mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2201650 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL D CHALAND GIOVANNONI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 octobre 2022 et 28 septembre 2023, la société Pharmacie du Triangle d'or, M. A C et Mme B D, représentés par Me Gilliocq, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 août 2022 par lequel le directeur de l'agence régionale de santé de la région Bourgogne Franche-Comté a autorisé le transfert de l'officine de pharmacie exploitée par la société Pharmacie des Bains du 1 bis rue de la liberté à Salins-les-Bains au 11 avenue Aristide Briand de la même commune et a remplacé la licence de cette pharmacie ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à la société Pharmacie du Triangle d'or et à M. C au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ils disposent d'un intérêt pour agir à l'encontre de cet arrêté ;
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dans la détermination du quartier d'accueil au sens des dispositions de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant au caractère optimal de la desserte en médicaments au sens des dispositions de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique ;
- il est entaché d'une erreur de droit en l'absence d'appréciation du caractère optimal de la réponse aux besoins de la population résidente au regard de la condition posée par les dispositions du 3° de l'article L. 5125-3-3 du code de la santé publique ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation quant à l'approvisionnement nécessaire de la population du quartier d'origine au sens des dispositions de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que l'ancienne officine remplissait déjà la condition posée par les dispositions du 2° de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique ;
- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les locaux de la nouvelle officine ne remplissent pas les conditions définies par les dispositions du 2° de l'article L. 5125-3-2 du code de la santé publique.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2022, le directeur général adjoint de l'agence régionale de santé de la région Bourgogne Franche-Comté conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Pharmacie du Triangle d'or ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2023, la société Pharmacie des Bains, représentée par la SELARL DCG-FLG, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que les requérants ne disposent pas d'un intérêt pour agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,
- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,
- et les observations de Me Le Targat, substituant Me Gilliocq, pour la société Pharmacie du Triangle d'or.
Une note en délibéré présentée par la société Pharmacie du Triangle d'or, représentée par Me Gilliocq, a été enregistrée le 24 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. La société Pharmacie des Bains a présenté auprès de l'agence régionale de santé (ARS) de la région Bourgogne Franche-Comté une demande de transfert de son officine, déclarée complète le 22 avril 2022, entre son local situé au 1 bis rue de la liberté à Salins-les-Bains et un local situé au 11 avenue Aristide Briand au sein de la même commune. Par un arrêté du 10 août 2022, dont la société Pharmacie du Triangle d'or demande l'annulation, le directeur de l'ARS a autorisé ce transfert.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. L'officine exploitée par la société Pharmacie du Triangle d'or et les pharmaciens requérants se situe à 1,6 kilomètres de la nouvelle officine de la société Pharmacie des Bains. Elle constitue la seule autre pharmacie de la commune de Salins-les-Bains. Ce faisant, et compte tenu de la configuration de cette commune et de la diversité de l'offre médicale du nouveau lieu d'implantation, qui comporte un cabinet médical et un opticien, l'activité des parties requérantes est susceptible d'être impactée par le transfert autorisé par l'arrêté attaqué. Ainsi, les requérants justifient d'un intérêt leur donnant qualité pour agir contre l'arrêté du 10 août 2022. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense tirée du défaut d'intérêt à agir doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 5125-3 du code de la santé publique : " Lorsqu'ils permettent une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier défini à l'article L. 5125-3-1, d'une commune ou des communes mentionnées à l'article L. 5125-6-1, sont autorisés par le directeur général de l'agence régionale de santé, respectivement dans les conditions suivantes : / 1° Les transferts et regroupements d'officines, sous réserve de ne pas compromettre l'approvisionnement nécessaire en médicaments de la population résidente du quartier, de la commune ou des communes d'origine. / L'approvisionnement en médicaments est compromis lorsqu'il n'existe pas d'officine au sein du quartier, de la commune ou de la commune limitrophe accessible au public par voie piétonnière ou par un mode de transport motorisé répondant aux conditions prévues par décret, et disposant d'emplacements de stationnement ; / () ". Aux termes de l'article L. 5125-3-1 de ce code : " Le directeur général de l'agence régionale de santé définit le quartier d'une commune en fonction de son unité géographique et de la présence d'une population résidente. L'unité géographique est déterminée par des limites naturelles ou communales ou par des infrastructures de transport. / Le directeur général de l'agence régionale de santé mentionne dans l'arrêté prévu au cinquième alinéa de l'article L. 5125-18 le nom des voies, des limites naturelles ou des infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier ". Enfin, aux termes de l'article L. 5125-3-2 du même code : " Le caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins prévu à l'article L. 5125-3 est satisfait dès lors que les conditions cumulatives suivantes sont respectées : / 1° L'accès à la nouvelle officine est aisé ou facilité par sa visibilité, par des aménagements piétonniers, des stationnements et, le cas échéant, des dessertes par les transports en commun ; / 2° Les locaux de la nouvelle officine remplissent les conditions d'accessibilité mentionnées aux articles L. 164-1 à L. 164-3 du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les conditions minimales d'installation prévues par décret. Ils permettent la réalisation des missions prévues à l'article L. 5125-1-1 A du présent code et ils garantissent un accès permanent du public en vue d'assurer un service de garde et d'urgence ; / 3° La nouvelle officine approvisionne la même population résidente ou une population résidente jusqu'ici non desservie ou une population résidente dont l'évolution démographique est avérée ou prévisible au regard des permis de construire délivrés pour des logements individuels ou collectifs ".
