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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201480

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201480

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201480
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 août 2022, le président du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Besançon, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme C A épouse B.

Par une requête, enregistrée au tribunal administratif de Dijon le 12 août 2022, Mme A demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 28 juin 2022 par laquelle le directeur interrégional de la direction interrégionale de la protection judiciaire de la jeunesse (DIRPJJ) Grand-Centre lui a refusé l'octroi de la nouvelle bonification indiciaire (NBI) au titre de la politique de la ville à compter du 1er février 2005 ;

2°) d'enjoindre au ministre de la justice de lui attribuer le bénéfice de la NBI à compter du 1er février 2005, assortie des intérêts au taux légal.

Mme A soutient que :

- elle remplit les conditions fixées par les dispositions du point 2 de l'annexe du décret du 14 novembre 2001 au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- l'épuisement des crédits disponibles pour l'attribution de la NBI ne permet pas à l'administration de porter atteinte au principe d'égalité en l'attribuant à certains fonctionnaires et pas à d'autres qui exercent des fonctions identiques.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête n'est pas recevable car tardive.

Un mémoire, enregistré le 27 mai 2024 pour Mme A, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-73 du 18 janvier 1991 ;

- le décret n° 93-522 du 26 mars 1993 ;

- le décret n° 2001-1061 du 14 novembre 2001 ;

- l'arrêté ministériel du 4 décembre 2001 fixant par département les emplois éligibles à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marquesuzaa,

- les conclusions de M. D,

- les observations de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a exercé les fonctions d'adjoint administratif au centre d'action éducative (CAE) de Vesoul du 1er novembre 1994 au 31 août 2007. Elle a ensuite été affectée au sein de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse du 1er septembre 2007 au 31 août 2009 puis de nouveau au CAE de Vesoul du 1er septembre 2009 au 31 décembre 2011. Depuis le 1er janvier 2012, elle occupe ses fonctions au sein du service territorial éducatif de milieu ouvert (STEMO) Haute-Saône Territoire de Belfort sur l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) de Vesoul. Par une décision du 28 juin 2022, dont Mme A demande l'annulation, le directeur interrégional de la DIRPJJ Grand-Centre lui a refusé l'octroi de la NBI au titre de la politique de la ville à compter du 1er février 2005.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressée sur les voies et délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale, et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait la requérante, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'elle en a eu connaissance.

4. D'autre part, une deuxième décision dont l'objet est le même que la première revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige. Toutefois, la recevabilité d'un recours contre une nouvelle décision ne saurait être écartée en raison du caractère confirmatif de cette dernière que si la décision qu'elle confirme a acquis un caractère définitif. Une décision administrative devient définitive à l'expiration du délai de recours contentieux ou, si elle a fait l'objet d'un recours contentieux dans ce délai, à la date à laquelle la décision rejetant ce recours devient irrévocable.

5. Enfin, il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressée.

6. Le garde des sceaux, ministre de la justice fait valoir que Mme A a formé, par deux courriers notifiés les 13 août 2019 et 8 mars 2021, des demandes tendant au versement de la NBI expressément rejetées par deux décisions des 24 décembre 2019 et 20 avril 2021 de sorte que la décision attaquée, alors confirmative de celles-ci, n'a pas eu pour effet de déclencher un nouveau délai de recours contentieux. Toutefois, l'administration n'apporte aucun élément de nature à justifier de la notification régulière de ces décisions expresses, ni de la connaissance acquise par la requérante de celles-ci. Le délai de recours contentieux n'étant ainsi pas opposable, elles ne sauraient être regardées comme définitives. Dans ces conditions, la décision attaquée n'est pas confirmative des refus opposés les 24 décembre 2019 et 20 avril 2021 et le garde des sceaux, ministre de la justice n'est pas fondé à soutenir que la requête introduite par Mme A est tardive. Par suite, cette fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

7. Aux termes du I de l'article 27 de la loi du 18 janvier 1991 portant dispositions relatives à la santé publique et aux assurances sociales : " La nouvelle bonification indiciaire des fonctionnaires et des militaires instituée à compter du 1er août 1990 est attribuée pour certains emplois comportant une responsabilité ou une technicité particulières dans des conditions fixées par décret ". En vertu de l'article 1er du décret du 26 mars 1993 relatif aux conditions de mise en œuvre de la nouvelle bonification indiciaire dans la fonction publique de l'Etat : " La nouvelle bonification indiciaire est attachée à certains emplois comportant l'exercice d'une responsabilité ou d'une technicité particulière. Elle cesse d'être versée lorsque l'agent n'exerce plus les fonctions y ouvrant droit ". Aux termes de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 relatif à la nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville dans les services du ministère de la justice : " Une nouvelle bonification indiciaire au titre de la mise en œuvre de la politique de la ville, prise en compte et soumise à cotisation pour le calcul de la pension de retraite, peut être versée mensuellement, dans la limite des crédits disponibles, aux fonctionnaires titulaires du ministère de la justice exerçant, dans le cadre de la politique de la ville, une des fonctions figurant en annexe du présent décret ". L'article 4 de ce décret dispose que : " Le montant de la nouvelle bonification indiciaire et le nombre d'emplois bénéficiaires correspondant aux fonctions mentionnées en annexe du présent décret sont fixés par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, et des ministres chargés de la fonction publique et du budget ". L'annexe de ce décret, dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 1er janvier 2015, dispose notamment des fonctions suivantes : " Fonctions de catégorie A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des zones urbaines sensibles ; / 2. En centre d'action éducative situé en zone urbaine sensible ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité ". L'annexe du même décret, dans sa rédaction en vigueur depuis le 1er janvier 2015, liste notamment les fonctions suivantes : " Fonctions de catégories A, B ou C de la protection judiciaire de la jeunesse : / 1. En centre de placement immédiat, en centre éducatif renforcé ou en foyer accueillant principalement des jeunes issus des quartiers prioritaires de la ville ; / 2. En centre d'action éducative situé dans un quartier prioritaire de la ville ; / 3. Intervenant dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité ".

