jeudi 11 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2201656 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | ADVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 5 octobre 2022 et 30 juillet 2023, M. A B, représenté par Me Woldanski, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 août 2022 par lequel le maire de la commune de Plancher-Bas ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par la société de tir " Les 4 Cibles " en vue de l'exhaussement des buttes de protection du stand de tir ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Plancher-Bas une somme de 2 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- à défaut pour le maire d'être habilité à défendre dans la présente instance au nom de la commune, les écritures en défense ne sont pas recevables ;
- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;
- le dossier de déclaration préalable est incomplet ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Plancher-Bas ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-26 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, la société de tir " Les 4 Cibles " conclut au rejet de la requête.
La société fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le requérant ne justifie pas de son intérêt lui donnant qualité pour agir conformément à l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, la commune de Plancher-Bas, représentée par Me Dangel, conclut au rejet de la requête et, en outre, à ce que M. B lui verse une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La commune fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que le requérant ne justifie pas de son intérêt lui donnant qualité pour agir conformément à l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 9 août 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 septembre 2023.
Un mémoire a été enregistré le 3 octobre 2023 pour M. B et, l'instruction étant close, n'a pas été communiqué.
En application des dispositions de l'article R. 222-17 du code de justice administrative, la présidente a désigné M. Pernot, premier conseiller, pour présider la deuxième chambre du tribunal, en cas de vacance ou d'empêchement.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Marquesuzaa,
- les conclusions de M. C,
- les observations de Me Woldanski pour M. B et de Me Dangel pour la commune de Plancher-Bas.
Une note en délibéré, présentée par M. B, a été enregistrée le 26 mars 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 juin 2022, la société de tir " Les 4 cibles " a déposé une déclaration préalable en vue de l'exhaussement des buttes de protection de son stand de tir sur le terrain cadastré sur la commune de Plancher-Bas. Le 4 août 2022, le maire de la commune de Plancher-Bas ne s'est pas opposé à cette déclaration sous réserve du respect de prescriptions. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.
Sur la recevabilité des écritures produites en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, en outre, par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : / () / 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle, dans les cas définis par le conseil municipal () ".
3. Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour ester en justice au nom de la commune pendant la durée de son mandat.
4. D'autre part, lorsqu'une partie est une personne morale, il appartient à la juridiction administrative saisie, qui en a toujours la faculté, de s'assurer, le cas échéant, que le représentant de cette personne morale justifie de sa qualité pour agir au nom de cette partie. Tel est le cas lorsque cette qualité est contestée sérieusement par l'autre partie ou, qu'au premier examen, l'absence de qualité du représentant de la personne morale semble ressortir des pièces du dossier.
5. Par une délibération du 26 mai 2020, le conseil municipal de la commune de Plancher-Bas a délégué au maire sa compétence dans " l'exercice des actions en justice au nom de la commune ou la défense de la commune dans les intentions intentées contre elle dans les limites déterminées ou fixées par le conseil municipal () ". Dans ces conditions, compte tenu de ce qui a été dit au point 3, le maire disposait d'une habilitation pour défendre dans la présente instance au nom de la commune. Par suite, le moyen tiré de l'irrecevabilité des écritures en défense doit être écarté.
Sur la recevabilité de la requête :
6. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne () n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation ".
7. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet en cours de construction.
8. Le propriétaire d'un terrain non construit est recevable, quand bien même il ne l'occuperait ni ne l'exploiterait, à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager si, au vu des éléments versés au dossier, il apparait que la construction projetée est, eu égard à ses caractéristiques et à la configuration des lieux en cause, de nature à affecter directement les conditions de jouissance de son bien.
9. Il est constant que M. B est le propriétaire de plusieurs parcelles non construites à proximité du stand de tir en litige, dont une parcelle se situant à quarante mètres. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que, le 2 octobre 2019, la direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations de la Haute-Saône a demandé à la société de tir " Les 4 Cibles " de procéder à l'exhaussement des buttes latérales de son stand pour pouvoir poursuivre son activité de " tir au sanglier courant ". Le requérant ne justifie pas de ce que ces travaux auraient pour effet d'entrainer une modification particulière des armées utilisées, notamment de leur calibre, ni une modification significative du nombre de personnes accueillies sur le pas de tir. Dans ces conditions, l'intéressé n'apporte aucun élément de nature à établir que le projet autorisé est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de ses biens. Par suite, la société de tir " Les 4 cibles " et la commune de Plancher-Bas sont fondées à faire valoir que, M. B n'ayant pas intérêt à agir contre la décision contestée, sa requête est irrecevable.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 août 2022. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Plancher-Bas, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune de Plancher-Bas et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à la commune de Plancher-Bas une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société de tir " Les 4 Cibles " et à la commune de Plancher-Bas.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Pernot, premier conseiller faisant fonction de président,
- M. Seytel, conseiller,
- Mme Marquesuzaa, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.
La rapporteure,
A. MarquesuzaaLe premier conseiller faisant fonction de président,
A. PernotLa greffière,
C. Quelos
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Saône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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