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AccueilJurisprudence administrativeN° TA25-2201722

Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2201722

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Besançon
SectionTribunal Administratif de Besançon
N° DossierTA25-2201722
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantKERN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 17 octobre 2022, 9 mars 2023 et 24 mai 2023, M. E F et autres doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le maire de la commune de Grosmagny a refusé d'abroger l'arrêté du 31 janvier 2022 fixant les limites de l'agglomération de Grosmagny ;

2°) d'enjoindre à la commune de Grosmagny d'abroger cet arrêté.

Il soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la définition de l'agglomération prévue par les dispositions de l'article R. 110-2 du code de la route.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2023, la commune de Grosmagny, représentée par Me Kern, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 500 euros soit mise à la charge de M. F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- le moyen soulevé par les requérants n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Kiefer, conseillère,

- les conclusions de Mme Guitard, rapporteure publique,

- et les observations de Me Kern, pour la commune de Grosmagny.

1. Par un arrêté du 31 janvier 2022, le maire de Grosmagny a décidé de modifier les limites de l'agglomération sur la route départementale n° 12 en direction de Rougegoutte sur 237 mètres linéaires. Par plusieurs courriers, M. F, Mme B, M. D, Mme G, Mme H, Mme C et M. A, habitants de la commune ou de communes proches, ont demandé l'abrogation de cet arrêté. Leurs demandes ont été rejetées par le maire par plusieurs courriers successifs entre le 13 septembre 2022 et le 4 octobre 2022. Par la présente requête, M. F et autres demandent au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le maire de la commune de Grosmagny a refusé d'abroger l'arrêté du 31 janvier 2022.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. La commune de Grosmagny soutient que la requête est tardive dès lors qu'elle n'a été introduite que le 17 octobre 2022, soit plus de deux mois après la publication régulière de l'arrêté du 31 janvier 2022.

3. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que tous les requérants ont sollicité auprès du maire de la commune, par différents courriers, l'abrogation de l'arrêté du 31 janvier 2022 au cours de l'été 2022. Leurs demandes ont toutes été rejetées entre le 13 septembre et le 4 octobre 2022. Par la requête introduite devant le Tribunal, ils relatent le dépôt d'une demande gracieuse devant le maire de Grosmagny au cours de l'été 2022 (le 17 août 2022 s'agissant de M. F) et son rejet par courrier, en indiquant former auprès du Tribunal un recours pour excès de pouvoir afin qu'il soit procédé à l'annulation de " l'acte suscité ". Dans le contexte rappelé, cette demande doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de refus que leur a opposé le maire de Grosmagny.

4. Dans ces conditions, dès lors que les termes de la requête permettent de la regarder comme tendant à l'annulation de ces différents refus d'abrogation, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Grosmagny doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article R. 110-2 du code de la route : " Pour l'application du présent code, les termes ci-après ont le sens qui leur est donné dans le présent article : / - agglomération : espace sur lequel sont groupés des immeubles bâtis rapprochés et dont l'entrée et la sortie sont signalées par des panneaux placés à cet effet le long de la route qui le traverse ou qui le borde ; / () ". Aux termes de l'article R. 411-2 de ce code : " Les limites des agglomérations sont fixées par arrêté du maire ".

6. Il ressort des pièces du dossier que les dispositions de l'arrêté du 31 janvier 2022 prévoient une extension des limites d'agglomération de Grosmagny de 237 mètres vers l'est sur la route départementale n° 12, en direction de la commune de Rougegoutte. La commune de Grosmagny indique que cette extension se justifie par la présence d'une entreprise, d'immeuble bâtis au nord et au sud de la route, et d'un cimetière au sud. Elle fait également valoir que les allers et venues au cimetière et les sorties de camion de l'entreprise constituent un danger, qui a été limité par le changement de la limitation de vitesse à 50 kilomètres par heure, permis par le passage de la zone en agglomération.

7. Toutefois, il ressort des plans et photographies versés au dossier que le déplacement de la limite de l'agglomération n'a eu pour effet que d'y inclure le cimetière, l'entreprise et une maison d'habitation, tous éloignés et séparés par des parcelles nues des parcelles bâties de l'ancienne agglomération. Par ailleurs, le maire ne peut se fonder sur un motif tiré des considérations liées à la sécurité routière sur cette portion de voie départementale, dès lors qu'en application des dispositions précitées du code de la route, la fixation des limites d'une agglomération dépend de la seule densité urbaine. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir qu'en refusant d'abroger l'arrêté du 31 janvier 2022, le maire de la commune de Grosmagny a commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. F et autres sont fondés à demander l'annulation des décisions par lesquelles le maire de la commune de Grosmagny a refusé d'abroger l'arrêté du 31 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Grosmagny d'abroger l'arrêté du 31 janvier 2022 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

10. Les requérants n'étant pas les parties perdantes dans la présente instance, il n'y a pas lieu de mettre une somme à leur charge à verser à la commune de Grosmagny au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions par lesquelles le maire de la commune de Grosmagny a refusé d'abroger l'arrêté du 31 janvier 2022 par lequel il a modifié les limites de l'agglomération sur la route départementale n° 12 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Grosmagny d'abroger l'arrêté du 31 janvier 2022 dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Grosmagny tendant au versement d'une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E F et à la commune de Grosmagny.

Délibéré après l'audience du 23 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Michel, présidente,

- Mme Goyer-Tholon, conseillère,

- Mme Kiefer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La rapporteure,

L. Kiefer

La présidente,

F. MichelLa greffière,

E. Cartier

La République mande et ordonne au préfet du Territoire de Belfort, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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