8. En premier lieu, il résulte de toutes ces dispositions que le bénéfice de la nouvelle bonification indiciaire n'est pas lié au corps d'appartenance ou au grade des agents relevant de la protection judiciaire de la jeunesse, mais aux emplois qu'ils occupent, compte tenu de la nature des fonctions attachées à ces emplois. Par ailleurs, il résulte de ces mêmes dispositions que les fonctionnaires de la protection judiciaire de la jeunesse exerçant leurs fonctions dans une UEMO, qui peut être assimilée à un CAE, ne peuvent bénéficier de la NBI que si leur lieu d'affectation se situe dans un quartier prioritaire de la ville, ou, antérieurement au 1er janvier 2015, s'il se situait dans une zone urbaine sensible, ou s'ils interviennent dans le ressort territorial d'un contrat local de sécurité.

9. Mme A a exercé les fonctions d'adjoint administratif au CAE de Vesoul du 1er novembre 1994 au 31 août 2007. Il n'est pas contesté que, depuis le 1er février 2005, ce CAE, localisé dans le quartier Montmarin, est situé en zone urbaine sensible au sens des dispositions citées au point 7. En revanche, il ressort des pièces du dossier et notamment de l'historique des affectations de la requérante que, du 1er septembre 2007 au 31 août 2009, elle était affectée au sein de la direction de la protection judiciaire de la jeunesse. Ensuite, elle a de nouveau été affectée au CAE de Vesoul du 1er septembre 2009 au 31 décembre 2011 pour lequel il n'est pas établi ni même allégué que la localisation aurait changé. Depuis le 1er janvier 2012, elle occupe ses fonctions au sein du STEMO Haute-Saône Territoire de Belfort sur l'UEMO de Vesoul, qui, conformément à ce qui a été dit au point précédent, peut être assimilé à un CAE. Cette UEMO de Vesoul, localisée au même endroit que le CAE de Vesoul, est depuis le 1er janvier 2015 située dans un quartier prioritaire de la ville. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir qu'occupant ses fonctions dans un CAE ou assimilé, situé dans un quartier prioritaire de la ville, - ou antérieurement au 1er janvier 2015, situé dans une zone urbaine sensible - du 1er février 2005 au 31 août 2007 et depuis le 1er septembre 2009, elle remplit les conditions mentionnées au point 2 de l'annexe du décret du 14 novembre 2001 d'octroi de la NBI. Par suite, ce moyen est fondé et doit être accueilli.

10. En second lieu, les dispositions précitées de l'article 1er du décret du 14 novembre 2001 selon laquelle la nouvelle bonification indiciaire peut être versée mensuellement " dans la limite des crédits disponibles " ne sauraient avoir pour objet ni pour effet de dispenser l'administration du respect du principe d'égalité, lequel exige que les agents qui occupent effectivement des emplois correspondant aux fonctions ouvrant droit à cet avantage et qui comportent la même responsabilité ou la même technicité particulières bénéficient de la même bonification.

11. En l'espèce, la décision attaquée n'est pas fondée sur le motif tiré de ce que les crédits disponibles seraient épuisés. Dans ces conditions, la requérante ne saurait utilement se prévaloir d'une méconnaissance du principe d'égalité. Par suite, ce moyen doit être écarté comme inopérant.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 28 juin 2022 en tant seulement qu'elle lui refuse l'octroi de la NBI sur la période courant du 1er février 2005 au 31 août 2007 et depuis le 1er septembre 2009.

Sur les conclusions aux fins d'injonction de versement avec intérêts :

13. L'exécution du présent jugement implique seulement que le garde des sceaux, ministre de la justice verse à Mme A des arriérés de NBI sur la période courant du 1er février 2005 au 31 août 2007 et depuis le 1er septembre 2009 jusqu'à la date à laquelle elle ne remplira plus les conditions d'octroi, assortis des intérêts à compter du 12 août 2022, date d'enregistrement de la requête. Ces arriérés courront pour l'avenir, sous réserve de changements qui seraient intervenus dans sa situation professionnelle, dans la limite des crédits disponibles. Les sommes correspondantes lui seront versées dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 28 juin 2022 est annulée en tant qu'elle refuse d'octroyer la NBI à Mme A sur la période courant du 1er février 2005 au 31 août 2007 et à compter du 1er septembre 2009.

Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice de verser à Mme A des arriérés de NBI sur la période courant du 1er février 2005 au 31 août 2007 et depuis le 1er septembre 2009 jusqu'à la date à laquelle elle ne remplira plus les conditions d'octroi, assortis des intérêts à compter du 12 août 2022, date d'enregistrement de la requête. Ces arriérés courront pour l'avenir, sous réserve de changements qui seraient intervenus dans sa situation professionnelle, dans la limite des crédits disponibles. Les sommes correspondantes lui seront versées dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Grossrieder, présidente,

- M. Seytel, conseiller,

- Mme Marquesuzaa, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

A. MarquesuzaaLa présidente,

S. GrossriederLa greffière,

C. Quelos

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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