mardi 2 août 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2201281 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | NORMAND ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés respectivement les 27 juillet et 2 août 2022, M. A B, agissant au nom de M. C en vertu d'un jugement d'habilitation familiale générale, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre au centre hospitalier régional universitaire de Besançon, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de faire bénéficier sous vingt-quatre heures M. C des soins médicaux préconisés par le médecin qu'il a consulté le 15 juillet 2022 ou, à défaut, de transférer M. C vers une autre structure hospitalière disposée à mettre en œuvre lesdits soins ou le centre de soins de suites le plus proche, à savoir " les Salins de Bregille ", sous la supervision de l'agence régionale de santé par l'intermédiaire de l'équipe d'Handicap Epilepsie Rare, et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier régional universitaire de Besançon la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition de l'urgence est remplie dès lors que le traitement immunoglobulines de M. C mis en place au mois de mars 2022 est inefficace et a conduit à une dégradation de son état de santé, M. C est hospitalisé en service de réanimation, depuis le 4 juin 2022, dans un état de mal épileptique réfractaire que les traitements administrés ne parviennent pas à juguler, et il a dû être plongé dans le coma ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie, de la sécurité, de l'intégrité et de la liberté de M. E le refus du centre hospitalier régional universitaire de Besançon, d'une part, d'administrer une thérapeutique alternative alors que des médecins d'une autre structure médicale ont estimé en 2016 et 2017, lors d'évaluations pré-chirurgicales, que l'évolution de la pathologie de M. C ne permettait alors pas de poser une indication chirurgicale et, d'autre part, d'administrer le traitement contre la toxocarose préconisé par le médecin qu'il a consulté le 15 juillet 2022, lequel refus s'apparente à une privation de soins qui engage le pronostic vital de son fils, alors que la toxocarose peut avoir des conséquences neurologiques.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2022, le centre hospitalier régional universitaire de Besançon, représenté par Me Cariou, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- il n'appartient pas aux patients d'imposer aux médecins les traitements qu'ils souhaitent ;
- il n'appartient pas au juge des référés de se substituer aux personnels médicaux et de leur prescrire d'administrer un autre traitement que celui choisi par eux ;
- M. C est suivi de façon conforme par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon depuis 2011 ;
- un transfert du patient dans une autre structure médicale n'est pas justifié, même si le centre hospitalier régional universitaire de Besançon ne s'y est jamais opposé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution, notamment son préambule ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et notamment ses articles 2 et 3 ;
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 1er juillet 2022, le président du tribunal a désigné Mme Guitard, première conseillère, pour exercer les fonctions de juge des référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Guitard, première conseillère,
- les observations de M. A B, représentant M. C, qui reprend les éléments contenus dans ses écritures et fait en particulier valoir que le processus thérapeutique protocolaire suivi par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon est en échec, qu'il craint les risques et conséquences fonctionnelles d'une intervention chirurgicale que des médecins d'une autre structure médicale ont présentée comme prématurée, que la piste de la toxocarose, alors qu'une iléite était déjà suspectée en 2011, a été négligée par les médecins qui prennent en charge son fils et qu'il importe de confirmer le diagnostic de toxocarose par de nouvelles analyses biologiques afin de la soigner car elle peut être à l'origine des crises d'épilepsie et son traitement ne présente pas de contre-indication ;
- les observations de Me Michelou, pour le centre hospitalier régional universitaire de Besançon, qui fait notamment valoir que le traitement mis en place par l'établissement hospitalier suit les recommandations émises lors de réunions de concertation pluridisciplinaire organisées avec des praticiens de centres de référence de la pathologie, que les préconisations formulées par le médecin consulté par M. A B le 15 juillet 2022, postérieurement à la dernière réunion de concertation pluridisciplinaire, seront évoquées lors de la prochaine réunion du même type, que la suspicion de toxocarose n'a pas été confirmée par les résultats des tests biologiques réalisés, que les risques présentés par le traitement de cette maladie parasitaire non avérée seraient supérieurs aux bénéfices attendus et que le centre hospitalier régional universitaire de Besançon n'est pas opposé au transfert du patient vers un autre établissement hospitalier pour sa prise en charge si le patient et sa famille le souhaitent et l'établissement d'accueil l'accepte ;
- et les observations de Mme D, directrice adjointe du centre hospitalier régional universitaire, qui souligne la prise en charge pluridisciplinaire de M. C.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que M. C, né le 18 juillet 2002, est suivi depuis 2011 par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon pour une encéphalite de Rasmussen. Son père, M. A B, représentant légal de l'intéressé en vertu d'une habilitation familiale générale, a saisi le juge des référés du tribunal administratif de Besançon, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une demande tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier régional universitaire de Besançon de mettre en œuvre les traitements médicaux préconisés par le médecin qu'il a consulté le 15 juillet 2022 ou, à défaut, de transférer M. C vers une autre structure hospitalière disposée à administrer ces traitements.