4. Les dispositions de l'article L. 5125-3-1 du code de la santé publique, issues de l'ordonnance n° 2018-3 du 3 janvier 2018 relative à l'adaptation des conditions de création, transfert, regroupement et cession des officines de pharmacie, imposent spécialement au directeur général de l'agence régionale de santé, compte tenu de l'impératif de recherche d'une desserte en médicaments optimale au regard des besoins de la population résidente et du lieu d'implantation choisi par le pharmacien demandeur au sein d'un quartier, de mentionner expressément dans l'arrêté, le nom des voies, limites naturelles ou infrastructures de transports qui circonscrivent le quartier d'accueil du projet de transfert, pour assurer l'information claire et intelligible du public concerné.
5. Alors même que les textes législatifs et réglementaires applicables ne définissent pas de superficie ou de population maximales pour identifier un quartier, un secteur qui comprendrait une population très importante, ou d'une superficie particulièrement étendue, est susceptible, en fonction de la configuration des lieux, d'être regardé comme ne constituant pas une unique unité géographique, au sens et pour l'application des dispositions citées au point précédent, et par suite comme ne pouvant être identifié comme un quartier.
6. En l'espèce, pour apprécier la condition tenant au caractère optimal du lieu d'implantation choisi, le directeur général de l'ARS Bourgogne Franche-Comté a défini le quartier d'accueil comme étant le " même " que le quartier d'origine de l'officine, et l'a délimité par les limites communales au nord et à l'ouest, les larges espaces non bâtis à l'est et les parkings " Flore " et " Emile Zola " au sud.
7. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le secteur ainsi circonscrit est traversé par deux routes départementales, la RD472 et la RD492, contrairement au centre-ville où était anciennement implantée l'officine de la société Pharmacie des Bains, qui est seulement traversé par la RD472. Par ailleurs, un large carrefour entre ces deux routes départementales marque une limite naturelle entre le quartier du centre-ville et le quartier de la nouvelle officine. De plus, le plan local d'urbanisme de la commune laisse apparaître que si le bourg de Salins-les-Bains s'organise comme une " ville-rue " le long d'un axe principal, il comporte un centre-ville très urbanisé et des développements à ses extrémités sud et nord, à travers des faubourgs aux structures bâties hétérogènes. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que le centre-ville comprend une forte densité de population, ainsi que le démontrent les captures d'écran du site Géoportail, contrairement aux alentours du nouveau lieu d'implantation de l'officine situé sur le faubourg nord, peu densément peuplé et dont les espaces plus étendus sont dédiés à des usages variés. A cet égard, les parkings cités par le directeur de l'ARS pour fixer une délimitation plus large au centre-ville de Salins-les-Bains sont trop peu étendus pour constituer une limite naturelle du quartier retenu dans la décision attaquée. Il ressort ainsi de la configuration des lieux que, compte tenu notamment de la structure des voies de communication et de la répartition de la population, le quartier d'accueil identifié dans l'arrêté litigieux ne présente pas le caractère d'une unité géographique au sens des dispositions précitées. La délimitation ainsi adoptée n'a donc pas permis l'examen, prévu à l'article L. 5125-3 du code de la santé publique, du caractère optimal de la desserte en médicaments au regard des besoins de la population résidente. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 10 août 2022 doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme que la société Pharmacie du Triangle d'or demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Les dispositions du même article font par ailleurs obstacle à ce que les sommes demandées à ce titre par la société Pharmacie des Bains soient mises à la charge des requérants.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du directeur général de l'ARS Bourgogne Franche-Comté du 10 août 2022 est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions de la société Pharmacie des Bains présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Pharmacie du Triangle d'or, à M. A C, à Mme B D, à l'agence régionale de santé de la région Bourgogne Franche-Comté, à la société Pharmacie des Bains et à la ministre de la santé et de l'accès aux soins.
Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Michel, présidente,
- Mme Goyer-Tholon, conseillère,
- Mme Kiefer, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
L. Kiefer
La présidente,
F. MichelLa greffière,
E. Cartier
La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de l'accès aux soins en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026