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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201311

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201311

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 26 juillet 2022, 22 mars 2024, et 21 mai 2024, l'association commission de protection des eaux de Franche-Comté demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Saône a refusé de mettre en œuvre ses pouvoirs de police en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement, dans le cadre d'un dépôt sauvage de déchets sur la parcelle ZH29 située sur la commune de Combeaufontaine ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de mettre en demeure, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, le ou les intéressés ou à défaut le propriétaire, de régulariser sous trois mois la situation de ce dépôt sauvage au titre de la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement en déposant soit un dossier de régularisation, soit une demande de remise en état.

3°) de mettre à la charge de L'Etat la somme de 1 078 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décharge sauvage devait faire l'objet d'une procédure d'enregistrement ou d'autorisation au titre de la rubrique 2760-3 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;

- le préfet de la Haute-Saône était en situation de compétence liée pour mettre en demeure les intéressés de régulariser leur situation, au sens de l'article L. 171-7 du code de l'environnement.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de la Haute-Saône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors qu'une visite a été réalisée sur le site litigieux le 23 février 2023 qui a donné lieu à l'établissement d'un rapport d'inspection du 29 mars 2023, manifestant la mise en œuvre ses pouvoirs de police ;

- les moyens soulevés par la commission de protection des eaux de Franche-Comté ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Diebold, première conseillère, pour présider la première chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Goyer-Tholon, conseillère ;

- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique ;

- et les observations de M. A, pour l'association requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courrier du 28 mars 2022, l'association commission de protection des eaux de Franche-Comté a demandé au préfet de la Haute-Saône, en sa qualité d'autorité de police spéciale des installations classées pour la protection de l'environnement, de constater une infraction à cette législation sur la parcelle ZH29 située sur le territoire de la commune de Combeaufontaine, en raison de la présence d'un dépôt de déchets inertes, et de mettre en demeure le responsable de respecter ses obligations sur le fondement des dispositions de l'article L. 171-8 du code de l'environnement. Aucune réponse n'ayant été apportée à cette demande, la requérante demande au tribunal l'annulation de la décision implicite de rejet opposée par le préfet de la Haute-Saône.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. Il résulte des dispositions de l'article L. 171-11 du code de l'environnement que les décisions prises en application des articles L. 171-7, L. 171-8 et L. 171-10 de ce code, au titre des contrôles administratifs et mesures de police administrative en matière environnementale, sont soumises à un contentieux de pleine juridiction. Il appartient au juge de ce contentieux de pleine juridiction de se prononcer sur l'étendue des obligations mises à la charge des exploitants par l'autorité compétente au regard des circonstances de fait et de droit existant à la date à laquelle il statue.

3. En l'espèce, si une visite d'inspection du site incriminé a été réalisée le 23 février 2023 par les services de la préfecture de la Haute-Saône, et a donné lieu à un rapport d'inspection le 29 mars 2023, il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date du présent jugement, le préfet ait mis en demeure les responsables de se conformer à leurs obligations en matière de réglementation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que les responsables aient, spontanément, régularisé leur situation. Dans ces circonstances, contrairement à ce que soutient le préfet, la requête n'est pas dépourvue d'objet. Il y a donc lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 171-7 du code de l'environnement " I.- Indépendamment des poursuites pénales qui peuvent être exercées, lorsque des installations ou ouvrages sont exploités, des objets et dispositifs sont utilisés ou des travaux, opérations, activités ou aménagements sont réalisés sans avoir fait l'objet de l'autorisation, de l'enregistrement, de l'agrément, de l'homologation, de la certification ou de la déclaration requis en application du présent code, ou sans avoir tenu compte d'une opposition à déclaration, l'autorité administrative compétente met l'intéressé en demeure de régulariser sa situation dans un délai qu'elle détermine, et qui ne peut excéder une durée d'un an. ". Aux termes de article L. 511-1 du même code, relatif aux installations classées pour la protection de l'environnement : " Sont soumis aux dispositions du présent titre les usines, ateliers, dépôts, chantiers et, d'une manière générale, les installations exploitées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée, qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques, soit pour l'agriculture, soit pour la protection de la nature, de l'environnement et des paysages, soit pour l'utilisation économe des sols naturels, agricoles ou forestiers, soit pour l'utilisation rationnelle de l'énergie, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des éléments du patrimoine archéologique. () ". L'article L. 511-2 du même code dispose que : " Les installations visées à l'article L. 511-1 sont définies dans la nomenclature des installations classées établie par décret en Conseil d'Etat, pris sur le rapport du ministre chargé des installations classées, après avis du Conseil supérieur de la prévention des risques technologiques. Ce décret soumet les installations à autorisation, à enregistrement ou à déclaration suivant la gravité des dangers ou des inconvénients que peut présenter leur exploitation. ". Selon la nomenclature des installations classées annexée à l'article R. 511-9 du même code, est soumise à enregistrement : " rubrique 2760 - 3. Installation de stockage de déchets inertes ".