2. Aux termes du 1er alinéa de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
3. Aux termes de l'article L. 1111-4 du code de la santé publique : " Toute personne prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des préconisations qu'il lui fournit, les décisions concernant sa santé. / Toute personne a le droit de refuser ou de ne pas recevoir un traitement. Le suivi du malade reste cependant assuré par le médecin, notamment son accompagnement palliatif. / Le médecin a l'obligation de respecter la volonté de la personne après l'avoir informée des conséquences de ses choix et de leur gravité. Si, par sa volonté de refuser ou d'interrompre tout traitement, la personne met sa vie en danger, elle doit réitérer sa décision dans un délai raisonnable. Elle peut faire appel à un autre membre du corps médical. L'ensemble de la procédure est inscrite dans le dossier médical du patient. () Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne et ce consentement peut être retiré à tout moment ". Aux termes de l'article L. 1110-5 du même code : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté () ". Il résulte de ces dispositions que toute personne a le droit de recevoir les traitements et les soins les plus appropriés à son état de santé sous réserve de son consentement libre et éclairé. En revanche, ces mêmes dispositions ni aucune autre ne consacrent, au profit du patient, un droit de choisir son traitement.
4. Il résulte de l'instruction que M. C est pris en charge par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon pour l'encéphalite de Rasmussen dont il souffre et qui progresse depuis plusieurs années. Cet établissement hospitalier a organisé, depuis 2016, plusieurs réunions de concertation pluridisciplinaire avec d'autres centres hospitaliers, à l'issue desquelles une indication d'hémisphérotomie a été posée. Cette chirurgie a toutefois jusqu'à présent été refusée par la famille du patient qui craint ses risques et conséquences fonctionnelles. Le 4 juin 2022, M. C a été hospitalisé dans le service de réanimation chirurgicale du centre hospitalier régional universitaire de Besançon, en état de mal épileptique réfractaire, contrôlé depuis le 24 juillet 2022 par une sédation. Il a connu des complications durant cette hospitalisation et notamment un œdème généralisé et une occlusion intestinale, qui ont été traités. Le 27 juin 2022, une réunion de concertation pluridisciplinaire nationale organisée par cet établissement hospitalier a validé l'indication d'hémisphérotomie compte tenu de l'évolution de l'encéphalite de Rasmussen et de l'échec du traitement immunomodulateur par immunoglobulines entrepris. Devant le refus de cette intervention par la famille du patient, un essai de traitement immunomodulateur par cyclophosphamide va être mis en place. M. A B, représentant légal de son fils, a consulté un médecin extérieur à l'établissement qui estime que M. C souffre d'une maladie inflammatoire chronique de l'intestin à l'origine de ses troubles neurologiques et il souhaite que le centre hospitalier régional universitaire de Besançon suive les préconisations de ce médecin. Il apparaît toutefois qu'une prise en charge thérapeutique de M. C est assurée par le centre hospitalier régional universitaire de Besançon, qui pratique en outre régulièrement des réunions de concertation pluridisciplinaire avec des praticiens d'autres établissements constituant des centres de référence pour faire le point sur la prise en charge médicale de l'intéressé au vu de l'évolution de son état de santé. Les éléments d'ordre médical recueillis par M. A B auprès d'un médecin le 15 juillet 2022 et communiqués au centre hospitalier régional universitaire de Besançon pourront ainsi être portés à la connaissance des praticiens participant à une prochaine réunion et il n'appartient pas au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative d'une demande tendant à ce que soit ordonnée une mesure de sauvegarde du droit au respect de la vie garanti par l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'enjoindre à l'équipe médicale d'administrer un autre traitement que celui qu'elle a choisi de pratiquer à l'issue du bilan qu'il lui appartient d'effectuer et au vu de l'appréciation comparée des bénéfices escomptés des stratégies thérapeutiques en débats et des risques qui y sont attachés. La demande tendant à ce qu'il soit enjoint au centre hospitalier régional universitaire de Besançon de transférer M. C dans une autre structure acceptant de mettre en œuvre les préconisations du médecin consulté par M. A B le 15 juillet 2022 doit être rejetée par voie de conséquence.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de déterminer si la condition relative à l'urgence est remplie, que la demande présentée par M. A B sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit être rejetée. Ses conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées par voie de conséquence.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, en sa qualité de représentant légal de M. C, et au centre hospitalier régional universitaire de Besançon.
Fait à Besançon, le 2 août 2022.
Le juge des référés,
Fabienne Guitard
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Le greffier
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026