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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201202

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201202

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201202
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantDSC AVOCATS TA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Besançon a rejeté la requête de M. B, qui contestait l'arrêté préfectoral du 9 mai 2022 incluant un chemin d'accès sur sa parcelle dans le périmètre de protection immédiate (PPI) d'un captage d'eau potable. Le tribunal a écarté la fin de non-recevoir tirée de l'exception de recours parallèle, jugeant recevable le recours pour excès de pouvoir. Sur le fond, il a considéré que l'inclusion du chemin dans le PPI, fondée sur les articles L. 1321-2 et R. 1321-13 du code de la santé publique, n'était entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que cette mesure vise à protéger la qualité de l'eau et que le requérant n'établit pas son inutilité. La solution retenue est donc le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires de M. B.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 10 juillet 2022, 12 février et 31 mai 2023, M. A B, représenté par Me Cholet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 25-2022-05-09-00007 du 9 mai 2022 du Préfet du Doubs en tant qu'il définit un périmètre de protection immédiate sur l'emprise du chemin d'accès situé majoritairement sur la parcelle AH 233 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un détournement de procédure au regard de l'article L. 1321-2 du code de la santé publique, dès lors qu'un périmètre de protection immédiate ne peut s'appliquer à un chemin d'accès ni servir à en garantir l'utilisation ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en raison de l'inutilité de la délimitation portant sur le chemin d'accès.

Par des mémoires en défense enregistrés les 27 octobre 2022, 4 avril et 27 juin 2023, le préfet du Doubs conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. B lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- l'exception de recours parallèle doit être opposée à M. B, lequel aurait dû mettre en œuvre la procédure d'indemnisation prévue par le code de l'expropriation ;

- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 5 avril 2023, la communauté de communes du Pays de la Maiche, représentée par Me Suissa, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. B lui verse une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;

- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Cholet pour M. B et de Me Bouchoudjian, substituant Me Suissa, pour la communauté de communes du Pays de la Maiche.

Considérant ce qui suit :

1. M. B est propriétaire d'une parcelle de pré, cadastrée AH 233, au lieudit Blancheterre, sur la Commune de Saint Hyppolite (Doubs). Depuis la création d'un réservoir d'eau potable sur la parcelle AH 235, la parcelle AH 233 supporte en partie une servitude de passage sous la forme d'un chemin d'accès carrossable au bénéfice de la commune de Saint Hippolyte menant à ce réservoir et ayant permis sa construction. Ce chemin d'accès passe majoritairement sur la parcelle AH 238 qui n'appartient pas à M. B. Par une délibération du 25 avril 2009, à défaut d'entretien de ce chemin d'accès initial, la commune a décidé de procéder unilatéralement à la création d'un nouveau chemin d'accès coupant entièrement la parcelle AH 233. M. B s'oppose depuis lors à cette desserte du captage à travers diverses actions devant les juridictions judiciaires, administratives et devant les administrations concernées. Par courrier du 25 aout 2021, M. B était informé par la communauté de communes du pays de la Maiche de la mise en œuvre d'une procédure de déclaration d'utilité publique en vue de l'établissement des périmètres de protection de plusieurs captages d'eau de la commune de Saint Hippolyte, dont celui dit C. Il y était envisagé d'incorporer l'emprise du chemin d'accès sis sur la parcelle AH 233 dans le périmètre de protection immédiate (PPI) du réservoir C. Au terme de la procédure d'enquête publique, par un arrêté du 9 mai 2022, le préfet du Doubs a déclaré d'utilité publique la dérivation des eaux souterraines et l'instauration des périmètres de protection, déclaré cessibles les terrains nécessaires à l'établissement des périmètres de protection immédiate et autorisé l'utilisation de l'eau prélevée dans le milieu naturel en vue de la consommation humaine. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté, en tant qu'il inclut dans le périmètre de protection immédiate un chemin d'accès au réservoir d'eau potable C qui est situé en majorité sur sa propriété.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

