de 17 sous-officiers dans la spécialité du requérant, " combat et technique du génie " (GEN), filière CGE, et à son niveau fonctionnel (NF2). Il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif, lequel pouvait légalement fonder la décision en litige. Par suite, et dès lors que le requérant n'a été privé d'aucune garantie procédurale, il y a lieu d'accueillir la demande de substitution de motifs.

13. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

14. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 12 que le ministre a fondé sa décision sur un motif tiré de l'intérêt du service au regard des besoins du service et non plus au regard de considérations tenant à la personne de M. C. Dans ces conditions, le requérant ne peut utilement soutenir que le ministre aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son comportement. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

15. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 avril 2022.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C, n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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