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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201277

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201277

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201277
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 juillet 2022, M. D B, représenté par Me Dravigny, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2022 par lequel le préfet du Jura a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet du Jura, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de lui délivrer immédiatement une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ;

3°) d'enjoindre au préfet du Jura, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui remettre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans un délai de cinq jours à compter de cette même notification ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'incompétence ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er septembre 2022, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Dravigny, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 3 juillet 1999, est entré en France le 31 août 2015 accompagné de ses parents et de ses frères et sœurs. Il a déposé une demande d'asile le 20 avril 2017, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 30 novembre 2017, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 12 juillet 2018. Par un arrêté en date du 25 juin 2019, le préfet du Jura lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Le 12 juillet 2021, M. B a demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 mai 2022, le préfet du Jura a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en désignant le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office à l'expiration de ce délai. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Justin Babilotte, secrétaire général de la préfecture du Jura, qui disposait d'une délégation de signature du préfet du Jura en date du 2 septembre 2021, publiée le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer toutes les décisions relevant des compétences du représentant de l'Etat dans le département, à l'exception de certaines matières parmi lesquelles ne figure pas la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision de refus de séjour doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./ Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour rejeter la demande de titre de séjour du requérant, le préfet, après avoir rappelé son parcours administratif, s'est fondé sur l'absence " d'éléments ou de documents justifiant de considérations humanitaires particulières ou de motifs exceptionnels susceptibles de justifier une admission au séjour sur place ". En particulier, il a relevé que le requérant ne faisait pas état d'une quelconque activité, notamment professionnelle, sur le territoire français et qu'il ne disposait pas de ressources financières personnelles suffisantes pour subvenir à ses besoins. Par ailleurs, la circonstance que la décision mentionne, à tort, que le requérant a vécu dans son pays jusqu'à l'âge de dix-huit ans et a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement est sans incidence sur sa légalité dès lors que la date de naissance et la date d'entrée sur le territoire français du requérant sont précisément mentionnées. De même, la présence de sa famille sur le territoire français a été évoquée sans que le défaut de mention de la régularité de leur résidence n'emporte de conséquence sur la décision contestée. Dans ces conditions, le préfet doit être regardé comme ayant procédé à un examen sérieux de la situation du requérant et n'a pas entaché sa décision d'inexactitude matérielle des faits.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si le requérant se prévaut notamment de sa présence en France depuis sept ans, de sa scolarisation, dès son arrivée, au sein d'un lycée à Dole dans le Jura, de l'obtention du baccalauréat en 2020, de promesses d'embauche, d'attaches familiales en France en raison de la présence de ses parents et de ses frères et sœurs, de sa maîtrise de la langue française et de son investissement dans le domaine sportif, ces éléments sont insuffisants à caractériser une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale, alors par ailleurs que M. B, âgé de 23 ans, célibataire et sans enfant, qui a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays dans lequel il ne soutient pas ne plus avoir d'attaches, n'a pas donné suite à ses promesses d'embauche pas plus que ses employeurs potentiels et n'établit ni même n'allègue que sa présence aux côtés des membres de sa famille lui serait ou leur serait indispensable. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle du requérant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte des points 2 à 6 que le moyen soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français et tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

8. En second lieu, il résulte du point 6 que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :

9. Il résulte des points 7 et 8 que le moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant un délai de départ volontaire et tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

10. Il résulte des points 7 et 8 que le moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi et tiré de l'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B aux fins d'annulation de l'arrêté du 25 mai 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B n'appelle, par lui-même, aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Jura.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- Mme Besson, conseillère,

- M. Seytel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 octobre 2022.

La présidente rapporteure,

S. CL'assesseure la plus ancienne,

M. A

La greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au préfet du Jura, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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