5. Il ressort des pièces du dossier, et notamment d'un arrêté du préfet de la Haute-Saône du 24 février 2021, que la végétation existant antérieurement sur la parcelle ZH29 située sur le territoire de la commune de Combeaufontaine, avait été totalement arrachée et que la zone initialement en forme de cuvette avait été remblayée, entrainant une destruction de l'habitat de diverses espèces animales protégées, ce qui a donné lieu à une mise en demeure de régularisation de la situation administrative des responsables. Il ressort également du rapport des inspecteurs des installations classées en date du 29 mars 2023 que, postérieurement à cet arrêté du 24 février 2021, cette parcelle a fait l'objet de remblais constitués de matériaux inertes, ainsi que de plantations sur une partie de la zone remblayée, le préfet de la Haute-Saône estimant que ces opérations ont été réalisées en vue de répondre à sa mise en demeure en remettant les lieux en état. Il résulte également de photographies et de vues aériennes du site produites par la requérante que la parcelle en question fait l'objet, au moins depuis début 2021, de remblaiements réguliers au moyen de déchets tels que de la terre, des cailloux, des gravats, du béton et autres matériaux assimilables à des déchets de chantier. Dans ces conditions, les remblaiements effectués, qui ne peuvent être qualifiés de simple opération de remise en état du site, sont constitutifs d'un stockage de déchets au sens de la rubrique 2760-3 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement. Ainsi, le préfet de la Haute-Saône était tenu, au regard de l'article L. 171-7 du code de l'environnement, de mettre en demeure les responsables de se conformer à la législation des installations classées pour l'exploitation d'une installation de stockage de déchets inertes. Par suite, l'association requérante est fondée à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Saône a refusé de mettre en œuvre ses pouvoirs de police en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Saône a refusé de mettre en œuvre ses pouvoirs de police en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement, dans le cadre du dépôt sauvage de déchets sur la parcelle ZH29 située sur la commune de Combeaufontaine doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard au motif d'annulation retenu, d'enjoindre au préfet de la Haute-Saône de mettre en demeure le responsable de régulariser la situation du dépôt de déchets sur la parcelle ZH29 située sur la commune de Combeaufontaine, au titre de la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 078 euros à verser à la commission de protection des eaux de Franche-Comté au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet de la Haute-Saône a refusé de mettre en œuvre ses pouvoirs de police en matière d'installations classées pour la protection de l'environnement, dans le cadre du dépôt sauvage de déchets sur la parcelle ZH29 située sur la commune de Combeaufontaine, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Saône de mettre en demeure, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard, le responsable du dépôt de déchets sur la parcelle ZH29 située sur la commune de Combeaufontaine de régulariser la situation au titre de la législation relative aux installations classées pour la protection de l'environnement.

Article 3 : L'Etat versera à la commission de protection des eaux de Franche-Comté la somme de 1 078 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association commission de protection des eaux de Franche-Comté et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera transmise, pour information, au préfet de la Haute-Saône.

Délibéré après l'audience du 28 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Diebold, première conseillère faisant fonction de présidente ;

- Mme Goyer-Tholon, conseillère ;

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La rapporteure,

C. Goyer-Tholon

La première conseillère faisant fonction de présidente,

N. DieboldLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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