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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201459

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201459

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201459
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 septembre 2022, Mme A Comte, représentée par Me Clemang, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions des 29 décembre 2021 et 5 juillet 2022 par lesquelles la directrice du secrétariat général commun départemental a conditionné la prise en charge des soins de mésothérapie à leur réalisation " en local " et à une prescription médicale préalable dûment formulée ;

2°) de surseoir à statuer dans l'attente de la décision à intervenir dans le cadre de la procédure de référé enregistrée au tribunal administratif de Besançon le 21 juillet 2022 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme Comte soutient que :

- la décision attaquée du 5 juillet 2022 est illégale en ce qu'elle se fonde sur une expertise médicale conduite par un médecin rhumatologue, qui n'est médicalement pas compétent pour statuer sur la question posée ;

- elle est illégale en ce que le conseil médical départemental qui s'est réuni le 9 juin 2022 n'était pas composé d'un spécialiste de son affection ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce que seul le est en capacité de pratiquer les soins de mésothérapie dont elle a besoin et qu'aucun praticien du Jura n'est compétent pour le remplacer.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2023, le préfet du Jura conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que :

- la requête est irrecevable dès lors, d'une part, qu'elle est tardive et, d'autre part, que la décision du 5 juillet 2022 est purement confirmative de la décision du 29 décembre 2021 ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme Comte était, jusqu'à son départ en retraite le 1er novembre 2022, adjointe administrative principale de 2ème classe du ministère de l'agriculture et de l'alimentation, affectée à la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations du Jura (DDCSPP 39). Le 27 septembre 2012, elle a été victime d'un accident reconnu imputable au service à l'origine de pathologies dorsales. Par une décision du 29 décembre 2021, la directrice du secrétariat général commun départemental a notamment conditionné la prise en charge des soins de mésothérapie suivis par Mme Comte à leur réalisation " en local " et à une prescription médicale préalable dûment formulée. L'intéressée ayant formé un recours gracieux contre cette décision, il lui a été demandé de se soumettre à une nouvelle expertise médicale. A la suite de l'avis rendu par le comité médical départemental le 9 juin 2022, la directrice du secrétariat général commun départemental a pris le 5 juillet 2022 une décision confirmant les conditions posées par celle du 29 décembre 2021. Par la présente requête, Mme Comte demande l'annulation des décisions des 29 décembre 2021 et 5 juillet 2022.

Sur les conclusions aux fins de sursis à statuer :

2. Le juge administratif n'est jamais tenu de réserver une suite favorable à une demande de sursis à statuer présentée par les parties. En tout état de cause, le juge des référés du tribunal administratif de Besançon, par une ordonnance du 23 novembre 2022, a rejeté le référé-expertise introduit le 21 juillet 2022. Par suite, les conclusions aux fins de sursis à statuer doivent être rejetées

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 11 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : " Lorsqu'il siège en formation plénière, le conseil médical dispose de tout témoignage, rapport ou constatation propre à éclairer son avis. Il peut faire procéder par l'administration à toute mesure d'instruction, enquête ou expertise qu'il estime nécessaire ".

4. Si Mme Comte soutient que la décision attaquée du 5 juillet 2022 est illégale en ce qu'elle se fonde sur une expertise médicale conduite par un médecin rhumatologue qui n'était pas compétent médicalement, il ressort des termes de cette décision qu'elle ne repose pas sur l'expertise médicale conduite par le . Au surplus, il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'il siège en formation plénière, le conseil médical peut faire procéder par l'administration à toute expertise qu'il estime nécessaire. Ainsi, ces dispositions n'apportent aucune précision sur la nature des compétences médicales dont devrait disposer l'expert en charge de celle-ci. En outre, il ressort des pièces du dossier que le rhumatologue en charge de l'expertise, en ce qu'il prend en charge les douleurs et dysfonctionnements des articulations, des os, de la colonne vertébrale et des muscles, était un spécialiste tout à fait adapté aux pathologies dorsales de l'intéressée. Ainsi, la seule circonstance qu'il ait estimé que les soins de mésothérapie suivis par Mme Comte n'étaient pas utiles ne saurait suffire à remettre en cause sa compétence à mener à bien l'expertise médicale demandée par le conseil médical. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'expert médical doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6-1 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa rédaction en vigueur depuis le 11 mars 2022 : " Le conseil médical départemental est composé : / 1° En formation restreinte : / De trois médecins titulaires désignés par le préfet, pour une durée de trois ans, sur les listes de médecins agréés prévues à l'article 1er. Pour chaque titulaire, un ou plusieurs médecins suppléants sont désignés selon les mêmes modalités. Leurs fonctions sont renouvelables. Le préfet peut mettre fin aux fonctions du praticien qui s'abstiendrait de façon répétée et sans raison valable de participer aux travaux du conseil, ou qui, pour tout autre motif grave ne pourrait conserver la qualité de membre du conseil. / 2° En formation plénière : / a) Des membres mentionnés au 1° ; / b) De deux représentants de l'administration désignés par le chef de service dont dépend le fonctionnaire concerné ; / c) De deux représentants du personnel inscrits sur une liste établie par les représentants du personnel élus au comité social dont relève le fonctionnaire concerné () ".

6. Il résulte de ces dispositions que le conseil médical départemental est composé, en formation restreinte, de trois médecins titulaires désignés par le préfet, pour une durée de trois ans, sur les listes de médecins agréés et, en formation plénière, de deux représentants de l'administration et de deux représentants du personnel en plus. Dans ces conditions, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la circonstance que le conseil médical départemental n'était pas composé d'un spécialiste de son affection. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de la composition du conseil médical départemental doit être écarté comme inopérant.

7. En troisième lieu, l'intéressée soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit. Ce moyen, qui n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé, doit être écarté.

8. En dernier lieu, Mme Comte soutient que seul le , dont le cabinet se trouve à 165 km de son domicile, serait en capacité de pratiquer les soins de mésothérapie dont elle a besoin. Toutefois, le préfet fait valoir, sans être contesté, que trois médecins sont répertoriés comme pratiquant la mésothérapie dans le département du Jura, dont l'un d'eux se situe à 14 km du nouveau domicile de Mme Comte. En outre, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'une expertise du 15 juillet 2021, qu'alors même qu'elle était suivie par un autre professionnel que le , Mme Comte a déclaré que son état de santé s'était amélioré suite à la reprise des séances de mésothérapie. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, Mme Comte n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions des 29 décembre 2021 et 5 juillet 2022.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que Mme Comte demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme Comte est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Comte et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet du Jura.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,

A. PernotLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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