2. Il est loisible à M. B de contester la délibération en litige par la voie du recours en excès de pouvoir, qui a pour objet l'annulation de cette décision, sans que puisse lui être opposée l'exception de recours parallèle tirée de l'existence de la procédure indemnitaire applicable en cas d'expropriation. Par suite, l'exception de recours parallèle opposée par le préfet du Doubs doit être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

3. Aux termes de l'article L. 1321-2 du code de la santé publique, dans sa version applicable au litige : " En vue d'assurer la protection de la qualité des eaux, l'acte portant déclaration d'utilité publique des travaux de prélèvement d'eau destinée à l'alimentation des collectivités humaines mentionné à l'article L. 215-13 du code de l'environnement détermine autour du point de prélèvement un périmètre de protection immédiate dont les terrains sont à acquérir en pleine propriété, un périmètre de protection rapprochée à l'intérieur duquel peuvent être interdits ou réglementés toutes sortes d'installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols de nature à nuire directement ou indirectement à la qualité des eaux et, le cas échéant, un périmètre de protection éloignée à l'intérieur duquel peuvent être réglementés les installations, travaux, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols et dépôts ci-dessus mentionnés. () ". Aux termes de l'article R. 1321-13 de ce même code, dans sa version applicable au litige : " Les périmètres de protection mentionnés à l'article L. 1321-2 pour les prélèvements d'eau destinés à l'alimentation des collectivités humaines peuvent porter sur des terrains disjoints. / A l'intérieur du périmètre de protection immédiate, dont les limites sont établies afin d'interdire toute introduction directe de substances polluantes dans l'eau prélevée et d'empêcher la dégradation des ouvrages, les terrains sont clôturés, sauf dérogation prévue dans l'acte déclaratif d'utilité publique, et sont régulièrement entretenus. Tous les travaux, installations, activités, dépôts, ouvrages, aménagement ou occupation des sols y sont interdits, en dehors de ceux qui sont explicitement autorisés dans l'acte déclaratif d'utilité publique. () ".

4. La délimitation du périmètre de protection immédiate est liée à la préservation de la qualité des eaux pour des motifs de santé publique. Le but premier de ces périmètres est de conserver la qualité de l'environnement du captage et de constituer une zone de protection du captage.

5. En l'espèce, le préfet du Doubs n'établit pas que la zone d'emprise du chemin d'accès situé en majorité sur la parcelle AH 233 aurait une incidence sur la qualité des eaux du captage C. A cet égard, il ressort du dossier d'enquête publique que ce chemin a été incorporé au PPI uniquement afin d'assurer un accès pérenne à l'ouvrage. Par ailleurs, le préfet n'établit pas non plus que l'utilisation du chemin litigieux permettrait d'empêcher la dégradation du réservoir, au sens des dispositions de l'article R. 1321-13 du code de la santé publique, alors qu'un autre chemin, préexistant et correspondant à la servitude de passage initiale, pouvait être utilisé pour accéder à l'ouvrage, ce que confirme le dossier d'enquête publique. Par suite, en intégrant dans le périmètre de protection immédiat le chemin d'accès situé majoritairement sur la parcelle AH 233, le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 1321-2 et R. 1321-13 du code de la santé publique.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens soulevés par M. B, que celui-ci est fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué, en tant qu'il incorpore dans le périmètre de protection immédiat du captage C le chemin d'accès situé majoritairement sur la parcelle AH 233 qui lui appartient.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les sommes que le préfet du Doubs et la communauté de communes du Pays de la Maiche demandent au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté n° 25-2022-05-09-00007 du 9 mai 2022 du Préfet du Doubs est annulé, en tant qu'il incorpore dans le périmètre de protection immédiate le chemin d'accès situé majoritairement sur la parcelle cadastrée AH 233 appartenant à M. B.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 400 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions du préfet du Doubs et de la communauté de communes du Pays de la Maiche présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Doubs et à la communauté de communes du Pays de la Maiche.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente ;

- Mme Goyer-Tholon, conseillère ;

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

C. Goyer-Tholon

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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